Compiègne, Cassel, Tours et Villefranche-sur-Saône : quatre expositions à voir hors de Paris


Nous avons vu beaucoup d’expositions, et malheureusement certaines risqueraient de ne pas être chroniquées sur ce site faute de temps. Nous parlerons donc ici de quatre expositions visibles hors de Paris. Si nous ne leur consacrons pas un article pour chacune d’entre elles, ce n’est pas parce qu’elles ne le mériteraient pas, mais parce que nous n’arriverons pas à en parler suffisamment à temps pour inciter à s’y rendre. Nous n’avons pas non plus, comme nous le faisons d’habitude, lu entièrement les catalogues. Nous pourrons néanmoins en parler mais d’une manière certainement incomplète.

Franz Xaver Winterhalter. Portraits de cour, entre faste et élégance

Compiègne, Musées nationaux du Palais de Compiègne, du 30 septembre 2016 au 15 janvier 2017.

Si l’exposition de Compiègne ne prétend pas reconstituer la grande rétrospective de Winterhalter qu’était celle du Petit Palais à Paris en 1988, elle reste exemplaire par la qualité du choix des œuvres présentées. On sait en effet que le peintre était aidé d’un grand atelier et que beaucoup d’œuvres de qualité moyenne se retrouvent un peu partout dans les musées ou sur le marché de l’art. Pour ceux qui n’auraient pas pu voir l’exposition du Petit Palais, il s’agira sans doute d’une vraie surprise. Winterhalter n’est pas Ingres, c’est entendu, mais il est assurément un remarquable portraitiste. Et ce que nous ne réalisions pas, c’est que sa touche, loin d’être lisse et porcelainée comme nous l’imaginions (peut-être faute de bien regarder ses tableaux), est au contraire très libre, très peu léchée lorsqu’on la regarde de près. On pourrait imaginer que Winterhalter est l’antithèse des impressionnistes, et il l’est par bien des côtés. Mais du point de vue technique, il les rejoint parfois en suggérant davantage qu’il ne veut montrer.


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1. Franz Xaver Winterhalter (1805-1873)
Carmen Aguado, future duchesse de Montmorency, 1860
Huile sur toile - 92,5 x 73 cm
Versailles, Musée national des
châteaux de Versailles et de Trianon
Photo : Didier Rykner
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2. Franz Xaver Winterhalter (1805-1873)
Le roi Louis-Philippe en habit bourgeois, 1839
Huile sur toile - 86 x 68 cm
Balleroy, château (collection Forbes)
Photo : Didier Rykner
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Trente-quatre tableaux (sur les 88 que contient le catalogue que se partageaient Fribourg et Houston), c’est donc peu, mais suffisant pour avoir une haute idée du peintre (ill. 1). Celui-ci ne fut pas seulement celui de Napoléon III, mais bien aussi de Louis-Philippe. Entre 1839 et 1845 il peignit plusieurs fois le roi des Français, de manière intime (ill. 2) ou solennelle et plusieurs portraits. L’exposition se concentre donc sur la carrière de Winterhalter en France et il est dommage qu’une ou deux études d’italiennes peintes lors de son séjour à Rome entre 1834 et 1836 n’aient pas pu faire le voyage de Compiègne car elles montrent une proximité frappante avec un autre allemand devenu peintre français : Henri Lehmann.

L’exposition, en tout cas, n’est jamais ennuyeuse ce qui est le risque lorsque l’on présente beaucoup de portraits d’un même artiste. Et l’apothéose a lieu hors des salles d’exposition, dans le musée du Second Empire, où a sagement été laissé le chef-d’œuvre de l’artiste, qui ne pouvait aller ni à Fribourg, ni à Houston : L’Impératrice Eugénie entourée des ses dames d’honneur. Une des œuvres sans doute les plus emblématiques et les plus belles de l’art français sous Napoléon III.

Commissaires : Emmanuel Starcky et Laure Chabanne.

Collectif, Franz Xaver Winterhalter (1805-1873) : Portraits de cour, entre faste et élégance, RMN, 2016, 240 p., 39 €. ISBN : 9782711863525.
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L’Odyssée des animaux. Les peintres animaliers flamands du XVIIe siècle

Cassel, Musée de Flandre, du 8 octobre 2016 au 22 janvier 2017.

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3. Frans Snyders (1579-1657)
Le Concert des oiseaux
Huile sur toile
Cape Town, Iziko Museum of South Africa
Photo : Didier Rykner
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Le sujet et le titre de cette exposition pouvaient faire craindre le pire. Mais, comme c’est d’ailleurs souvent le cas avec le musée de Cassel, c’est le meilleur qui nous est présenté, malgré les moyens réduits dont il dispose. Avec un tel sujet en effet, on aurait pu se contenter d’aligner les peintures animalières flamandes sans chercher à aller plus loin. Mais le choix parfait des œuvres et le parti pris de les présenter par auteur plutôt que par sujet (rien n’aurait été pire qu’un parcours thématique, scènes de chasses, natures mortes, paysages, etc.) transforme cette exposition en autant de petites monographies.

Le parcours commence ainsi avec onze tableaux de Roelandt Savary, se poursuit avec Jan Brueghel et Frans Snyders qui tous deux collaborèrent avec Rubens, se continue avec Paul de Vos, Jan Fyt, Adriaen van Utrecht (seul artiste représenté par uniquement une œuvre) et se termine avec Jan van Kessel et Pieter Boel. Chacune de ces parties doit en réalité être prise comme une petite exposition présentant chacun de ces artistes.

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4. Roelandt Savery (1576-1639)
Une grue couronnée
Huile sur panneau
Courtrai, collection particulière
Photo : Didier Rykner
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On peut regretter que ne soient présentés que des artistes essentiellement animaliers, mais Rubens peintre de chevaux fait l’objet d’un essai du catalogue, à défaut d’être présent dans l’exposition elle-même (certainement pour des raisons de coût). Jan Fyt est l’objet d’un article tandis qu’un autre s’intéresse à Paul de Vos et à ses peintures de collaboration (notamment avec Snyders et Rubens).

Comme à chaque fois, le petit musée de Cassel (malgré des collections encore modestes qui malheureusement ne s’enrichissent plus comme elle le faisaient il y a quelques années), bénéficie de prêts prestigieux par de grands musées européens. Berlin prête un ravissant Savary, Budapest un Brueghel de Velours, tandis qu’un très beau Concert des oiseaux vient d’un musée d’Afrique du Sud (ill. ). Les musées français et belges ont également répondu largement présent avec des œuvres parfois peu vues ou peu connues. On signalera enfin une Grue couronnée par Roelandt Savary, provenant d’une collection privée de Courtrai. Assurément, cette exposition justifie d’aller faire un tour dans le Nord.

Commissaire : Sandrine Vézilier Dussart.

Sandrine Vézilier, Cécile Laffon, L’Odyssée des animaux. Les peintres animaliers flamands au XVIIe siècle, 2016, Snoeck, 256 p., 32 €. ISBN : 9789461613387.


Martin de Tours. Le rayonnement de la Cité

Tours, Musée des Beaux-Arts, du 8 octobre 2016 au 8 janvier 2017.

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5. France, fin du XVIe-début du XVIIe siècle
La Charité de saint Martin
Terre cuite polychrome
Trôo, collégiale Saint-Martin
Photo : Didier Rykner
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Accompagnée d’un imposant catalogue consacré à l’iconographie martinienne, cette exposition iconographique démontre les inconvénients de ce type de présentation (des œuvres n’ayant parfois pas de rapport réel entre elles, en dehors de leur sujet) mais surtout le grand intérêt de faire découvrir des objets souvent peu connus.
Elle y est aidée par la collaboration que le musée de Tours a menée à cette occasion avec la Hongrie. L’auteur de ces lignes l’ignorait, mais Martin est né dans ce pays, à Sabaria, sur le territoire de l’actuelle Hongrie. C’est ainsi que plusieurs prêts en proviennent, et qu’on verra, par exemple, un grand tableau d’un artiste français peu connu du XIXe siècle, René-Théodore Berthon, acquis en 1951 par le Musée des Beaux-Arts de Budapest (Szépművészeti Muzeum). Un achat qui pourrait sembler curieux, mais qui s’explique justement par son sujet : la Fondation de l’abbaye de Marmoutier par saint Martin.

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6. Pierre-Adrien-Pascal Lehoux (1844-1896)
Saint Martin, 1885
Huile sur toile -
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Le fait le plus connu du saint reste néanmoins le partage de son manteau pour le donner à un pauvre qui mourait de froid. Ce geste fut représenté un nombre incalculable de fois dès le Moyen-Âge et on en voit ici de nombreux exemples : miniatures, vitraux, peintures et même sculpture, avec un très beau groupe en bois conservé dans une église du Loir-et-Cher (ill. ). Parmi les tableaux, on notera un joli primitif déposé par le Louvre à Bourges (par un membre de la famille Memmi), un rare Maulbertsch d’un musée français (celui de Picardie), et la grande toile par Georges Lallemant déposée par le Petit Palais à Carnavalet.

Les lieux martiniens sont également exposés : l’abbaye de Marmoutier dont on verra des dessins de l’anglais James Forbes la montrant en cours de démolition, et la basilique Saint-Martin (qu’il faut aller voir avant ou après l’exposition). Notons que de nombreux fragments de sculptures médiévales, de très haute qualité, proviennent du « dépôt archéologique de la basilique Saint-Martin », lieu qu’on ne peut voir en temps normal et qui semble receler des merveilles.

L’exposition présente, enfin, quelques œuvres témoignant du « renouveau martinien » au XIXe siècle. On signalera, notamment, et on illustrera cet article, avec un superbe grand tableau de Pierre-Adrien-Pascal Lehoux (ill. ) montrant saint Martin porté au ciel par les anges. Il l’avait bien mérité.

Commissaires : Sophie Join-Lambert, Christine Bousquet-Labouérie, Agathe Chambord, Pascale Charron, Bruno Judic, Élisabeth Lorans, Michèle Prévos et Philippe Vendrix.

Sous la direction de Sophie Join-Lambert, Martin de Tours. Le rayonnement de la cité, 2016, 352 p., 35 €. ISBN : 9788836634118.
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Voir les modalités pratiques sur le site internet du Musée des Beaux-Arts de Tours.


Tentations. L’Appel des sens

Villefranche-sur-Saône, Musée Paul Dini, du 16 octobre 2016 au 12 février 2017.

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7. Marie-François Firmin-Girard (1838-1912)
Orphée aux Enfers, 1865
Huile sur toile - 115,5 x 147 cm
Villefranche-sur-Saône, Musée Paul Dini
Photo : Didier Rykner
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La nouvelle exposition du Musée Paul Dini, qui puise largement dans ses propres collections, est elle aussi thématique. Il s’agit d’illustrer les cinq sens dans l’art du XIXe et du début du XXe siècle. Le choix d’œuvres étant pour des raisons financières évidentes très restreint, la démonstration ne peut être complètement convaincante. Si des prêts de musées extérieurs ont pu être obtenus, il s’agit essentiellement de musées de région. Sans doute faute d’œuvres suffisantes pour illustrer le propos, celui-ci se prolonge par un chapitre illustrant le « sublime » dans la peinture qui nous semble un peu artificiellement plaqué sur le reste. Davantage donc que le propos que les commissaires s’efforcent néanmoins d’illustrer dans le catalogue (avec notices), le plus intéressant de cette exposition consiste en la découverte d’œuvres peu ou pas du tout connues.

Si l’on pourrait très bien se passer de certaines d’entre elles (nous songeons en particulier à la Phryné de Joseph Frappa1) d’autres valent le détour, à commencer par certaines œuvres du Musée Paul Dini lui-même, comme l’Orphée aux Enfers de Firmin-Girard (ill. 7), Orphée sur le mont Rhodope de Jean-Baptiste Poncet ou un superbe triptyque symboliste d’Auguste Morisot Lumière, Ombre, Ténèbres.

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8. Simon Saint-Jean (1808-1860)
Repas de chasse, 1856
Huile sur toile - 103 x 79 cm
Villefranche-sur-Saône, Musée Paul Dini
Photo : Didier Rykner
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Le choix privilégie, conformément à la vocation du Musée Paul Dini, les artistes originaires de la région Rhône-Alpes. On verra donc quelques beaux tableaux par Jean-Claude Bonnefond, Claudius Jacquand, Joseph Guichard, ou encore d’Ernest Hébert, originaire de Grenoble. Les peintres de natures mortes sont bien représentés, qu’ils soient connus des amateurs comme Simon Saint-Jean (ill. 8) et Ambroise Vollon, ou un peu moins telle Marie-Charlotte Girard-Nauwelaers. Ce type d’exposition, si elle contient nécessairement certaines œuvres très secondaires, permet néanmoins de découvrir de petits chefs-d’œuvre oubliés, par des artistes qui ne le sont pas moins, comme La Soupe du Lyonnais Joseph-Auguste Brunetton montrant un enfant penché sur son bol, à côté d’une belle nature morte. La dernière section, consacrée au « sublime », permet d’admirer quelques perles comme la Vue des Alpes du Suisse Jean-Antoine Linck ou le Clair de lune sur le canal Saint-Marc à Venise. Une exposition modeste donc, mais plaisante.

Commissaire : Damien Chantrenne avec l’assistance de Dominique Lobstein.

Collectif, Tentations, l’appel des sens (1830 - 1914), Éditons du Musée Paul-Dini, 2016, 144 p., 28 €, ISBN : 9782905048257.

Informations pratiques sur le site internet du Musée Paul Dini.


Didier Rykner, mercredi 21 décembre 2016


Notes

1Ce tableau appartenant à Orsay est en dépôt à l’Assemblée Nationale. Bien que ce dépôt soit illégal, nous proposons qu’il y reste…





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