Cinq portraits au pastel de Wallerand Vaillant préemptés par Versailles


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1. Wallerand Vaillant (1623-1677)
Louis XIV, 1660
Pastel - 57,7 x 43,4 cm
Préempté par le château de Versailles le 28/11/14
Photo : SVV Couteau-Bégarie

28/11/14 - Acquisitions - Versailles, Musée national du château - Ce sont cinq pastels de Wallerand Vaillant que vient de préempter, à l’hôtel Drouot chez la SVV Couteau-Bégarie, en un lot, le château de Versailles pour la somme de 34 000 € (sans les frais). Ils représentent respectivement Louis XIV, sa mère Anne d’Autriche, son épouse, Marie-Thérèse, ainsi que Marie-Anne d’Autriche, femme de Philippe IV d’Espagne1 et Éléonore de Gonzague (ill. 1 à 5). Ils sont tous signés et datés de 1660, sauf celui de Marie-Anne.

Ces pastels appartiennent évidemment à une même série : ils ont tous les mêmes dimensions, les mêmes poses et des cadres identiques. Le Gaston d’Orléans de Vaillant, conservé à Chantilly, de taille comparable, est également daté de 1660 mais est tourné dans le sens opposé et son historique est très différent2. Il est peu probable qu’il fasse partie du même ensemble dont la destination d’origine n’est pas connue. Le catalogue de la vente émet l’hypothèse qu’il s’agissait peut-être de représenter les invités du mariage de Louis XIV mais pour dire aussitôt que rien ne vient l’étayer, ou que ces pastels avaient pu être commandés par un riche amateur ou servir de modèles pour des gravures.
Quoi qu’il en soit, il est réjouissant que ces œuvres, conservées comme un ensemble depuis le XVIIe siècle, soient désormais pour toujours réunies au château de Versailles. Cela n’allait pourtant pas de soi. Chaque pastel devait initialement être vendus séparément comme cela est indiqué dans le catalogue de vente. Au dernier moment, la faculté de réunion a été décidée, ce qui signifie que chaque lot est adjugé temporairement, puis que l’ensemble est à nouveau soumis au feu des enchères : si le montant de la dernière adjudication dépasse la somme des précédentes, le dernier enchérisseur emporte le tout.


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2. Wallerand Vaillant (1623-1677)
Anne d’Autriche, 1660
Pastel - 57 x 45,1 cm
Préempté par le château de Versailles le 28/11/14
Photo : SVV Couteau-Bégarie
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3. Wallerand Vaillant (1623-1677)
Marie-Thérèse d’Autriche, 1660
Pastel - 59 x 45,7 cm
Préempté par le château de Versailles le 28/11/14
Photo : SVV Couteau-Bégarie

Or, Versailles n’avait prévu d’acheter que le Louis XIV, il est vrai en bien meilleur état et bien plus beau que les autres (d’ailleurs, les prix d’estimation tenaient compte de ces paramètres). La conservatrice présente dans la salle a donc dû faire face à un cas de figure rare et imprévu. Elle s’est d’abord levée pour préempter le Louis XIV, ce qui selon le commissaire-priseur était impossible puisqu’il s’agissait d’une enchère temporaire3. Elle a donc dû, pour emporter le portrait du roi, préempter le lot (elle disposait manifestement du budget nécessaire4). On ne peut que la féliciter pour cet esprit d’initiative et on ne voit pas comment cette belle préemption pourraient ne pas être confirmée (le musée dispose de quelques jours pour le faire).


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4. Wallerand Vaillant (1623-1677)
Marie-Anne d’Autriche, 1660
Pastel - 59 x 45,1 cm
Préempté par le château de Versailles le 28/11/14
Photo : SVV Couteau-Bégarie
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5. Wallerand Vaillant (1623-1677)
Éléonore de Gonzague, 1660
Pastel - 58,7 x 45,2 cm
Préempté par le château de Versailles le 28/11/14
Photo : SVV Couteau-Bégarie

Les œuvres de Wallerand Vaillant sont assez rares, et cet artiste est un jalon essentiel dans l’histoire du pastel français comme le rappelle Neil Jeffares dans son toujours indispensable dictionnaire des pastellistes, mis à jour sur internet quasiment en direct puisque la vente d’aujourd’hui chez Couteau-Bégarie est déjà signalée ! Ce Lillois de naissance, de religion protestante, passé dans l’atelier d’Erasmus Quellinus II à Anvers puis installé à Amsterdam, usa d’abord essentiellement de la pierre noire, du graphite et de l’estompe pour ses portraits dessinés. Ce n’est qu’à Paris qu’il semble avoir commencé à employer largement le pastel, en même temps d’ailleurs que le fit Robert Nanteuil. Il est donc avec celui-ci un des pionniers d’un art qui devait s’épanouir au siècle suivant.


Didier Rykner, vendredi 28 novembre 2014


Notes

1Et non de Philippe V comme l’indiquait par erreur le catalogue de vente.

2Les cinq portraits proviennent probablement de la collection Crozat.

3On peut se demander cependant ce qui serait advenu si l’ensemble n’avait pas fait un prix supérieur à la somme des adjudications : comment le Louis XIV aurait-il pu être préempté ?

4Le lot s’est vendu à un prix total dans la fourchette de la somme des estimations.





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