Chronique Semaine de l’Art n° 20 : Incendies dans les monuments historiques, une fatalité ?


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 20 du 28 mai 2014.

JPEG - 39.3 ko
L’incendie de l’hôtel Lambert
Photo : La Tribune de l’Art

L’incendie qui a frappé le 23 mai la Glasgow School of Art de Rennie Mackintosh (voir la brève du 23/5/14) pose une fois de plus la question de la protection des monuments historiques contre ce type de sinistres. Si l’on en croit ce qu’en disent les pompiers, relayés par la presse britannique, les dégâts sont apparemment moindre qu’on ne pouvait le craindre : 90% du bâtiment n’aurait pas été touché, et, à l’intérieur, 70% aurait été préservé. Cependant, il semble que la bibliothèque ait été en grande partie détruite et que beaucoup de mobilier de Mackintosh ait disparu.

Il est pour nous assez difficile de parler de ce type de drame, car à moins de pouvoir nous rendre sur place pour enquêter, comme nous l’avions fait pour l’hôtel Lambert, nous sommes condamnés comme d’ailleurs la plupart des autres médias à relayer des informations peu fiables, forcément partielles et tronquées, car il est impossible de faire un bilan avant que le sinistre ne soit terminé et qu’un inventaire ait pu être fait. C’est pour cette raison que nous n’avons pas beaucoup écrit sur ce sujet. Inutile de spéculer, notre but est d’informer. Rappelons à ce propos que le matin de l’incendie de l’hôtel Lambert, on pouvait lire dans les plus grand journaux, que tout avait été détruit, ce qui s’est heureusement révélé faux.

Mais je le disais en introduction de ce billet : il faut se poser de manière plus générale des questions sur la prévention des incendies dans les monuments historiques, qu’ils soient privés ou publics. Pour ce qui concerne l’hôtel Lambert, comme pour la bibliothèque nationale l’été dernier, nous avons pu démontrer que celle-ci était bien défaillante. On ne doit qu’à un concours de circonstance extraordinaire l’absence de dégât rue de Richelieu, un voisin de la BnF ayant donné l’alerte rapidement ce qui a permis d’éviter le pire.
La prévention est particulièrement nécessaire en cas de travaux, qui augmentent fortement le risque, mais elle doit aussi être permanente. Il y a quelques semaines par exemple, on est passé bien près d’un drame au château de Versailles, dans l’aile des ministres, où un début d’incendie a eu lieu dans la cuisine d’un appartement de fonction. Les pompiers, présents en permanence sur le lieu (comme ils le sont au Louvre) ont pu le contenir très rapidement. Le château n’a bien sûr pas communiqué sur cet incident, mais ceux-ci ne sont pas rares.

Au moment où l’installation de détecteurs de fumée va être rendue obligatoire chez les particuliers, il faudrait pour le moins qu’elle soit fortement renforcée, systématiquement, dans les monuments historiques. Nous commençons actuellement une enquête sur ce point (il est probable qu’elle durera un certain temps) mais nous sommes déjà en mesure de révéler que ce n’est pas le cas, même dans des monuments insignes au cœur de Paris. Un incendie, dont l’effet désastreux se combine avec celui de l’eau qui sert pour l’éteindre, est une menace permanente pour le patrimoine historique. Il est dommage que ce risque soit pris parfois avec une telle désinvolture par les personnes qui sont en charge de le conserver.


Didier Rykner, jeudi 19 juin 2014





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Chroniques : Chronique Semaine de l’Art n° 19 : Le vandalisme à Paris, encore et toujours...

Article suivant dans Chroniques : Chronique Semaine de l’Art n° 21 : La mort inéluctable de l’hôtel Drouot ?