Chronique Semaine de l’Art n° 17 : Patrimoine et musées, un désintérêt coupable


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 17 du 7 mai 2014.

Nous ne cessons de déplorer l’absence d’Aurélie Filippetti sur le terrain du patrimoine et des musées. Nous nous sommes ainsi amusé à élaborer quelques statistiques à partir des discours que celle-ci a prononcé depuis son arrivée au ministère de la Culture.
Pour 89 cérémonies de décorations (légion d’honneur ou arts et lettres) remises en personne par la ministre, pas une ne concernait une personnalité en rapport avec les musées, et seules quatre avaient un rapport avec le patrimoine ! Encore ces quatre personnes étaient-elles… des Directeurs Régionaux des Affaires Culturelles, soit des fonctionnaires du ministère de la Culture. Pas un seul propriétaires de château, ces véritables héros qui se battent pour faire vivre des monuments que l’État serait bien en peine de restaurer. Pas un seul membre d’une association de protection du patrimoine qui font souvent ce que l’État n’ose pas faire, c’est-à-dire se battre contre les vandales et les trainer devant la justice…
Un seul historien de l’art a été décoré en personne par la ministre, une historienne de l’art en l’occurrence, l’anglaise Jennifer Montaigu, spécialiste de la sculpture et de Charles Le Brun.
En revanche, pour le cinéma, Aurélie Filippetti a remis elle-même les décorations à pas moins de 28 personnes ! C’est évidemment plus chic d’être vu aux côtés de Bruce Willis et des Shaka Ponk !

Si l’on regarde les autres discours, hors décorations, dont le nombre est de 124, le constat est tout aussi accablant : en comptant large, très large même, ce qui a trait à l’histoire de l’art et au patrimoine a été abordé dix fois, treize si l’on compte les discours sur l’enseignement artistique et culturel qui ne concerne en réalité le sujet de l’histoire de l’art que de manière très marginale.
Moins de 10% donc des interventions de la ministre sont consacrées, de près ou de loin, au patrimoine et aux musées, comme s’il s’agissait d’un détail pour ce ministère. A vrai dire, il est probable que de telles statistiques auraient donné la même chose pour les précédents titulaires de ce portefeuille, mais on est particulièrement frappé par l’absence d’Aurélie Filippetti sur des sujets qui devraient constituer pourtant une part essentielle de ses actions. La plupart du temps, et cela en devient presque comique, lorsque son intervention est prévue, c’est toujours un de ses directeurs qui intervient, excusant la ministre « appelée par d’autres obligations » !

Ce désintérêt manifeste est dramatique. Il se traduit par des baisses budgétaires plus importantes que pour le reste, il démobilise les acteurs sur le terrain, il donne un bien mauvais signal à tous.

Et pourtant, depuis quelques jours, on assiste à un événement très étonnant dont on doute hélas qu’il soit durable : un timide réveil d’Aurélie Filippetti sur les dossiers qui nous concernent. En effet, comme nous le dirons tout à l’heure dans notre émission, elle vient de demander l’enlèvement d’une bâche publicitaire place des Vosges. Elle annonce également aujourd’hui l’inscription d’un hôtel particulier qui avait été mis en instance de classement 7 rue des Grands Augustins. Il est vrai qu’il abritait un ancien atelier de Pablo Picasso et que les récents démêlés entre le ministère et le fils du peintre incitent à aller dans ce sens pour calmer la famille. Enfin, pour en revenir au musée Picasso, il semble que la ministre souhaite faire partir Anne Baldassari, ce qui de notre point de vue serait une excellente chose.
Enfin, et nous en remercions ici Vincent Berjot, le directeur des patrimoines, les choses bougent à Louviers et à Bourges, dossiers dont nous avions révélé la gravité dans nos colonnes.

Bref, une conclusion s’impose : pour le ministère de la culture, en dehors des questions budgétaires, ce qu’il faudrait, c’est un véritable intérêt, une véritable motivation. De la passion tout simplement pour un des plus beaux métiers qui soit : protéger le patrimoine et les musées !


Didier Rykner, lundi 12 mai 2014





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