Chronique Semaine de l’Art n° 12 : Les œuvres des églises, un beau chantier pour Aurélie Filippetti


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 12 du 3 avril 2014.

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Martin van Heemskerck (1498-1574)
Crucifixion, 1557
Huile sur panneau
L’Oudon, église Saint-Martin
Photo : D. R.

On entend souvent dire : que voulez-vous, le ministère de la Culture n’a plus aucun moyen d’action, plus de budget, plus d’influence, le ministre ne peut rien faire même s’il le voulait. Cette manière de dédouaner les incompétents qui se succèdent depuis plusieurs années à ce poste est insupportable. S’il est vrai que la décentralisation telle qu’elle a été effectuée depuis trente ans, c’est-à-dire très mal, a fortement diminué l’influence de l’État au bénéfice de petites baronnies locales qui se croient libres de faire ce qu’elles veulent, il est faux, et dangereux, de prétendre que le ministère est désormais impuissant.

Prenons un seul exemple : les œuvres conservées dans les églises de France. Comme le prouve l’opération que mène actuellement la Junior Entreprise de l’École du Louvre sous le parrainage notamment d’Olivier de Rohan, qui fut notre invité il y a quelques semaines, vouloir, c’est pouvoir. Les églises de France conservent des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers d’œuvres dont beaucoup sont gravement menacées. Or, cet immense musée, qui le connaît ? Qui s’en soucie ? La première vertu de cette opération est de communiquer sur ce patrimoine immense dont bien peu de gens ont conscience. Si la ministre de la Culture se donnait pour objectif de faire bouger les mentalités sur ce sujet, il n’y aurait rien de plus facile. Elle a accès aux médias, elle a accès aux politiques. Ce qu’arrivent à faire quelques élèves de l’École du Louvre, imaginons ce que ce serait si Aurélie Filippetti en faisait un cheval de bataille !

Première victoire possible donc : lutter contre l’indifférence et l’oubli. Cela ne demanderait presque aucun moyens financiers.

Les autres leviers sont nombreux : éduquer le clergé qui la plupart du temps se moque de son patrimoine, quand il ne contribue pas à le détruire. Communiquer vers les diocèses, engager les évêques dans cette reconquête des objets d’art des églises en leur faisant comprendre qu’ils n’en sont qu’affectataires, donc qu’ils ne peuvent s’en séparer et qu’il leur faut en prendre soin.
Communiquer vers les maires qui, bien souvent, n’ont pas davantage de conscience de ces œuvres qui appartiennent à leur commune. Il faut rappeler leur responsabilité par rapport à ce patrimoine.
Plus largement, chercher des solutions pour maintenir les églises ouvertes car une église fermée n’a plus de rôle social ou artistique et, à terme, elle peut disparaître avec les objets qu’elle contient. Combien de chefs-d’œuvre restent ainsi invisibles. Des solutions pourraient exister mais qui les recherchent ?

Tout cela peut se faire avec des budgets extrêmement réduits. Ce qu’il faut, c’est faire prendre conscience à tous les acteurs, politiques et religieux, mais aussi associatifs, que ce patrimoine est notre bien commun et qu’il est de notre devoir de le transmettre aux futures générations.

Un autre devoir du ministre de la Culture serait de veiller à ce que les restaurations soient menées dans les règles de l’art. Or, si le statut et la qualification des restaurateurs des musées sont bien définis et garantissent en général des interventions de qualité, il n’en va pas de même hélas pour les monuments historiques où les exigences sont bien moindres. N’importe qui peut se prétendre restaurateur, et parfois n’importe qui restaure. Très souvent, nous sommes confrontés à des restaurations faites en dépit du bon sens qui détériorent les œuvres plutôt que d’aider à leur conservation. Cette question est largement connue, largement dénoncée, mais que fait la ministre ? En a-t-elle seulement conscience ? Il n’est pas question ici de budget, seulement de bon sens.

Un ministre de la Culture est là d’abord pour préserver le patrimoine. Les œuvres d’art des musées, voilà encore un beau chantier pour notre toute nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filippetti…


Didier Rykner, vendredi 11 avril 2014





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