Chronique Semaine de l’Art n° 11 : Les citoyens contre les politiques


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 11 du 26 mars 2014.

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Cadenas sur le Pont des Arts
Photo : Didier Rykner

Il y a quelques semaines, nous avions écrit un article sur un sujet très préoccupant pour les amoureux du patrimoine et de Paris : la multiplication des cadenas sur les ponts parisiens. Le Pont des Arts en est couvert, mais aussi le pont de l’Archevêché. Ils prolifèrent désormais maintenant sur deux très belles passerelles contemporaines, celle de Solférino dite aussi Léopold Sedar Senghor, qui relie le jardin des Tuileries au Musée d’Orsay et la passerelle Simone de Beauvoir près de la grande bibliothèque. Même le Pont Alexandre III est touché par cette mode, qu’on peut qualifier de débile, puisque de gros cadenas ont été accrochés à certaines statues en bronze.
Ce phénomène menace non seulement la beauté d’un des plus beaux sites mondiaux, d’ailleurs classé à ce titre par l’UNESCO, mais aussi la sécurité des personnes puisque des morceaux de grille s’écroulent régulièrement. Selon Le Monde, ils pèseraient plus de 300 kg par mètre ce qui, compte tenu de la taille du pont, équivaut au total à plusieurs tonnes. De quoi menacer la pérennité de ces structures.

Devant l’indifférence, voire la complaisance de la Mairie de Paris (sans parler du silence de l’UNESCO dont on se demande parfois à quoi elle sert), ce sont deux américaines qui ont pris les choses en main. Deux américaines vivant à Paris, Lisa Anselmo et Lisa Taylor Huff qui ont mis en ligne une pétition commençant à faire parler d’elle. Une pétition qui regroupe désormais (en additionnant le site anglais et le site français) plus de 1500 signatures1 et que, bien entendu, j’engage tous les lecteurs et tous les auditeurs de La Tribune de l’Art, tous les amoureux de Paris en France et à l’étranger à signer et à faire signer. Ce combat peut être gagné.

Il est absolument invraisemblable que de simples citoyens soient obligés de se mobiliser pour obliger les politiques à faire leur travail. A Venise, un combat contre les grands paquebots qui amènent les hordes de touristes à proximité de la place Saint-Marc, menaçant ainsi gravement la ville, est là encore menée par les habitants et les défenseurs du patrimoine. Alors que l’on pouvait croire la bataille gagnée grâce à une loi ayant été votée à la fin de l’année dernière, un tribunal régional vient de l’abroger sous la pression des tour opérators. Le mercantilisme a vaincu, provisoirement on peut l’espérer, mais le combat va être poursuivi.
En revanche, toujours à Venise, et d’après le témoignage de plusieurs personnes qui en reviennent, les publicités géantes qui envahissaient la ville semblent avoir à peu près disparu. Contrairement à Paris où elles fleurissent un peu partout sans que cela semble émouvoir personne parmi les politiques.

Qu’il s’agisse de combats contre les cadenas, les publicités ou les paquebots géants, les ennemis sont les mêmes : la bêtise et l’inculture d’abord, l’appât du gain et l’absence de scrupules de l’autre2. Face à cela, il est inutile d’attendre quoi que ce soit de la plupart des hommes politiques. On ne peut pas se plaindre si l’on subit. Ne subissez plus : signez, manifestez-vous, écrivez à vos élus, parlez-en autour de vous. C’est la seule manière de leur faire entendre raison.


Didier Rykner, mardi 1er avril 2014


Notes

1Plus de 2000 aujour’hui.

2Même autour des cadenas s’est bâti un petit business.





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