Chronique Semaine de l’Art n° 13 : Chronique du vandalisme ordinaire (et officiel)


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 13 du 10 avril 2014.

JPEG - 84.7 ko
France, XVIe siècle
Saint Pierre
Pierre polychrome
Louviers, église Notre-Dame
état actuel
Photo : Didier Rykner

Dimanche dernier[Le 6 avril, cette chronique ayant été diffusée pour la première fois le 10 avril 2014.]], j’ai visité la petite ville normande de Louviers. Je n’y allais pas alerté par d’éventuels scandales patrimoniaux, juste pour admirer une belle église et voir ce qui pouvait rester d’une ville en grande partie détruite par les bombardements de la Seconde guerre mondiale.
Hélas. Je viens de mettre en ligne une brève sur ce que j’ai vu du traitement infligé aux restes du Couvent des Pénitents, notamment un cloître sur l’eau rarissime, récemment massacré par une architecture contemporaine abritant une école de musique qui s’est installée sans ménagement sur ces précieuses ruines.
J’avais auparavant visité l’église. Pour y découvrir le sort désastreux réservé à douze magnifiques apôtres sculptés du XVIe siècle en lien avec les ateliers de Gaillon. L’article paraîtra avant ce week-end…

Bref, sans l’avoir prémédité, je suis revenu de ce court séjour en Normandie avec deux sujets montrant le peu de cas que l’on fait du patrimoine. Comme je le dis d’ailleurs , et ce n’est que justice, la municipalité responsable de la construction de l’école de musique sur le cloître a été remerciée par les électeurs. Mais ce vandalisme n’est pas uniquement la faute d’élus incultes : il est parfois dû aussi à l’incompétence de certaines des personnes en charge de la conservation des monuments historiques.

Deux autres exemples : à Bordeaux, il y a quelques semaines, me promenant en secteur sauvegardé, j’ai pu voir comment venait d’être détruit, par le Conseil Général de la Gironde, un hôtel ancien du XVIIIe siècle. Une vidéo et un article devraient être mis en ligne prochainement.
A Bourges, un ami amateur de patrimoine, en se promenant dans le secteur sauvegardé, est tombé sur le massacre en cours d’un autre hôtel particulier : fenêtres entièrement changées, porte ancienne déposée, boiseries enlevées et vendues, un véritable massacre sur lequel nous reviendrons également rapidement dans un article à paraître.

Le point commun de ces trois affaires : des amoureux du patrimoine qui se promènent et qui tombent par hasard sur des cas de vandalisme très récents ou en cours. Comme il est impossible statistiquement que nous soyons juste tombés juste sur les seules affaires de ce type se déroulant en France, on peut donc imaginer qu’actuellement, un peu partout, le vandalisme est en marche, parfois de manière très insidieuse comme dans le cas des sculptures de l’église de Louviers.

Cela, évidemment, ne nous démotive pas, bien au contraire. Il est plus que jamais nécessaire de dénoncer ces destructions indignes qui gangrènent un peu partout nos monuments historiques. Dans les quatre cas que nous avons évoqués ici, la législation en cours aurait dû être protectrice. Le couvent de Louviers est inscrit. L’église de Louviers est classée, comme les sont ses apôtres sculptés. L’hôtel détruit à Bordeaux (bientôt reconstruit en gardant seulement la façade, et agrémenté d’une passerelle moderne qui traversera la rue) se trouve en secteur sauvegardé. A Bourges également, l’hôtel dénaturé est dans un secteur sauvegardé, l’une des protections les plus fortes qui se puisse imaginer.

Et pendant ce temps là, à Paris, le ministère de la Culture travaille à sa « loi patrimoine ». Comment on danse sur des ruines…


Didier Rykner, jeudi 17 avril 2014





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Chroniques : Chronique Semaine de l’Art n° 12 : Les œuvres des églises, un beau chantier pour Aurélie Filippetti

Article suivant dans Chroniques : Chronique Semaine de l’Art n° 14 : La tour Eiffel, le leitmotiv des vandales