
1. Christen Købke (1810-1848)
La collection de moulages en plâtre
à Charlottenborg, 1830
Huile sur toile
Copenhague, Collection Hirschsprung
Photo : Collection Hirschsprung
La National Gallery, conjointement à l’exposition consacrée à Delaroche [1], propose une très intéressante rétrospective consacrée au danois Christen Købke. Certes Londres, comme Paris et les autres grandes capitales, a déjà connu des manifestations dévolues aux peintres de l’âge d’or de la peinture scandinave [2]. Mais c’est la première fois qu’une exposition monographique aussi importante et complète est consacrée au grand peintre danois en dehors de son pays [3].
Le musée londonien a bien fait les choses. Il propose en effet pas moins de 48 tableaux représentant de manière très complète les différentes facettes de l’œuvre de notre artiste : paysages danois et italiens, portraits, vues d’édifices et quelques rares scènes de genre. En revanche, on n’y trouvera aucun dessin contrairement à l’exposition du Grand Palais. Il est regrettable que cet aspect important de l’art de Købke ne soit pas abordé, mais il est vrai que la National Gallery est uniquement un musée de peinture, les dessins relevant à Londres du British Museum.
A part cette lacune, l’exposition propose un large panorama de notre artiste et aucun tableau célèbre n’en est absent. On regrettera toutefois le délicieux petit Nu féminin de la Ny Carlslberg ou la Vue matinale du lac Sortedam du même musée. On y retrouvera une grande partie des œuvres déjà exposées en 1984 au Grand Palais qui présentait pas moins de 18 dessins et une petite trentaine de peintures (des portraits, des vues de la citadelle, du château de Frederiksborg et de ses tourelles, des paysages d’Italie) mais également des œuvres plus rares voire jamais prêtées pour une exposition hors du Danemark (des nus académiques du tout début de sa formation, des portraits.)

2. Christen Købke (1810-1848)
Vue d’une des tourelles de Frederiksborg, vers 1834
Huile sur toile
Copenhague, Collection David
Photo : Pernille Klemp
Huile sur toile - 25,5 x 18,5 cm
Copenhague, Collection Hirschsprung
Photo : Collection Hirschsprung

3. Christen Købke (1810-1848)
Le pont-levis nord de la citadelle de Copenhague, 1837
Huile sur toile - 44,2 x 65,1 cm
Londres, National Gallery
Photo : National Gallery
Photo : Pernille Klemp
La majorité des tableaux - 25 sur 48 - provient bien évidemment du Staten Museum for Kunst (le musée national de peinture). Il est vrai que sans les prêts accordés par cette institution, une rétrospective Købke n’aurait guère de sens. Notons également que c’est Kasper Monrad, chief curator de ce musée et spécialiste de l’artiste, qui supervise l’exposition et qui a rédigé une partie du catalogue. Il faut ensuite remarquer que la part de la Ny Carlsberg Glyptotek, l’autre grand musée de peinture danoise, est assez réduite avec seulement deux tableaux. Trois autres musées de la capitale ont également contribué au succès de cette rétrospective : la collection Hirschsprung avec trois tableaux (ill. 1), la collection David (plus connue pour ses œuvres d’art islamique avec un seul tableau (la délicieuse Vue d’une des tourelles de Frederiksborg, ill. 2) et la collection Ordrupgaard avec quatre tableaux ; des prêts proviennent de musées de la province danoise (Odensee, Randers Niva) et de collections privées ; le Louvre, qui a développé depuis 20 ans sous la houlette d’Elisabeth Foucart-Walter une remarquable politique d’acquisition de tableaux de l’âge d’or nordique, a prêté son unique Købke, le Portrait d’un marchand de tabac. Enfin la National Gallery expose ses deux Købke dont le grand chef-d’œuvre qu’elle a acquis en 1986, le Pont levis nord de la citadelle (ill. 3).

4. Christen Købke (1810-1848)
Vue du château de Fredericksborg au soleil couchant, 1835
Huile sur toile - 69 x 101 cm
Copenhague, Collection Hirschsprung
Photo : Collection Hirschsprung

5. Christen Købke (1810-1848)
Portrait de la mère de l’artiste, 1829
Huile sur toile - 23,5 x 19,5 cm
Edimbourg, National Gallery of Scotland
Photo : Antonia Reeve
Eu égard à la taille assez réduite des toiles, le musée n’a pas eu besoin de mobiliser de vastes espaces et l’exposition présente le double avantage de ne pas être reléguée au sous-sol de l’aile Sainsbury et d’être gratuite. L’accrochage sur fond blanc est des plus agréable et retient une présentation par thème : Charlottenborg et les débuts, la citadelle, Frederiksborg, les portraits, le lac Sortedam et Blegdammen pour finir sur le séjour en Italie. Comme toujours à la National Gallery, un remarquable film d’environ 20 minutes est proposé afin de familiariser le public avec Købke et la Copenhague de la première moitié du XIXe siècle.
Parmi les grands chefs-d’œuvre on retiendra bien sur les vues du château de Frederiksborg (Vue du château prise du pont Monthro, Staten Museum for Kunst, Vue du château au soleil couchant, collection Hirschsprung, ill. 4) et les étonnantes études des tourelles du château (la petite Vue d’une des tourelles de la collection David déjà citée, la grande Vue du toit du château du Musée Danois du Désign)... On relèvera ensuite le talent de Købke portraitiste avec des tableaux rarement vus notamment celui d’une vieille paysanne du musée de Randers, un portrait d’un de ses cousins venant d’une collection privée et bien sur les portraits des peintres Sodring (collection Hirschsprun), Holm et Marstrand (Staten Museum for Kunst), Bendz (National Gallery) ainsi que des portraits de membres de sa famille : son père, sa mère (ill. 5), sa femme, sa belle sœur et lui même (Staten Museum for Kunst). Mais on privilégiera surtout les vues de Copenhague (la citadelle où l’artiste a vécu avec sa famille de 1800 à 1800) et de ses alentours (merveilleuse Vue de Dosseringen, Staten Museum for Kunst). Il en propose des visions intimes où la lumière joue un rôle fondamental et magnifie des paysages finalement assez banals : un pont levis (Vue de la petite porte de la citadelle, Ny Carlsberg Glyptotek, le tableau de la National Gallery), la cour de la boulangerie (National Galleries of Scotland, Staten Museum for Kunst), un grenier à grains (Vue de la citadelle depuis un grenier à grains, Staten Museum for Kunst), une ruelle des faubourgs à Osterbrogade (Staten Museum for Kunst). En revanche les quelques tableaux faits durant le séjour italien (août 1838-septembre 1840, pourtant en pleine mesure de son talent) déçoivent quelque peu (Vue de Capri, collection Ordrupgaar, Vue de Naples, ill. 6) surtout si on les compare à ceux d’Eckersberg ou de Hansen plus novateurs et plus approfondis techniquement. Manifestement notre artiste n’avait pas besoin de ce séjour en Italie et se sent beaucoup plus chez lui au Danemark dont la lumière dorée des fins de journée lui inspire ses chefs-d’œuvre les plus attachants.

6. Christen Købke (1810-1848)
Vue de la baie de Naples avec le Vésuve, 1839
Huile sur toile - 24,9 x 35 cm
Copenhague, Statens Museum for Kunst
Photo : SMK Foto
Moins ambitieuse que l’œuvre d’Eckersberg, plus intime, plus lyrique, avant tout tournée vers la lumière et l’atmosphère purement danoise, la peinture de Købke mérite amplement un détour par Londres ce printemps ou à Edimbourg cet été [4].
David Jackson, avec Kasper Monrad, Christen Købke : Danish Master of Light, National Galleries of Scotland, 2010, 128 p., £14.99. ISBN : 9781906270278.
Informations pratiques : The National Gallery, Trafalgar Square London WC2N 5DN. Tél : + 44 (0) 20 7747 2885. Ouvert tous les jours de 10 h 00 à 18 h 00, le mercredi jusqu’à 21 h 00. Entrée de l’exposition gratuite.
