Chefs-d’œuvre de la collection Leiden. Le Siècle de Rembrandt


Paris, Musée du Louvre, du 22 février au 22 mai 2017.

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1. Ferdinand Bol (1616-1680)
Éliézer et Rébecca au puits, vers 1645-1647
Huile sur toile - 171 x 171,8 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : The Leiden Collection, New York
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Depuis 2010, le Louvre accrochait sur ses cimaises un très beau tableau de Ferdinand Bol, représentant Éliezer et Rebecca au puits (ill. 1). Cette œuvre lui a finalement été offerte par celui qui l’avait emportée aux enchères à Versailles le 14 juin 2009, le collectionneur américain Tom Kaplan. Celui-ci avait appris que le musée avait, en vain, tenté de l’acquérir (un événement très rare, le Louvre n’ayant plus acheté d’œuvre flamande ou hollandaise du XVIIe siècle depuis des années1). Un geste fort généreux qui se voit aujourd’hui récompensé par la présentation d’une partie des œuvres de la collection Leiden qui lui appartient (celle-ci a été baptisée ainsi car elle s’est formée autour des peintres de l’école de Leyde, avant de s’étendre ensuite plus largement). Une toute petite partie en réalité, puisque seuls une trentaine de tableaux sont accrochés au second étage du musée (loin donc de la foule Vermeer) sur un total de plus de 250 œuvres. 175 d’entre elles sont par ailleurs visibles dans un catalogue raisonné publié en ligne.

Si ce site Internet propose d’excellentes notices (uniquement en anglais cependant), ainsi qu’un appareil critique complet (bibliographie et historique), on ne peut en dire autant de l’album (on n’ose le qualifier de « catalogue ») publié à cette occasion par le Louvre. Les notices sont indigentes (presque uniquement iconographiques). On n’y discute pas, ou pratiquement pas, d’attribution (ce qui aurait été intéressant notamment pour les Rembrandt, nombreux et pour l’essentiel de très grande qualité, mais dont l’identification de l’auteur n’est pour certains que très récente ; le contexte de réalisation des œuvres ou tout simplement leur place dans l’histoire de la peinture néerlandaise du XVIIe siècle ne sont jamais abordés. Au moins une phrase - « C’est de Rembrandt que vient cette manière d’entrer de plain-pied dans l’histoire, en même temps que l’ampleur dans le traitement d’un thème aux résonances universelles : une jeune femme donnant à boire à un homme2 » -, hilarante, rappelle les cartels de l’exposition « Vermeer et les maîtres de la scène de genre », ce qui laisse penser que ces textes ont pu être écrits par la même personne.


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2. Le tableau de Ferdinand Bol
accroché dans l’exposition
Photo : Didier Rykner
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2. Jan Lievens (1607-1674)
Garçon à la cape et au turban, vers 1631
Huile sur panneau - 66,7 x 51,8 cm
New York, The Leiden Collection
Photo : The Leiden Collection, New York
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Tous les tableaux sont sous verre et souffrent de nombreux reflets, notamment les plus grands dont celui donné au Louvre qui est à peu près invisible (ill. 2). Si le collectionneur a souhaité que ses tableaux soient protégés, on ne comprend pas bien pourquoi le Louvre persiste à poser des verres devant toutes ses nouvelles acquisitions (on se rappelle les deux Rembrandt - voir cet éditorial, mais on nous avait dit alors que c’était une exigence du Rijksmuseum…).
Ceci dit, nous conseillons vraiment cette exposition qui permet d’admirer des œuvres remarquables. Nous pensons bien sûr à la série des Sens dont trois panneaux appartiennent à Tom Kaplan, le dernier ayant été acquis de la galerie Talabardon & Gautier (voir la brève du 9/3/16). Nous pensons également à l’exceptionnel Garçon à la cape et au turban (ill. 2), sans doute l’un des plus beaux portraits de Lievens et même de la peinture néerlandaise du XVIIe siècle. On rêverait de voir un tel chef-d’œuvre accroché définitivement au Louvre.


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3. Carel Fabritius (1622-1654)
Agar et l’Ange, vers 1645
Huile sur toile - 157,4 x 136 cm
New York, The Leiden Collection
Photo : The Leiden Collection, New York
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4. Frans van Mieris (1635-1681)
Le Voyageur au repos, vers 1657
Huile sur cuivre - 21,6 x 17,8 cm
New York, The Leiden Collection
Photo : The Leiden Collection, New York
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On découvre à cette occasion qu’un des tableaux caravagesques les plus étonnants redécouverts ces dernières années, qu’on avait déjà pu voir à Paris dans l’exposition « Les Bas-Fonds du baroque » (voir l’article), Scène de magie avec autoportrait, de Pieter van Laer, appartient à cette collection3. On admire aussi le seul Carel Fabritius encore conservé en collection privée (ill. 3), on remarque un petit portrait par Frans Hals ou Le Voyageur au repos de Frans van Mieris (ill. 4). Cette collection a été réunie en seulement une dizaine d’années. On ne peut s’empêcher d’admirer l’exploit.


Didier Rykner, mardi 28 février 2017


Notes

1Un lecteur nous signale qu’il a acheté le Rembrandt Rothschild. Si quelqu’un est au courant, c’est bien l’auteur de ces lignes. Mais prétendre que le Louvre a acheté ce tableau est un bien grand mot. Il n’a pas levé le doigt pour l’acquérir, et c’est grâce à la mobilisation d’autres acteurs que ce tableau a pu entrer dans ses collections.

2P. 22.

3En réalité, nous pouvions le savoir puisque le crédit de la photo que nous avions pu reproduire pour cette exposition disait : « The Leiden Collection, New York ».





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