Charles Meynier 1763-1832


Boulogne-Billancourt, du 14 mars au 21 juin 2008
Dijon, Musée Magnin, du 11 juillet au 12 octobre 2008

IMG/jpg/Couverture_Meynier.jpgCette recension aurait pu tout aussi bien prendre place dans la rubrique Publications. L’exposition organisée par la Bibliothèque Marmottan accompagne en effet la sortie de la monographie d’Isabelle Mayer-Michalon qui vient de paraître chez Arthéna et qui constitue bien davantage qu’un simple catalogue.


La Bibliothèque Marmottan abrite donc pendant quelques semaines, avant le musée Magnin, un rassemblement de tableaux et de dessins de Charles Meynier, peintre néoclassique élève de Vincent, aujourd’hui peu connu en dehors du cercle des historiens de l’art. Certes, l’artiste n’est pas l’égal des grands maîtres de l’époque, David, Gros ou Girodet. Mais on découvre une personnalité attachante, un excellent dessinateur, très à l’aise dans les esquisses peintes, moins dans les formats moyens un peu raides et maladroits. Sur ce dernier point et comme il faut toujours des exceptions aux règles, on s’arrêtera cependant sur la figure qui forme l’affiche de l’exposition : cette Justice (ill. 1), d’une série de quatre Vertus provenant des Tuileries et replacées en dessus-de-porte au château de Vincennes, n’est pas seulement une miraculée - on la considérait comme perdue depuis la dernière guerre alors qu’elle est réapparue dans le château même il y a quelques années1 - elle est aussi un chef-d’œuvre.
La taille des salles et le coût des transports et des assurances ont empêché malheureusement le déplacement des grands formats dont beaucoup sont conservés à Versailles où ils sont difficilement visibles. On se serait sans doute aperçu que ce peintre est l’homme des compositions monumentales où il déploie sans entraves son talent. Une visite au Louvre, les yeux levés, convainc aisément : Meynier est un décorateur.


1. Charles Meynier (1763-1832)
La Justice, 1815
Huile sur toile - 137 x 122 cm
Vincennes, Service historique de
la Défense, département Marine
Photo : Service de presse

Dès 1801 en effet, la place du peintre, parmi les premiers de l’école française de son époque, est affirmée par la commande d’un premier décor dans ce palais, La Terre recevant des empereurs Adrien et Justinien le cod des lois romaines dictées par la Nature, la Justice et la Sagesse, pour l’actuel Salon de la Reine (dans les anciens appartements d’Anne d’Autriche). En 1814, pour un Salon des Tuileries, Meynier exécutera un autre plafond, une Allégorie de la naissance de Louis XIV, heureusement déposé avant la destruction du Palais et ayant ainsi échappé aux flammes mais hélas conservé au Louvre sans être présenté2. Une esquisse, autrefois dans la collection Ciechanowiecki, perdue de vue depuis la vente à Drouot en 2002, est encore marquée comme de « localisation inconnue » ; retrouvée depuis peu dans une collection particulière, elle est montrée à Boulogne malgré sa qualité plutôt faible. Elle permet cependant de présenter dans l’exposition, grâce à des modelli, toutes les compositions peintes pour le Louvre et les Tuileries. Pas moins de trois plafonds suivront encore, tous conservés in situ3. L’auteur y déploie un véritable sens de l’espace avec des compositions qui évoquent l’art de Le Brun, un compromis entre le classicisme et la fougue baroque.


2. Charles Meynier (1763-1832)
La Paix de Presbourg, 1806
Plume, encre brune, lavis brun et gris - 48,5 x 83 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN

A l’extrême fin du siècle, Meynier avait déjà été associé à une entreprise décorative, sans doute jamais aboutie, mais dont restent cinq grands tableaux qui ne peuvent être évoqués dans l’exposition que par deux esquisses4. Cet ensemble était prévu pour orner la galerie des Muses de l’hôtel Boyer-Fonfrède à Toulouse. Il a récemment rejoint le Musée de Cleveland aux Etats-Unis, en provenance d’une collection suisse. L’absence de ces chefs-d’œuvre du néoclassicisme est quelque peu compensée par la présentation de quatre toiles représentant des statues antiques, récemment restaurées et qui viennent à cette occasion d’être judicieusement déposées par le Louvre au Musée de la Révolution française à Vizille.
On terminera cette évocation de l’art de décorateur de Meynier en rappelant que le plafond du Palais Brongniart à Paris, l’ancienne Bourse, est également peint (en grisaille) par Meynier qui s’est partagé le travail avec Abel de Pujol. Les visiteurs du Salon du Dessin ne pensent pas toujours à lever la tête... Cette position d’artiste officiel, soutenu par Vivant Denon, lui vaudra d’autres commandes publiques, comme celle des dessins préparatoires aux sculptures de l’Arc de Triomphe du Carrousel (ill. 2). Ainsi que le fait remarquer Isabelle Mayer, son style de dessinateur se prêtait bien à une transcription sculptée.


3. Charles Meynier (1763-1832)
Milon de Crotone, 1795
Huile sur toile - 61 x 50,5 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBAM

L’ouvrage publié par Arthena est, comme d’habitude, superbe. La formule parfaitement rodée combine un texte analysant de manière très complète la vie et l’art du peintre, un catalogue raisonné de l’ensemble de son œuvre et un important appareil critique. On regrettera seulement l’idée consistant à illustrer les tableaux de Cleveland sur des feuillets qui se rabattent (p. 30 à 36). Cette disposition, si elle permet de voir côte à côte quatre des compositions, n’est pas satisfaisante : déplier ces rabats est difficilement praticable et l’on manque à chaque instant de les déchirer.
Jamais étudié de manière approfondie, Meynier fait ainsi l’objet de nombreuses redécouvertes. Isabelle Mayer-Michalon montre notamment qu’il naquit en 1763 et non en 1768 ce qui, comme elle le souligne, ne le fait pas changer de génération, mais n’est pas seulement un détail tant cinq ans de différence modifient réellement sa place dans la chronologie d’une « période si foisonnante de peintres de talent ». De nombreuses œuvres, essentiellement des dessins, sont publiées ici pour la première fois. On rappellera aussi que le Musée de Montréal a acquis il y a peu (voir brève du 22/10/03) un très beau Milon de Crotone (ill. 3) qui n’est pas présenté à Boulogne mais le sera à Dijon


4. Charles Meynier (1763-1832)
Napoléon Bonaparte
Premier Consul, 1804
Huile sur toile - 225 x 160 cm
Bruxelles, Musées de la Ville de Bruxelles,
Hôtel de Ville
Photo : MBAM

Curieusement, mais cela confirme les difficultés de Meynier dans les formats de taille moyenne, celui-ci ne peignit que fort peu de portraits à une époque où ce genre était pourtant une des principales sources de revenus des peintres. La plupart de ceux qu’il a réalisés sont montrés à l’exposition. Honorables (ill. 4), ils sont cependant loin de la qualité qu’on pourrait en attendre. Tel n’est pas le cas de l’une des rares compositions religieuses connues du peintre. On ne verra cependant qu’une très belle esquisse de ce Saint Michel terrassant le démon (collection particulière). Le grand tableau, aujourd’hui conservé au dépôt des Objets d’Art de la Ville de Paris à Ivry, faisait partie d’un ensemble aujourd’hui peu connu, aux côtés de deux autres tableaux par Abel de Pujol et par Paul Delaroche. Commandées pour la chapelle de l’hospice Boulard, à Saint Mandé (aujourd’hui situé dans le XIIe arrondissement de Paris), ces trois toiles ont quitté leur emplacement d’origine en 1990. L’hospice abrite aujourd’hui le SAMU social et on aimerait savoir pourquoi ce beau bâtiment ne peut, dans sa chapelle, retrouver son décor d’origine. Nous reviendrons sûrement un jour ou l’autre sur ce dossier.

Boulogne est-il trop loin de Paris pour que si peu de visiteurs profitent de cette exposition ? On ne saurait trop conseiller aux lecteurs du site, par nature curieux et intéressés par les artistes moins connus, de prendre la ligne 10 du métro, de descendre à la station Boulogne-Jean Jaurès et de marcher pendant quelques minutes. Un parcours plutôt facile finalement pour découvrir ce peintre néoclassique. Attention néanmoins, les horaires de la bibliothèque Marmottan sont très réduits.

IMG/jpg/Couverture_Meynier_small.jpgIsabelle Mayer-Michalon, Charles Meynier 1763-1832, Arthena, Paris, 2008, 328 p., 92 €. ISBN : 978-2-903239-39-8.


Un livret a également été édité qui donne la liste des œuvres exposées ainsi qu’un résumé de la vie de l’artiste.

Informations pratiques : Bibliothèque-musée Marmottan, 7, place Denfert-Rochereau, 92100 Boulogne-Billancourt. Tél. : 00 33 (0)1 55 18 57 60 ou 61. Ouvert les mercredi, jeudi et vendredi de 14 h à18 h, le samedi de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 17 h.

English version


Didier Rykner, dimanche 27 avril 2008


Notes

1. En revanche, les trois autres tableaux de la série n’ont pas été retrouvés.

2. Pourquoi ne pas prévoir la présentation à Lens de ce plafond et d’autres, souvent roulés dans les réserves du Louvre ? Ce serait au moins une manière de rendre cette annexe utile.

3. La France, sous les traits de Minerve, protégeant les Arts, en 1819 ; Le triomphe de la peinture française : apothéose de Poussin, de Le Sueur et de Le Brun, en 1822 ; Les Nymphes de Parthénope, emportant loin de leurs rivages les Pénates, images de leurs dieux, sont conduites par la déesse des Beaux-Arts sur les bords de la Seine en 1827.

4. Une troisième, conservée au Musée Magnin, y sera évidemment ajoutée.



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