Chardin. Il pittore del silenzio


Chardin. Le peintre du silence.
Ferrare, Palazzo dei Diamanti, du 17 octobre 2010 au 30 janvier 2011
Madrid, Museo Nacional del Prado, du 28 février au 29 mai 2011

Aller voir Chardin à Ferrare peut paraître un peu étrange. Ce n’est pas le premier artiste auquel on penserait pour une exposition dans cette ville. Mais c’est justement ce décalage, montrer aux Italiens un artiste qu’ils connaissent mal et qu’ils n’apprécient pas forcément, qui en fait l’intérêt. Et comme nous l’a fait remarquer Pierre Rosenberg, qui en est le commissaire, l’Emilie, région de naissance de Giorgio Morandi, est peut-être la mieux à même de comprendre l’art de Chardin.


1. Jean-Siméon Chardin (1699-1779)
Les aliments de la convalescence, vers 1747
Huile sur toile - 45,5 x 34,5 cm
Collection privée
Photo : Didier Rykner

2. Jean-Siméon Chardin (1699-1779)
Les aliments de la convalescence, vers 1747
Huile sur toile - 46,2 x 37 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : National Gallery


Bien sûr, après deux expositions parisiennes organisées par le même Pierre Rosenberg en 1979 et en 1999, on ne peut attendre de celle-ci de nombreuses nouveautés. Huit tableaux néanmoins n’étaient montrés ni dans l’une ni dans l’autre1. Le numéro 50 du catalogue est une esquisse (ill. 1), ce qui est rare chez le peintre. Il s’agit d’ailleurs plutôt, d’après Pierre Rosenberg, d’un tableau inachevé, où l’on voit comment Chardin fait poser le modèle pour mettre en place les éléments nécessaires à l’élaboration de sa composition. Le travail d’achèvement, long et minutieux, devait être ensuite poursuivi par l’artiste. Il est probable donc que ces Aliments de la convalescence proches du tableau de même sujet de Washington (ill. 2), et accrochés dans l’exposition à ses côtés, sont une œuvre en cours d’élaboration que Chardin ne termina pas, tout comme les douze ébauches citées dans son inventaire après décès.

La gouvernante d’Ottawa (ill. 3) est présentée ici à côté d’une réplique, non exposée dans les rétrospectives parisiennes, qui porte l’attribution « Chardin et atelier », dénomination intrigante d’autant que Pierre Rosenberg nous a confié ne pas vraiment croire à l’existence d’un véritable atelier. Il est possible que cette autre version ait été réalisée par un artiste proche de lui, peut-être avec sa participation. La confrontation des deux toiles montre cependant une qualité nettement moindre de la réplique, aux contours beaucoup plus secs que le tableau original.
Accrochée de manière pertinente, cette exposition propose donc des comparaisons qui permettent de mieux comprendre l’artiste. Elle souffre néanmoins d’un défaut, l’absence de grands formats, qui peut donner une image un peu faussée de l’artiste. La Raie du Louvre, Les Attributs des arts du Musée Jacquemart-André et Les Attributs des arts et les récompenses qui leurs sont accordées seront en revanche montrés dans la seconde étape madrilène.


3. Jean-Siméon Chardin (1699-1779)
La gouvernante, 1739
Huile sur toile - 46,7 x 37,5 cm
Ottawa, Musée des Beaux-Arts du Canada
Photo : Musée des Beaux-Arts du Canada

4. Jean-Siméon Chardin (1699-1779)
Portrait d’un jeune garçon, 1777
Pastel- 46,5 x 39 cm
Genève, collection Jean Bonna
Photo : D. R.


Si Chardin ne dessina pas, il fut l’auteur de merveilleux portraits exécutés au pastel que beaucoup de musées - dont le Louvre - répugnent désormais à prêter en raison de leur fragilité. Grâce au collectionneur Jean Bonna, le parcours peut se conclure sur les portraits d’une jeune fille et d’un jeune garçon (ill. 4) exécutés dans cette technique et qui étaient également absents des expositions parisiennes.

Pierre Rosenberg, Renaud Temperini, Flavio Fergonzi, Chardin. Il pittore del silenzio, Ferrare Arte, 2010, 240 p., 47 €. ISBN : 9788889793107.


Informations pratiques : Palazzo dei Diamanti, Corso Ercole I d’Este, 21 - 44121 Ferrara. Tél : + 31 (0)532 244949. Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 18 h 30, le samedi et veille de jour férié de 8 h 30 à 18 h, dimanche et jour férié de 10 h 30 à 15 h 30. Tarif : 10 € (réduit : 8 €).

English version


Didier Rykner, vendredi 22 octobre 2010


Notes

1. Dont deux ne seront présents qu’à Madrid.



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