Caroline, sœur de Napoléon, reine des arts


Ajaccio, Musée Fesch, du 30 juin au 2 octobre 2017.

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1. Louis Ducis (1775-1847)
Napoléon Ier et ses neveux sur la
terrasse du château de Saint-Cloud

Huile sur toile - 111,5 x 143,5 cm
Versailles, Musée national du château et des Trianons
Photo : Didier Rykner
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Si Napoléon, longtemps après l’avoir dominée, fascine encore autant l’Europe, sans doute le doit-il aussi un peu à ses frères et sœurs auxquels il prit soin de confier plusieurs trônes et qui laissèrent également une trace durable dans l’Histoire. Caroline n’est pas la moins intéressante de cette fratrie, et l’exposition que lui consacre le Musée Fesch d’Ajaccio (haut lieu napoléonien) le démontre amplement.

Plus jeune sœur de l’Empereur, elle eut une très bonne éducation. Le parcours commence avec un grand dessin de Jean-Baptiste Isabey montrant l’institution de Mme Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette, qui ouvrit en 1794 à Saint-Germain-en-Laye une école pour jeunes filles que Caroline fréquenta en 1798 et 1799 en même temps que sa future belle-sœur Hortense de Beauharnais. Cette première salle rappelle ainsi les amitiés nouées pendant sa jeunesse, avec la reine Hortense mais aussi avec Mme Récamier. On y voit en outre un tableau un peu maladroit (ill. 1) de Louis Ducis, dont l’intérêt est de montrer combien Napoléon et sa sœur furent proches, du moins avant la trahison de Murat. Mais n’allons pas trop vite et regardons d’abord cette œuvre qui dépeint l’Empereur, en 1810, avec ses neveux : les deux fils de Louis, Napoléon-Louis, alors héritier désigné, et Louis-Napoléon, futur Napoléon III, sur ses genoux. Les quatre autres enfants sont ceux de Caroline, que l’on voit également dans un très joli petit tableau d’Isabey provenant du Museo Napoleonico de Rome.

Faire une exposition sur Caroline, c’est aussi en faire une sur Joachim Murat. Si Napoléon ne voyait pas, au début, leur union d’un très bon œil, le quasi-enlèvement de Caroline par Murat, juste après le coup d’État du 19 brumaire, eut raison de ses réticences. Le catalogue insiste fortement sur ce mariage d’amour (ce qui n’est pas si commun à l’époque) et sur l’importance que la famille eut tant pour Murat (malgré de nombreuses infidélités) que pour Caroline. Il est donc étonnant, en dépit de l’abondance de leur iconographie, de constater qu’on ne connaît aucun portrait du couple, les seules représentations communes passant par l’appariement de pendants. François Gérard, dont l’exposition montre plusieurs œuvres, fut quasiment leur portraitiste officiel. On a ainsi le plaisir de voir le Portrait de Murat de Versailles (ill. 2), ainsi que celui récemment acquis par le Musée de l’Armée (voir la brève du 24/3/17). En revanche, le portrait passé en vente chez Sotheby’s récemment (voir cet article) n’est représenté que par une copie conservée en Italie.


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2. François Gérard (1770-1837)
Joachim Murat en costume de hussard, 1801
Huile sur toile - 215 x 133 cm
Versailles, Musée national du château et des Trianons
Photo : RMN-GP/C. Fouin
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3. Elisabeth Louise Vigée Lebrun (1755-1842)
Caroline Murat et sa fille Letizia, 1806-1807
Huile sur toile - 216,5 x 143,5 cm
Versailles, Musée national du château et des Trianons
Photo : RMN-GP/F. Raux
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Gérard exécuta plusieurs portraits de Caroline même si les auteurs du catalogue ne semblent pas vraiment d’accord sur leur nombre. Si l’on excepte ceux de cet artiste, l’un des plus beaux est sans doute celui peint par Vigée-Lebrun (ill. 3), même s’il n’eut pas l’heur de plaire à son modèle qui refusa de poser longtemps pour elle.
On découvre aussi une jolie aquarelle de Louis-Hippolyte Lebas montrant Caroline dans le boudoir d’argent du Palais de l’Élysée. L’exposition s’attache en effet longuement à évoquer les différentes demeures de la sœur de Napoléon. À Paris, elle s’installa successivement à l’hôtel de Brionne, puis à l’hôtel d’Évreux (le palais de l’Élysée) et au château de Neuilly. Le château de Benrath près de Düsseldorf est peint par Alexandre Dunouy, mais si Joachim Murat fut l’éphémère grand-duc de Berg et de Clèves, Caroline ne vint jamais dans son grand-duché. À Naples en revanche, dont Joachim fut nommé roi en 1808, elle occupa, après avoir dû céder toutes ses propriétés françaises, les palais royaux de Naples, de Caserte et de Portici. Le renversement puis la mort de Murat, l’obligea à fuir. Devenue comtesse de « Lipona » (anagramme de Napoli), elle vécut en Autriche avant de revenir en Italie, à Trieste d’abord et enfin à Florence où elle termina sa vie, au Palazzo Griffoni en compagnie de son mari morganatique Francesco MacDonald.


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4. Attribué à François-Honoré-Georges
Jacob-Desmalter (1770-1841)
Fauteuil du boudoir d’argent du palais de l’Élysée, 1805
Bois argenté, faille de soie, galon argenté - 96 x 72 x 61 cm
Paris, Palais de l’Élysée
Photo : Didier Rykner
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5. Attribué à François-Honoré-Georges
Jacob-Desmalter (1770-1841)
Table en micromosaïque de Florence, 1805
Bois peint gris, rechampi argent,
micromosaïque,argent - 80 x 59 x 48 cm
Paris, Palais de l’Élysée
Photo : Didier Rykner
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Des prêts très importants ont été consentis par le Mobilier National, comme un fauteuil du boudoir d’argent sans doute de Jacob-Desmalter (ill. 4) et une table en micro-mosaïque de Florence (ill. 5), attribuée au même, provenant de l’Élysée et que l’on peut voir dans l’aquarelle de Lebas. Les musées et palais de Campanie n’ont pas été moins généreux. Plusieurs meubles conservés à Caserte sont exposés, tandis que deux aquarelles par Charles-Frédéric Othon de Clara et Élie-Honoré Montagny figurant toutes deux le Grand cabinet de Caroline au palais Royal de Naples sont accompagnées de meubles qui y sont représentés : une coupe sur tripode en porphyre et marbre rouge du Musée de Capodimonte et une chaise probablement napolitaine appartenant au palais royal de Caserte.

L’activité de collectionneuse de Caroline est évoquée dans plusieurs salles. On commence avec les pièces archéologiques (ill. 6) pour laquelle elle fut prise d’une particulière passion à Naples, encouragée par les nombreuses fouilles qui s’y déroulaient. Sa collection de vases antiques peints était d’une qualité élevée comme le démontrent les exemples exposés, provenant du Musée archéologique de Naples. Cet intérêt du couple royal pour l’archéologie et les ruines romaines se voit aussi dans un petit tableau de Louis-Nicolas Lemasle représentant Achille et Lucien Murat (leur fils) visitant le théâtre d’Herculanum.


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6. Salle des Antiques de l’exposition « Caroline »
Photo : Didier Rykner
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7. Jacob Philipp Hackert (1755-1807)
Vue des Champs Phlétréens près de Naples, 1797
Huile sur toile - 121 x 170 cm
Mâcon, Musée des Ursulines
Photo : Didier Rykner
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Caroline fut une grande amateur de tableaux. Si elle ne négligea pas la peinture ancienne comme plusieurs toiles accrochées dans l’exposition en témoignent - ses deux chefs-d’œuvre, L’Éducation de l’Amour et l’Ecce Homo du Corrège, conservés à la National Gallery de Londres n’ont pas fait le déplacement - elle eut des relations privilégiées avec des peintres contemporains auxquels elle commandait de nombreuses œuvres. Elle posséda ainsi notamment des paysages d’Alexandre-Hyacinthe Dunouy, de l’Autrichien Joseph Rebell et de l’Allemand Jacob Philipp Hackert (ill. 7). On verra deux beaux tableaux de Louis Gauffier et des toiles d’artistes moins connus comme Élie-Honoré Montagny, déjà cité, ou Benjamin Rolland. Quant à la sculpture, il ne faut évidemment pas oublier Canova à qui Caroline et Joachim achetèrent les deux Psyché et l’Amour du Louvre, qui a prêté le moins fragile.


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8. François-Marius Granet (1775-1849)
Saint Sébastien après le martyre, 1814
Huile sur toile - 97 x 74 cm
Naples, Palazzo Reale
Photo : Palazzo Reale
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9. Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)
La Grande Odalisque dite « Turpin de Crissé », vers 1824
Huile sur toile - 20 x 28 cm
Angers, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Parmi les artistes de Caroline, faisons une place à part à Ingres et Granet, ne serait-ce que pour signaler à cette occasion la publication d’un livre de Gennaro Toscano consacré, justement, à ces deux peintres et à leur relation avec la reine de Naples, dont nous conseillons la lecture en complément de celle du catalogue. De Granet, on admirera dans l’exposition le superbe Saint Sébastien après le martyre (ill. 8) du Palais Royal de Naples, rare scène d’histoire religieuse qu’il ait jamais peinte, et dont Gennaro Toscano décrit en détail l’histoire en rappelant qu’elle fut peinte en pendant au Rachat des captifs du Museo di Capodimonte. Quant à Ingres, le Louvre n’ayant pas envoyé La Grande Odalisque ni Michel David-Weill le Portrait de Caroline Murat, et La Dormeuse de Naples étant toujours portée manquante - ce que regrettera sans doute Adrien Goetz qui écrit dans le catalogue un essai consacré à la présence du peintre à Naples - on se contentera de la réplique autographe de l’Odalisque conservée à Angers (ill. 9) et de quelques croquis prêtés par Montauban, préparatoires à ces tableaux, dont plusieurs pour le portrait de la famille Murat qui ne fut qu’esquissé et jamais terminé.

Cette exposition et son catalogue (excellent, mais dont certains essais auraient gagné à être mieux relus) complétés par le livre de Gennaro Toscano qui se concentre sur Ingres et Granet, donnent une excellente image de la personnalité de Caroline : une femme de goût, sincèrement amoureuse des arts, qui sut se faire un nom malgré les figures illustres de son frère et de son mari.

Commissaires : Jehanne Lazaj et Maria Teresa Caracciolo, assistées de Laëtitia Giannechini.


Sous la direction de Maria Teresa Caracciolo et Jehanne Lazaj, Caroline, sœur de Napoléon. Reine des arts, SilvanaEditoriale, 2017, 300 p., 25 €. ISBN : 9782913043619.


Informations pratiques : Palais Fesch-Musée des Beaux-Arts, 50-52, rue du Cardinal Fesch, 20000 Ajaccio. Tél : + 33 (0)4 95 21 48 17. Jusqu’au 30 septembre : lundi, mercredi et samedi de 10 h 30 à 18 h ; jeudi et dimanche de 12 h à 18 h ; vendredi de 12 h à 18 h, jusqu’à 20 h 30 en août ; fermé le mardi. A partir du 30 septembre : lundi, mercredi et samedi de 10 h à 17 h ; jeudi et vendredi de 12 h à 17 h ; dimanche de 12 h à 17 h. Tarif : 8 € (réduit : 5 €).


Site Internet du musée


Gennaro Toscano, Ingres, Granet et la reine de Naples, Gourcuff Gradenigo, 2017, 120 p., 29 €. ISBN : 9782353402632.


Didier Rykner, jeudi 31 août 2017





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