
1. France vers 1845
Portrait équestre de Louis Philippe
Bronze, patine brun foncé - H. 50 cm
Paris, Galerie Jacques Fischer
© Galerie Fischer
18/11/05 – Paris – Marché de l’art – Selon Baudelaire, Feuchère et tous ceux qu’il appelle avec mépris les « sculptiers » « transformeraient volontiers les tombeaux de Saint-Denis en boîtes à cigares et à cachemire ». On peut ne pas être d’accord avec le poète qui fut souvent, mais pas toujours, un critique d’art inspiré. Ce jugement ironique pourrait s’appliquer à la plupart des sculpteurs de l’époque romantique qui ont presque tous créé des modèles de petite taille. L’insuffisance des commandes et le coût des matériaux expliquent en partie la multiplication des modèles de statuettes qui donnèrent souvent lieu à des éditions. Mais lorsqu’un statuaire de talent s’alliait à un fondeur habile, cela pouvait donner de très belles œuvres, dignes de la sculpture monumentale.
La galerie Jacques Fischer expose jusqu’au 30 novembre un ensemble de ces bronzes [1]. De Barye à Pradier, quelques-uns des meilleurs artistes du genre sont représentés, mais on s’attardera plus particulièrement sur trois objets.
Le premier est d’un auteur inconnu. Anonymat irritant, car ce Portrait équestre de Louis-Philippe (ill. 1) est d’une très grande qualité plastique et d’exécution, avec une patine remarquable. On connaît le goût du roi des Français et de sa famille pour la sculpture. Son fils Ferdinand en fut un mécène averti et sa fille Marie pratiqua cet art avec bonheur. A la mort du duc d’Orléans, son gisant fut réalisé, sur des dessins d’Ary Scheffer, par Henri de Triqueti (lui aussi présent à cette exposition avec une Aiguière).
James Pradier fut l’auteur d’un Portrait de Louis-Philippe en bronze, mais le roi y est représenté en pied. Aucun portrait équestre sculpté n’en était jusqu’ici répertorié. L’auteur de cette statuette monumentale doit être recherché parmi les artistes proches de la famille royale.

2. Carlo Marochetti
La mort d’un ami
Bronze, patine brune - H. 28,5 cm
Paris, Galerie Jacques Fischer
© Galerie Fischer

3. Carlo Marochetti
Portrait équestre de Philibert-Emmanuel de Savoie
Bronze, patine brun-noir - H. 41,2 cm
Paris, Galerie Jacques Fischer
© Galerie Fischer
Les deux autres objets sont de Carlo Marochetti (1805-1868), un statuaire d’origine italienne qui fit l’essentiel de sa carrière en France et suivit Louis-Philippe dans son exil en Angleterre, nouvel exemple de la proximité de la famille d’Orléans et des sculpteurs romantiques. On voit ici La mort d’un ami, sujet inspiré par un poème de Millevoye, où un cavalier arabe pleure son cheval mourant. Il diffère des autres exemplaires connus (dont un est conservé au Musée Girodet à Montargis) par l’absence du palmier. L’enlèvement de cet accessoire pittoresque resserre l’action sur le drame en train de se jouer et en renforce l’émotion.
Le second bronze de Marochetti est une réduction du Portrait équestre de Philibert-Emmanuel de Savoie qui fut installé en 1837 place Saint-Charles à Turin. A côté des œuvres créées uniquement en petite taille, certaines commandes de grandes dimensions connaissaient une diffusion plus large grâce à la commercialisation d’éditions réduites. Le nombre de tirages reste souvent faible dans la première moitié du siècle, ce qui est le cas de ce Philibert-Emmanuel dont peu de tirages sont connus.
Galerie Jacques Fischer, 46, rue de Verneuil, 75007 Paris. Tél : 01 42 61 17 82
