
1. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
Une jeune fille à la fenêtre, après 1799
Huile sur toile - 55,2 x 47,5 cm
Londres, National Gallery
Photo : The National Gallery
« Grand ou petit Maître ? » s’interroge Jacques Foucart dans un essai du catalogue qui multiplie les interrogations1. La question n’est pas nouvelle et l’exposition lilloise de ce peintre très souvent réduit au rôle de portraitiste-à-la-va-vite (ce qu’il fut au demeurant, produisant des centaines, voire des milliers2 de petits tableaux de format similaire – environ 22 x 17 cm), permet de (re)découvrir la riche diversité du peintre au travers d’une présentation de quelque 190 œuvres prêtées par les plus grandes institutions internationales, britanniques ou américaines, allemandes ou russes, ainsi que par les grands musées français.
Dans l’espace réservé aux expositions temporaires, l’architecte Thierry Germe a su organiser, en accord avec la commissaire, Annie Scottez-De Wambrechies (secondée par Florence Raymond), une scénographie élégante, n’écrasant jamais les toiles (dont bien peu dépassent le format moyen) et les dessins, permettant d’intéressantes confrontations entre travaux préparatoires et œuvres achevées3, variant les teintes des cimaises de manière à s’adapter aux divers moments de la carrière de Boilly. Ainsi le parcours, chronologique à l’exception de la première (« Boilly, sa famille et ses proches ») et de la dernière sections (« Le Trompe-l’œil, l’art de l’illusion »), permet-il de suivre une évolution originale qui contourne les modes picturales : en effet, Boilly prolonge par son inspiration, en pleine période de néo-classicisme triomphant, l’art galant ou moralisateur du XVIIIe siècle, de même qu’il ignore la grande peinture d’Histoire pourtant appelée au service de la gloire impériale, et qu’il se désintéresse du paysage alors que celui-ci forme l’un des axes du Romantisme naissant. Un vrai « Talleyrand de la peinture » selon le toujours très inspiré Alain Tapié.
Avant l’entrée même dans l’exposition, sous le nom de Louis Boilly inscrit en grandes lettres, un large agrandissement de la dernière œuvre présentée, Une jeune fille à la fenêtre (ill. 1) s’offre, tel un de ces « caprices » architecturaux, comme un assemblages des diverses facettes de l’art de notre artiste : il s’agit d’un portrait (même s’il n’appartient pas à ces « petits portraits » qui ont fait sa renommée), sans doute celui de sa première femme dont on verra, dans la salle d’introduction, la tête saisie dans la même attitude sur un superbe dessin à la pierre noire conservé au Château-Musée de Boulogne-sur-Mer ; ce portrait à l’huile est « traité en grisaille à l’imitation de l’estampe4 » (pratique dont on verra nombre d’exemples dans l’exposition : Le Cadeau délicat, v. 1791, Paris, musée des Arts décoratifs ; Ah ! ça ira et Les Cœurs reconnaissants, v. 1789-1790, coll. part. ; Mes Petits Soldats, 1809, Douai, musée de la Chartreuse) ; la jeune fille est assise sur le rebord d’une fenêtre dont le soubassement laisse apparaître un trompe-l’œil que Boilly a par ailleurs traité en une huile sur papier qui apparaîtra dans la dernière section (Triomphe d’Amphitrite, après 1785, coll. part.) ; dans cette mise en abyme que forme l’ouverture de la fenêtre, le rideau soigneusement plissé, une cage d’oiseaux, une botte de carottes, un bocal à poissons rappellent l’influence de la tradition des fijnschilders néerlandais (Dou, Van Mieris, Metsu…) dont Boilly était un fervent admirateur ; enfin la présence d’un enfant (assez ressemblant avec celui que proposera l’Etude présumée pour le portrait de Simon Boilly [pierre noire et sanguine, Paris, coll. part.]) regardant à travers une longue vue établit une démultiplication des regards entre le spectateur et les personnages de la toile selon un scénario du type « le voyeur observé », vis comica dont le peintre usera avec finesse dans ses tableaux.

2. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
Mur de petits portraits
Rétrospective du Palais des Beaux-Arts de Lille
Photo : Didier Rykner

3. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
Portrait de Madame Boilly,
née Marie-Madeleine Desligne, avant 1795
Pierre noire, rehauts de craie blanche, pastels
et lavis gris - 45 x 55 cm
Boulogne-sur-Mer, Château-Musée
Photo : Boulogne-sur-Mer, service photographique

4. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
Portrait d’un fils de Boilly, vers 1795-1800
Huile sur papier marouflé sur toile - 18 x 14 cm
Lille, Palais des Beaux-Arts
Photo : RMNGP/Le Mage
En préambule, et comme pour régler une fois pour toutes la réputation de petit portraitiste de Boilly, une cimaise accueille une vingtaine de ces toiles « peintes avec une économie de moyens stendhalienne » (J. Foucart), provenant du musée Marmottan (à l’exception de deux d’entre elles appartenant au musée Carnavalet) : étagées par cinq sur quatre rangs (ill. 2), elles montrent à la fois une standardisation de la technique – cadrage serré, fond sombre –, mais aussi une véritable attention de l’artiste à la spécificité du modèle, bien identifié psychologiquement).
La première section nous introduit donc dans l’intimité familiale de Boilly : son père, ses deux épouses successives (avec la superbe tête en pierre noire de Madame Boilly, née Marie-Madeleine Desligne (ill. 3), dont on a vu qu’elle pouvait être le modèle de la Jeune fille à la fenêtre), ses nombreux enfants (le déjà mentionné Mes Petits Soldats offrant une très amusante saynette où trois de ses fils s’essayent à une parade militaire – époque impériale oblige ! – alors qu’un chien se tient au garde-à-vous en tenant une baguette entre ses pattes avant) parmi lesquels se remarque le Portrait présumé d’André ou de Félix Boilly (ill. 4) et des autoportraits, certains très sérieux, d’autres au contraire facétieux tel ce Jean qui rit au crayon noir et sanguine du Museum of Fine Arts de Boston. Et que dire de cet Autoportrait en révolutionnaire (1793 [An II], coll. part.) dont le catalogue analyse « la mine renfrognée » comme celle d’un « révolutionnaire convaincu » alors qu’on peut y voir plus vraisemblablement, compte tenu du faible militantisme de Boilly, comme une forme de dérision ou de dégoût du sans-culottisme ?

5. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
La Visite reçue, 1789
Huile sur toile - 45 x 55 cm
Saint-Omer, Musée de l’Hôtel Sandelin
Photo : Musée de l’Hôtel Sandelin/P. Beurthert

6. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
L’Indiscret, vers 1790/1795
Huile sur toile - 46 x 38,5 cm
Paris, Musée Cognacq-Jay
Photo : Musée Cognacq-Jay
La section suivante, « Le Succès parisien (1785-1791). Scènes galantes et moralisatrices », présente les premiers tableaux de genre de Boilly suite aux commandes que lui passa un riche avocat avignonnais, ancien mousquetaire du Roi, Joseph François Calvet de Lapalun (1736-1820). Boilly eut à suivre un véritable cahier des charges intitulé Sujet pour des tableaux dans lequel son commanditaire lui imposa non seulement les thèmes mais aussi la construction générale des toiles. Sur les onze tableaux commandés, quatre qui appartiennent au musée de l’Hôtel Sandelin à Saint-Omer sont ici présents : La Visite reçue (ill. 5), Le Concert improvisé et Ce qui allume l’amour l’éteint (1790), enfin Le Vieillard jaloux (1791). Tous ont en commun de raconter une histoire dans laquelle badinerie et morale sont intimement mêlées, et d’être structurés autour de personnages très éclairés (mais d’où vient la lumière ?) se découpant sur des fonds sombres qui permettent de reléguer en arrière-plan les raison de l’intrigue. Comment ne pas songer à Fragonard (et plus encore dans la très coquine et délicieuse toile L’Indiscret - ill. 6 - ou L’Expérience électrique, spirituelle variation galante sur le messmérisme [v. 1791, Richmond, Virginia Museum of Fine Arts]), quand ce n’est pas la théâtralité d’un Greuze qui vient à l’esprit ? L’une des réussites de cette section tient dans la présentation de deux versions, sans doute de 1791, du Cadeau délicat, un autre tableau appartenant au cycle commandé par Calvet de Lapalun : l’huile sur toile en version colorée (Toulouse, Fondation Bemberg) et son pendant en huile sur toile « à l’imitation de l’estampe » (Paris, musée des Arts décoratifs, déjà cité). La confrontation des deux toiles permet de comprendre les modifications qu’apporte Boilly quand il passe de la couleur à la grisaille : outre la réduction de format et l’apparition de la signature à l’imitation de la gravure, il éclaircit la scène pour la rendre plus lisible afin que, la couleur disparaissant, le camaïeu conserve toute sa profondeur et que les détails soient toujours perceptibles.
Ces toiles jugées « corrupt[rices] des mœurs » valurent quelques ennuis à Boilly5 pendant « La Tourmente révolutionnaire », sujet de la section 3. Peu d’œuvres, mais une toile de format plus grand (80 x 120 cm), destinée au concours organisé en l’An II (1793) par la Constituante dans le but de promouvoir l’esprit républicain : Le Triomphe de Marat (Lille, Palais des Beaux-Arts) dont une étude préparatoire (Versailles, musée Lambinet) montre l’évolution de projet. Modifiant la spatialisation, zoomant sur les personnages au détriment du décor, Boilly donne à ceux-ci le premier rôle et trouve ainsi un véritable équilibre pour sa toile. Première d’une longue suite de tableaux qui vont voir l’artiste s’attacher à peindre des cortéges, des scènes de foules en extérieur aussi bien que des rassemblements dans des intérieurs.
C’est ainsi que vont apparaître au fil des sections 4, « Les Débuts de la célébrité. Du Directoire au Consulat (1795-1804) », et 5, « L’Empire et la gloire (1804-1814) » quelques-unes des toiles les plus célèbres de Boilly qui feront son succès dans les Salons officiels de 1798 (où il présente un « tableau […] que la foule assiège » : hgL’Atelier d’Isabey - ill. 7), de 1804 (avec un nouvel atelier d’artiste, celui de Houdon, plus discuté, et L’Arrivée d’une diligence dans la cour des Messageries qui rallie tous les suffrages : « C’est un joli tableau : Tout est bien vrai de dessin : les attitudes sont très naturelles »), de 1809 (dans lequel Un jeu de billard déconcerte par son sujet, alors que Les Conscrits de 1807 passant devant la Porte Saint-Denis, La Lecture du bulletin de la Grande Armée et Scènes de boulevard sont « salués par tous les amis des arts ») et de 1812 (où sa toile L’Entrée du Jardin Turc « attire la foule par cet art de retracer avec vérité nos ridicules »). A ne s’en tenir qu’à ces œuvres, on voit se dessiner dans la production de Boilly une confirmation – son intérêt pour les scènes où, dans un espace même élargi mais demeurant assez réduit, il se plait à multiplier les personnages – et deux réorientations – son attachement à la réalité quotidienne et sa prédilection à saisir à la manière d’un caricaturiste les détails qui permettent de passer du particulier au général. Là encore, l’exposition lilloise, en une sorte de work in progress, a réussi à rassembler versions définitives, dessins préparatoires et esquisses à l’huile pour nombre des œuvres de ces sections.

7. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
L’Atelier d’Isabey, Salon de 1798
Huile sur toile - 71,5 x 111 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMNGP
C’est en particulier le cas de L’Atelier d’Isabey (ill. 7), « le tableau le plus ambitieux de [la] carrière [de Boilly] en matière de portraits6 » puisqu’il réunit dans ce que Silvain Laveissière appelle un « Panthéon de l’amitié7 » trente et une figures de l’art contemporain, tous genres mêlés, des peintres à l’homme de lettres en passant par les architectes, sculpteurs, acteurs et musiciens. Trois esquisses à la pierre noire ou au crayon montrent comment il construit cet ensemble, le modifie, en change les symétries, et vingt-quatre huiles consacrées chacune à un protagoniste esquissé dans une posture (définitive ou non) expliquent mieux que tout quel fut le travail du portraitiste en « deux heures de temps » pour réaliser cette toile sans portée allégorique ou vocation de manifeste comme le seront les réunions similaires de Courbet ou Fantin-Latour. L’Atelier d’Isabey s’inscrit au sein d’une radicale modification de la pratique de Boilly : aux portraits « photomaton » – pour reprendre le mot évocateur d’A. Scottez-De Wambrechies – ont succédé les portraits en pied (significative est ainsi la confrontation des deux portraits du musée des Beaux-Arts de Rouen consacrés au musicien Boieldieu, l’un dans une esquisse à l’huile traité dans le petit format à la structure traditionnelle chez Boilly, l’autre en pied dans une mise en scène ingresque comme il en produit à cette époque sur fond de paysage décoratif : le célèbre portrait de Madame Tallien [v. 1800-1804, Etats-Unis, coll. privée], celui d’Antoine Thomas-Laurent Goupil [v. 1807, Angleterre, coll. part.] ou celui de Madame Saint-Ange Chevrier [1807, coll. part.]).
Ces portraits que l’exposition inclut sous l’intitulé absurde de « préromantiques8 » traduisent surtout une modification radicale chez Boilly du rapport de l’homme et de l’espace : si ce dernier n’a acquis aucune autonomie (et il suffit de voir les deux seules toiles de paysage de l’exposition pour comprendre à quel point celui-ci n’a aucune importance pour lui), il devient désormais le support d’une petite mise en scène qui joue sur le fil du rapport illusion/mimésis. Rapport qu’il illustre dans une scène d’un réalisme caricatural merveilleux, La Lecture du bulletin de la Grande Armée (ill. 8), transformant la peinture d’Histoire en une peinture d’histoire(s), d’anecdote(s) et multipliant sur une surface restreinte plusieurs scènes de genre qu’il inclut au sein d’une toile unique dont certaines figures atteignent au grotesque de la trogne. Et ce tropisme pour la caricature va se révéler très fécond…

8. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
La Lecture du bulletin de la Grande Armée, 1807
Huile sur toile - 44,5 x 58,5 cm
Saint Louis, Art Museum
Photo : Saint Louis Art Museum

9. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
Scènes de boulevard, 1806
Huile sur panneau - 24 x 33 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : National Gallery of Art
Avec L’Entrée au Jardin Turc (voir la brève du 10/11/11) accompagnée de son Etude préparatoire à la plume et encre brune (id.), Boilly donne toute la mesure d’échotier de la vie parisienne, « un autre Mercier, dans sa partie » comme le suggérait Paul Marmottan dans l’étude qu’il consacra au peintre9. Conservant un format restreint (91 cm de largeur), Boilly parvient à intégrer ce que plusieurs minutes du film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné dispersent au fil d’une chronologie et de plans élargis : chez lui le temps se résume en une chronotopie qui concentre des scènes de genre possiblement individualisables sur une toile à l’unité formelle parfaite. Mieux encore : dans Scène de boulevard (ill. 9), dans un mini format (24 x 33cm), l’artiste fait entrer quelque 23 personnages parfaitement individualisés, tous en pied, répartis en trois groupes où se joue ici une scène de séduction voyant un bellâtre tout occupé des propositions d’une prostituée tandis qu’un gamin le dépouille dans son dos, là un bonimenteur qu’entoure une foule nombreuse ; malgré le rapport surface/personnages, la scène demeure d’une absolue lisibilité. A cette qualité de dessinateur, Boilly ajoute celle d’ingénieux subterfuges : comment, par exemple, éclairer une scène d’intérieur tout en la traitant comme si elle se déroulait en lumière naturelle ? La réponse est fournie par Un jeu de billard (1807, Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage) accompagné de son Etude au crayon et à l’encre (Zurich, coll. part.) qui montre une ingénieuse trouvaille : Boilly a recours à un éclairage zénithal qui assimile la salle à un espace de rue où, là encore, il parvient à multiplier les séquences.

10. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
L’entrée du théâtre l’Ambigu-Comique, Salon de 1819
Huile sur toile - 66,5 x 80,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMNGP/R. G. Ojéda
Sous la Restauration, Boilly jette « Les Derniers feux de [s]a carrière » (section 6) : on songe au Philosophe du Neveu de Rameau diderotien évoquant dans les premières pages les « pousseurs de bois » en regardant l’Intérieur d’un café parisien (v. 1815, plume, lavis et aquarelle, Paris, musée Carnavalet) ou Les Joueurs de dames (1815, pierre noire et estompe), et plus encore à lui dans ses pérégrinations d’observateur amusé et aiguisé de la vie parisienne : piquante scène de bousculade dans L’Entrée du théâtre de l’Ambigu-Comique (ill. 10) sur le Boulevard du Crime, cohue sur les Champs-Elysées à l’occasion d’une Distribution de vins et de comestibles (1822, Paris, musée Carnavalet), entassement de charrettes près de l’ancien port au blé10 pour Le Déménagement (1822, Chicago, The Art Institute), savoureuse réunion de politicards aux Tuileries (Les Politiciens au jardin des Tuileries, 1832, Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage). Chroniqueur tout à la fois tendre et féroce, Boilly se place du côté d’un réalisme toujours teinté de poésie. Et sa dernière œuvre, Trait de courage de M. Defontenay (29 août 1792), 1832, Rouen, musée des Beaux-Arts) apparaît comme un hapax dans sa production : mêlant la noblesse du sujet et du personnage du maire de Rouen à des trognes caricaturales, il détourne encore un fois le genre figé de la peinture d’Histoire pour y apposer sa touche très personnelle se jouant comme souvent de la relation entre représentation mimétique pure et illusionnisme pictural.

11. Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
L’Effet du mélodrame, vers 1830
Huile sur toile - 32 x 44 cm
Versailles, Musée Lambinet
Photo : RMNGP/P. Bernard
C’est précisément ce qu’aborde l’ultime section, purement thématique qui aborde les deux aspects du trompe-l’œil et de la caricature. Disons-le franchement : si celle-ci parvient à manifester une véritable jubilation digne de ce que fera Daumier (voir ses Antiquaires, son Arracheur de dents, et surtout sa Réunion de trente-cinq têtes d’expression [v. 1823-1838, Tourcoing, MUba Eugène Leroy] ou son Effet du mélodrame - ill. 11), celle-là ne parvient guère à convaincre à l’exception de deux portraits en grisaille au verre brisé. Et de deux superbes natures mortes (Raisins blancs et Raisins noirs, Rouen, musée des Beaux-Arts) où la virtuosité du peintre parvient à rendre la présence de ces grappes tant par le traitement des volumes que la perfection des couleurs plus vraies que nature.
L’excellent catalogue aux essais et aux commentaires impeccables vient prolonger cette très belle et passionnante exposition qui, pour n’être pas dans la tradition des manifestations plus idéologiques (on pense à l’exposition Champaigne) ou à forte problématique thématique (rappelons-nous ces merveilleux Portraits de la pensée, voir l’article), s’inscrit dans la logique du travail du musée de Lille : poser le problème de l’esthétique picturale entre mimésis et illusion, et ici celui du rapport entre réalisme et caricature. En d’autres termes transformer une rétrospective en une problématique.
Commissaires : Annie Scottez-de Wambrechies et Florence Raymond.
Collectif, Boilly (1761-1845), Editions Nicolas Chaudun, 2011, 288 p., 39 €. ISBN : 9782350391250
Collectif, Boilly, Dossier de l’art, n°190, 9 €.
Informations pratiques : Palais des beaux-Arts, Place de la République, 59000 Lille. Tél : +33 (0)3 20 06 78 00. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h, et le lundi de 14h à 18h. Tarifs : 5,50 € (plein), 3,80 € (réduit).
