Bâtir pour le roi. Jules Hardouin-Mansart (1646-1708)


Paris, Musée Carnavalet, du 3 avril au 28 juin 2009.

1. Vue de la première salle de l’exposition Hardouin-Mansart
Photo : D. Rykner

Cette superbe exposition n’a qu’un défaut, l’absence d’un catalogue. Cela rend d’autant plus nécessaire de s’y rendre car rien, à part un petit livret de 34 p., n’en gardera la mémoire, ce qui est regrettable.
L’explication est simple : cette rétrospective consacrée à l’architecte de Louis XIV, qui devait avoir lieu à l’origine au château de Versailles, était destinée à accompagner la parution d’un catalogue raisonné de l’œuvre bâti qui ne verra finalement le jour qu’à la fin de l’année. Nous en parlerons, bien entendu. En attendant, nous publions plusieurs vues des salles qui montrent à quel point la scénographie est réussie.

Une exposition sur l’architecture peut être très ennuyeuse. Rien de tel ici car les deux commissaires, Alexandre Gady et Jean-Marie Bruson, ont eu l’intelligence de ne pas se contenter de montrer des plans. Peintures, sculptures et maquettes, très bien choisies, permettent de comprendre la vie et l’œuvre du génial Hardouin-Mansart.
On emploiera ce qualificatif à dessein. Comme la plupart des artistes de Louis XIV, Le Brun par exemple, Hardouin-Mansart a parfois été sous-estimé, ramené à la position de courtisan et opposé, pour le diminuer, à son grand-oncle François Mansart. Cette rétrospective devrait, après l’ouvrage de Bertrand Jestaz (voir l’article) et avant le livre à paraître, lui rendre la place qu’il n’aurait pas dû quitter, l’une des premières.

2. Antoine Coysevox (1640-1720)
Buste de Jules Hardouin-Mansart, 1698
Marbre
Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève
Photo : Didier Rykner

3. Hyacinthe Rigaud (1659-1743)
Portrait de Jules Hardouin-Mansart, 1685
Huile sur toile - 139 x 106 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Gérard Blot


Le début de l’exposition (ill. 1) se penche sur la physionomie d’Hardouin-Mansart qui fut l’architecte le plus représenté de son vivant. Parmi les portraits exposés, on retiendra le buste sculpté par Antoine Coysevox, conservé à la bibliothèque Sainte-Geneviève (ill. 2) et le beau tableau de Hyacinthe Rigaud du Louvre (ill. 3). Il y pose fièrement devant l’un de ses chefs-d’œuvre, l’église royale des Invalides, qui forme le cœur de la section suivante. Une belle maquette conservée au Musée de l’Armée (ill. 4) la montre dans son état originel, avant que l’installation du mausolée de Napoléon ne nécessite son creusement par Visconti. Une autre maquette montrant un état non réalisé par François Mansart de la façade du couvent des Minimes et un très beau dessin pour la rotonde des Valois à Saint-Denis, monument qui ne fut jamais terminé, témoignent de l’influence de celui-ci sur son petit-neveu qui s’en souvint notamment pour les Invalides.
Certains plans exposés ici sont extrêmement séduisants, comme celui représentant en couleur le pavage de marbre du sol. D’autres, plus schématiques, montrent les phases de recherche avant l’exécution définitive.

4. Philippe Velu
Maquette de l’église royale des Invalides, 1997
Paris, Musée de l’Armée
Photo : Didier Rykner



Si, malgré leur destruction, le château et les pavillons de Marly (dont une maquette est exposée - ill. 5) ont survécu dans l’imaginaire du public car le parc subsiste encore, on ne peut en dire autant du château de Clagny qui avait été construit à proximité immédiate du château de Versailles et offert par Louis XIV à Madame de Montespan. Plusieurs élévations pour ce monument disparu (ill. 6), exposées ici, ont une histoire curieuse : un inconnu les avait déposées il y a plusieurs années dans le chœur de l’église Saint-Paul-Saint-Louis à Paris. Sans doute avaient-ils été distraits jadis du minutier central des Archives Nationales qu’ils ont finalement rejoint.
Une section est consacrée à Versailles où Hardouin-Mansart déploya son activité pendant trente ans. C’est à lui que l’on doit la Galerie des Glaces, le lancement des ailes du Nord et du Midi, la chapelle Royale, les ailes des ministres et bien sûr la fameuse grille aujourd’hui détruite. De très belles photos de Georges Fessy évoquent ces grandioses réalisations (nous ne parlons pas de la grille reconstruite récemment).

5. Rémi Munier
Maquette du château et du parc de Marly, 2005
Marly, Musée-promenade
Photo : Didier Rykner

6. Attribué à François Cauchy
Elévation sur cour de l’aile droite
du château de Clagny
, 1677
Plume et lavis
Paris, Archives Nationales
Photo : Didier Rykner


7. Maquette de la stéréotomie de la voûte du
vestibule de l’Hôtel de Ville d’Arles
Photo : Didier Rykner

Autre tour de force montré dans l’exposition : le modèle réduit de l’extraordinaire voûte du vestibule de l’hôtel de ville d’Arles (ill. 7) montrant la stéréotomie. Si l’exposition se focalise principalement sur les commandes royales, d’autres chantiers sont ainsi évoqués, comme l’Hôtel de Lorge à Paris ou le château de Boufflers. L’activité de Jules Hardouin-Mansart était débordante et, malgré le vandalisme, beaucoup de ses réalisations survivent encore. Il dut s’entourer d’un atelier important et forma plusieurs grands architectes parmi lesquels son neveu Germain Boffrand, et Robert de Cottes qui devint son beau-frère avant de lui succéder comme premier architecte du roi. D’autres collaborateurs sont moins connus, tel le frère François Romain, un dominicain qui travailla sur le chantier du Pont Royal et qui fut nommé en 1695 par Louis XIV inspecteur des ponts et chaussées des domaines du Roi. On verra son portrait par le frère André, qui appartient aux collections de Carnavalet (ill. 8).

8. Frère André (1662-1753)
Portrait du frère François Romain, 1677
Huile sur toile
Paris, Musée Carnavalet
Photo : Didier Rykner


9. Vue de la dernière salle de l’exposition Hardouin-Mansart
avec la réduction du monument à Louis XIV de Girardon
Photo : D. Rykner

La figure de Louis XIV sculptée par Girardon [1] (ill. 9) pour la Place Vendôme conclut cette rétrospective qui rappelle aux visiteurs à quel point Hardouin-Mansart contribua à façonner certains des paysages urbains dans lesquels nous vivons encore aujourd’hui, de la place Royale de Dijon à Versailles, de la place des Victoires aux Invalides.

Commissaires : Alexandre Gady et Jean-Marie Bruson.

Informations pratiques : Musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné, 75003 Paris. Tél : +33 (0)1 44 59 58 58. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 h à 18 h. Tarif : 7 € (tarif plein), 5 € et 3,5 € (tarifs réduits).

Site du Musée Carnavalet


Didier Rykner, samedi 6 juin 2009


Notes

[1] Il s’agit d’une réduction fondue au XIXe siècle, appartenant au Musée de l’Ile-de-France à Sceaux.



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