
1. Lorenzo Veneziano (connu de 1356 à 1372)
Couronnement de la Vierge
Tempera et or sur panneau - 78 x 63 cm
Tours, Musée des Beaux-Arts
Photo : Gérard Dufrêne
Découvertes, restaurations, et acquisition… Voici une exposition dont l’utilité est évidente, et la réussite éclatante. Elle est organisée autour de Lorenzo Veneziano, l’une des trois figures marquantes de la peinture à Venise au XIVe siècle. Le musée de Tours a en effet la chance, grâce à la générosité du collectionneur Octave Linet qui le légua en 1963, de posséder un fonds petit, mais de grande qualité, de primitifs italiens. Parmi eux se trouvent deux morceaux d’un grand retable, démembré au XVIIe siècle : un Couronnement de la Vierge (ill. 1) et une Crucifixion qui formaient la partie centrale de l’ensemble. Un Concert d’ange, partie supérieure du Couronnement, séparé de celui-ci au XIXe siècle, a été acquis par le musée en 1998.
L’exposition permet de réunir tous les éléments retrouvés de ce polyptyque (ill. 2), malheureusement peu nombreux : deux fragments (Saint Barthélémy et Saint Antoine Abbé) conservés à Bologne, un à Syracuse (Saint Léonard) et un élément de la prédelle du musée de Philadelphie, Le Mariage de la Vierge.

2. Reconstitution du polyptyque de
Lorenzo Veneziano peint en 1368 pour le maître-autel
de l’église augustinienne de
San Giacomo Maggiore à Bologne.
Le dessin, proposé par Andrea De Marchi et Cristina Guarnieri,
commissaires scientifiques
de l’exposition, a été réalisé par
Frederica Belluzzi, architecte à Padoue
L’exposition et le catalogue qui l’accompagne sont d’une érudition sans faille et d’une grande clarté. Ils ont le mérite de présenter de manière limpide les caractéristiques de la peinture vénitienne du Trecento, époque qui voit se succéder sans solution de continuité trois grands maîtres, Paolo Veneziano, son élève Lorenzo (il ne s’agit pas de la même famille, Veneziano n’étant qu’un surnom) et Nicolò di Pietro [1]. Marquée par un caractère encore byzantin, elle s’en détachera progressivement grâce à la connaissance des nouveautés toscanes, sous la révolution de Giotto. Même les personnes peu familières des primitifs italiens ressortiront du musée de Tours avec l’impression de mieux comprendre cette évolution.

3. Maître de Saint-Nicolas-des-Champs
Scènes de la vie du Christ
Paris, église Saint-Nicolas-des-Champs, volé en 1971
Nous parlions plus haut de découvertes. Celles-ci sont nombreuses.
La première est constituée de deux petits panneaux, en état de conservation précaire mais ayant gardé tout leur charme (La prière dans le jardin de Gethsémani et La dérision du Christ). Ils appartiennent au château de Bourdeilles auquel ils furent donnés en 1962 par M. Santiard et son épouse, avec leur collection [2]. Andrea de Marchi, le savant universitaire italien responsable de l’exposition avec Cristina Guarnieri et sous la direction de Michel Laclotte, a pu identifier leur auteur, un artiste anonyme qu’il appelle le Maître de Saint-Nicolas des Champs. Il prend son nom d’un polyptyque hélas volé en 1971 dans l’église parisienne éponyme, que nous reproduisons ici [3] (ill. 3).
Autre découverte, ou plutôt redécouverte : un ensemble de 14 petits fragments d’un polyptyque de l’atelier de Paolo Veneziano. Bien qu’appartenant au musée de Poitiers, ils sont inédits et n’avaient jamais été exposés. Ils viennent d’être restaurés pour l’occasion et seront dorénavant présentés au musée Rupert de Chièvres.

4. Simone de’ Crocefissi
Couronnement de la Vierge
Tempera et or sur panneau -
89,5 x 49,7 cm
Périgueux, cathédrale Saint-Front
Photo : Antoine Guilhem-Ducleon
Mais la plus importante trouvaille probablement, elle aussi complètement inédite, est un grand panneau de Simone di Filippo, dit Simone de’ Crocefissi (ill. 4), représentant le Couronnement de la Vierge et appartenant à la cathédrale de Périgueux. On quitte ici Venise puisque cet artiste appartient à l’école bolonaise. Les points de comparaison avec l’œuvre de Lorenzo Veneziano et particulièrement avec le tableau de même sujet de Tours, sont cependant nombreux, ce qui justifie sa présentation.
Un hasard extraordinaire a permis à Andrea de Marchi d’identifier sur le marché de l’art parisien (galerie Sarti), quelques mois avant le début de l’exposition, un petit panneau inédit de Lorenzo Veneziano que le musée a pu acquérir dans les jours précédant son inauguration. L’œuvre est exposée hors catalogue [4]. Elle représente Les funérailles de saint Jean Baptiste [5] (ill. 4), un sujet très rare, et faisait partie d’une prédelle dont deux autres scènes sont conservées dans des musées américains.

5. Lorenzo Veneziano (connu de 1356 à 1372)
Les funérailles de saint Jean-Baptiste
Tempera et or sur panneau - 26,9 x 24,3 cm
Tours, Musée des Beaux-Arts
Photo : Gérard Dufrêne
La démonstration est complétée par d’autres panneaux de Lorenzo Veneziano du Louvre et du Petit-Palais à Avignon. Deux figures de saints proviennent de la collection d’une banque de Lugano : Andrea de Marchi avait suggéré qu’il pouvait s’agir également d’éléments appartenant à l’origine au polyptyque de San Giacomo Maggiore, mais les examens scientifiques ont montré qu’il n’en était rien.
Une dernière salle permet de comprendre, grâce à des textes explicatifs très bien faits, la structure du retable, la manière dont il a été reconstitué, et propose des comparaisons avec d’autres œuvres de Veneziano ou de ses contemporains, venant conclure de manière très didactique cette belle exposition-dossier.
Autour de Lorenzo Veneziano. Fragments de polyptyques vénitiens du XIVe siècle.
Catalogue par Andrea De Marchi, Cristina Guarnieri, Michel Laclotte, Muriel Mauriac et Elisabeth Ravaud, SilvanaEditoriale, 2005, 128 p., 24 €. ISBN : 0-912804-42-4
