Après la RGPP, voici déjà venir la RGPP 2


Nous avons à plusieurs reprises, sur La Tribune de l’Art, dénoncé la réforme en cours au Ministère de la Culture connue sous le nom de RGPP (voir notamment ici, ici, ici et ici). Il n’a certes pas fallu attendre la suppression programmée de la Direction des Musées de France et de la Direction de l’Architecture et du Patrimoine pour assister à une déliquescence du rôle du ministère. Celle-ci a commencé il y a bien longtemps, avec la décentralisation. Cela fait longtemps que la DMF a perdu quasiment tout pouvoir face aux établissements publics et à des élus locaux fort soucieux d’exercer, bien ou mal, leurs nouvelles prérogatives. Le même problème se pose également au niveau de la Direction du Patrimoine, aggravé encore par la présence à sa tête de Michel Clément, pourtant un conservateur (archéologue) de formation, qui dans bien des cas s’est comporté comme un véritable ennemi du patrimoine (voir article). Son départ annoncé pour la fin de l’année est finalement la seule bonne nouvelle dans un horizon particulièrement sombre. Espérons que son remplaçant officieux, Philippe Bélaval, un énarque ayant évolué depuis longtemps dans le monde de la culture, puisse faire mieux que lui dans un contexte aussi déprimé1.

La nouvelle organisation du ministère et la diminution des effectifs donnant encore moins de pouvoir et de moyens à l’administration centrale, entraînera la poursuite de sa décrépitude. Même un ministre qu’on pensait plein de bonne volonté comme Frédéric Mitterrand est à peu près impuissant, coincé entre les décisions du Président de la République et du Premier Ministre2 et celles des établissements publics et des collectivités locales sur lesquelles il n’a plus aucune prise. Or, la RGPP à peine appliquée, se profile déjà la RGPP 2 : aidé par le cabinet conseil Cap Gémini, le ministère des Finances a lancé une nouvelle étude pour examiner comment les ministères, et celui de la culture notamment, pourraient aller plus loin encore dans les économies qui leur sont demandées. Selon une source bien informée, les auditeurs ne connaissent absolument rien au domaine et ne sont intéressés que par l’obtention de nouvelles réductions de postes.

La grève actuelle au ministère de la Culture et dans les musées vient bien tard et ne semble hélas pas de nature à remettre en cause ces orientations. Le Musée National d’Art Moderne, particulièrement touché par le non remplacement d’un départ à la retraite sur deux, semble rester aujourd’hui, dimanche 6 décembre, l’un des seuls bastions à continuer la résistance. Que 21 conservateurs aient signé une lettre commune adressée au Ministre de la Culture est une démarche inédite si l’on excepte celle envoyée par ceux du Louvre pour protester contre le Louvre Abou Dhabi. Le malaise des conservateurs de Beaubourg est parfaitement représentatif de celui de leurs collègues des autres établissements. Ils ne font que dénoncer ce que tout le monde peut constater : la culture, en France, a depuis longtemps cessé d’être un enjeu. Elle n’est plus qu’un gadget que l’on peut passer par pertes et profits.


Didier Rykner, dimanche 6 décembre 2009


Notes

1Né en 1955, il fut notamment, après un début de carrière dans les cabinets ministériels directeur général de l’Opéra de Paris de 1990 à 1992, directeur général de la Bibliothèque Nationale de France de 1994 à 1998 et directeur des Archives de France de 1998 à 2000. Il prendra son poste officiellement le 13 janvier 2010.

2Le Premier Ministre François Fillon est directement à l’origine du projet de cession des monuments historiques appartenant à l’Etat.





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