Appel au mécénat pour la restauration du théâtre de Chaillot


27/4/15 - Restauration et souscription - Paris, Théâtre national de Chaillot - Le théâtre de Chaillot, construit en 1937, subit dans les années 70 un terrible vandalisme qui aboutit à la destruction entière de la grande salle. Triste fait d’armes de Jack Lang qui, preuve que la rédemption existe, fut par la suite l’un des rares ministres à réellement défendre le patrimoine et à lui accorder les moyens nécessaires.


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1. Louis Billotey (1883-1940)
La Tragédie
Fresque - 900 x 600 cm
Paris, Théâtre de Chaillot
Photo : Didier Rykner
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2. Henry de Waroquier (1881-1970)
La Tragédie
Huile sur toile marouflée - 472 x 300 cm
Paris, Théâtre de Chaillot
Photo : Didier Rykner

Le reste du bâtiment resta intouché, superbe témoignage de l’Art Déco. Entièrement classé monument historique et propriété de l’État, on aurait pu s’attendre légitimement à ce que celui-ci remplisse ses devoirs de propriétaire, c’est-à-dire le conserve en bon père de famille. Ce ne fut évidemment pas le cas : celui-ci n’a jamais été restauré.
Fort heureusement, l’administration du théâtre et la Fondation du Patrimoine ont décidé de prendre les choses en main et de lancer une grande campagne de restauration, soutenue largement par le mécénat, celui-ci s’adressant tant aux entreprises qu’aux particuliers.


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3. Gustave-Louis Jaulmes (1873-1959)
Pour la Paix par l’Art
Huile sur toile marouflée - 510 x 367 cm
(sculpture devant non identifiée)
Paris, Théâtre de Chaillot
Photo : Didier Rykner
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4. Gustave-Louis Jaulmes (1873-1959)
Pour la Paix par l’Art, détail
Toile peinte marouflée - 42500 x 500 cm
Paris, Théâtre de Chaillot
Photo : Didier Rykner

La visite du monument est impressionnante. On débouche d’abord dans le grand escalier où nous accueille notamment une grande fresque peinte directement sur le ciment par Louis Billotey, et représentant La Tragédie (ill. 1). Les personnages sont tirés de la pièce de Jean Giraudoux, La Guerre de Troie n’aura pas lieu, le personnage central n’étant autre qu’Hélène.
Avant d’entrer dans le grand foyer, les paliers sont également décorés de peintures murales. Pour mieux comprendre la diversité stylistique des artistes employés ici, nous reproduirons La Tragédie (ill. 2) de Henry de Waroquier (il s’agit d’une peinture sur toile marouflée, non d’une fresque) et Pour la pensée universelle et créatrice de Gustave-Louis Jaulmes (ill. 3), peintre que l’on retrouve également dans le grand foyer où il décora tout le mur faisant face aux baies vitrées donnant sur la Seine et la Tour Eiffel (ill. 4). On peut voir sur cette dernière photo des essais de nettoyage.


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5. Maurice Denis (1870-1943)
La Musique Sacrée
Huile sur toile marouflée - 447 x 255 cm
Paris, Théâtre de Chaillot
Photo : Didier Rykner
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6. Pierre Bonnard (1867-1947)
La Pastorale
Huile sur toile marouflée - 330 x 350 cm
Paris, Théâtre de Chaillot
Photo : Didier Rykner

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7. Raymond Subes (1893-1970)
Mains courantes des 7 volées d’escalier
Paris, Théâtre de Chaillot
Photo : Théâtre national de Chaillot

Plusieurs peintres nabis ont également contribué au décor : Maurice Denis, qui y a peint La Musique sacrée (ill. 5) et La Musique profane, Pierre Bonnard, La Pastorale (ill. 6), Édouard Vuillard, La Comédie et Ker-Xavier Roussel avec La Danse. Les mécènes peuvent donner pour une œuvre en particulier, le coût des restaurations (qui vont de 4 000 à 80 000 €, mais les dons sont acceptés à partir de 1 €) étant précisé sur le site internet dédié à cette opération. Ainsi, pour restaurer une sculpture de Paul Belmondo, il en coûte 4 000 €, somme qui a immédiatement été offerte par son fils Paul ; pour prendre en charge La Danse de Roussel il faudra trouver 35 000 € ou encore 30 000 € pour restaurer les mains courantes des 7 volées d’escaliers dues à Raymond Subes (ill. 7). Ce sont en tout 50 lots pour lesquels le mécénat devra permettre de réunir 920 000 € sur une restauration dont le montant total est estimé à 2 500 000 €.

Une fois de plus, nous ne pouvons qu’encourager les donateurs à participer à une restauration nécessaire, qui permettra également de rendre au public des espaces et des œuvres qu’il ne peut pour l’instant plus voir (c’est ainsi le cas de deux salles dites des quatre colonnes et de la galerie des Nabis). Mais que l’État se défausse ainsi de ses responsabilités en conditionnant la restauration de monuments classés (dont on rappelle que la loi rend l’entretien obligatoire, et pour lesquels ce même État peut imposer des restaurations d’office) à la recherche de mécénat privé nous semble tout de même très discutable. D’autant qu’en retour une partie de ces fonds est déductible ce qui constitue indirectement un mécénat public. Tout cela ne contribue pas à rendre intelligible la politique patrimoniale du ministère de la Culture.

Pour participer à la souscription, vous pouvez vous rendre directement sur le site de la Fondation du Patrimoine.


Didier Rykner, lundi 27 avril 2015





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