
1. Antonio Verrio (1636-1707)
La Transverbération de sainte Thérèse
Huile sur toile - 360 x 250 cm
Toulouse, église Saint-Exupère
Photo : Didier Rykner
Antonio Verrio. Le nom de ce peintre n’est guère connu, et pourtant il fit une carrière internationale qui l’amena à devenir le peintre du roi d’Angleterre Charles II et à couvrir de peintures murales maintes demeures britanniques, dont le château de Windsor. Si plusieurs de ses décors ont été détruits, d’autres sont conservés qui n’ont curieusement pas vraiment contribué à sa popularité.
Pourquoi cet artiste fait-il aujourd’hui l’objet d’une exposition au Musée des Augustins de Toulouse, entre l’exposition-dossier et la rétrospective ? Car cette ville, où l’artiste travailla pendant cinq ans de 1665 à 1670, conserve trois œuvres importantes de sa main. L’une, La Transverbération de sainte Thérèse (ill. 1), grande pala au sujet éminemment baroque, se trouve à l’église Saint-Exupère ; une autre, l’une de ses compositions les plus ambitieuses, représentant Le Mariage de la Vierge, appartient au Musée des Augustins et fut peinte comme le précédent pour les Carmes Déchaussées ; la troisième enfin, Saint Félix de Cantalice, justifierait à elle seule l’exposition en raison de l’extraordinaire restauration dont elle vient de bénéficier.
Cette toile, peinte pour l’église de Capucins, a en effet été victime avant 1999 dans les réserves du musée d’un important dégât des eaux qui semblait avoir définitivement ruiné toute la partie basse. Les photos avant restauration sont éloquentes (ill. 2). Plus rien ou presque n’était discernable de la marche au premier plan (un élément de composition qu’on retrouve souvent chez l’artiste), des plis de la robe de bure ou du sac du saint que l’on voyait sur une photographie ancienne.

2. Antonio Verrio (1636-1707)
Saint Félix de Cantalice
Avant restauration
Huile sur toile - 217 x 177 cm
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Daniel Martin

3. Antonio Verrio (1636-1707)
Saint Félix de Cantalice
Après restauration
Huile sur toile - 217 x 177 cm
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Didier Rykner
Le travail, qui fut fort long, a consisté à retrouvé la planéité de la toile fortement rétractée, en l’étirant progressivement avec un bâti spécial et en atmosphère humide. Puis les écailles de peinture ont été refixées à leur place d’origine, la toile a été consolidée et simplement doublée, plutôt que rentoilée, ce qui est moins traumatisant pour l’œuvre, et enfin replacée sur un nouveau châssis.
Après nettoyage, enlèvement et réintégration le résultat est stupéfiant (ill. 3), l’œuvre a retrouvé toute sa cohérence et un aspect proche de celui qu’elle avait avant l’accident.

4. Antonio Verrio (1636-1707)
Joseph reconnu par ses frères, vers 1655-1656
Huile sur toile - 270 x 250 cm
Lecce, chiesa del Gesù
Photo : Didier Rykner

5. Antonio Verrio (1636-1707)
Lapidation de saint Etienne, vers 1656-1658
Huile sur toile - 248 x 163 cm
Lecce, chiesa Sant’Irene
Photo : Didier Rykner

6. Antonio Verrio (1636-1707)
Assemblée des dieux sur le Mont Olympe, vers 1693
Huile sur toile - 90,2 x 118,1 cm
Northampton, Museum and Art Gallery
Photo : Northampton Museums
Elle est d’ailleurs représentative des qualités du peintre, mais aussi de ses défauts. S’il aime les compositions complexes aux nombreuses figures, celles-ci souffrent parfois de certaines maladresses comme ici la perspective de l’autel, assez curieuse. Ses figures sont souvent de belle qualité, influencées par la peinture napolitaine, florentine et même française qu’il avait pu connaître, avant ses voyages dans ces régions, grâce à Giovanni Andrea Coppola dont il avait été le collaborateur à Lecce, probablement sa ville de naissance à moins que ce ne fût Naples [1]. Ce Saint Félix de Cantalice évoque à la fois Vouet et Stanzione.
Plusieurs tableaux, au début de l’exposition, sont des œuvres de jeunesse proches de Coppola (artiste également peu connu des non spécialistes) et conservées à Lecce, comme les deux seules toiles subsistantes de l’histoire de Joseph (ill. 4) appartenant à une Machine des Quarante Heures, décor temporaire dont l’explication n’est hélas pas fournie dans le catalogue, ou la Lapidation de saint Etienne également marquée par l’influence florentine (ill. 5). Un autre retable (Saint Just convertit saint Oronze) est probablement dû à la collaboration des deux peintres, Verrio l’ayant complété après la mort de Coppola.

7. Antonio Verrio (1636-1707)
Charles II, vers 1677
Huile sur plâtre - 81,9 x 62,2 cm
Packwood House, The Graham Baron Ash Collection
Photo : Didier Rykner

8. Antonio Verrio (1636-1707)
Carte du Canal royal de communication des mers en Languedoc
(il manque les bordures sur cette photo)
Dessin - 91,5 x 155 cm
Vincennes, Service historique de la Défense
Photo : Services de la Défense
Il était difficile d’évoquer dans l’exposition l’art de décorateur d’Antonio Verrio, d’autant que certaines collections britanniques ont refusé des prêts, notamment d’esquisses de plus grande composition. La seule exposée, Assemblée des dieux sur le Mont Olympe (ill. 6) est quelque peu décevante. Pourtant, les photographies du catalogue représentant les décors demeurant in situ montrent un décorateur habile, parfois influencé par les peintres vénitiens, nouvelle preuve de la grande culture visuelle de l’artiste et de sa capacité à s’approprier différents styles. Notons qu’à Paris même existent, dans l’ancien Hôtel Brûlart, 7bis-9 rue du Perche, quatre plafonds de Verrio publiés en 1998 par Joëlle Barreau dans la Revue de l’Art [2], de belle qualité mais semble-t-il difficiles d’accès.
Notons une curiosité : l’exposition d’un portrait de Charles II, l’un des quatre fragments conservés d’un plafond détruit de Windsor, la Restauration de Charles II (ill. 7).
L’exposition se clôt, outre d’un Autoportrait assez émouvant du peintre peu avant sa mort, sur les quelques rares dessins de l’artiste ayant pu être identifiés. Une immense feuille conservée au Service historique de la Défense, au château de Vincennes, s’est révélée, alors que les commissaires de l’exposition pensaient qu’il s’agissait d’une gravure [3], être en réalité un dessin. Cette belle trouvaille représente la Carte du Canal royal de communication des mers en Languedoc avec des figures allégoriques (ill. 8).
On ne peut que féliciter le Musée des Augustins d’avoir réalisé une aussi passionnante exposition, qui permet à la fois de redécouvrir un artiste ayant travaillé en France, particulièrement à Toulouse, et de mettre en valeur ses propres collections. Signalons enfin pour terminer que Verrio retrouve pleinement sa place dans l’histoire de l’art, non seulement grâce à cette rétrospective et à son catalogue, mais aussi avec la parution d’une monographie, incluant un catalogue raisonné, par le spécialiste de l’artiste également co-commissaire de l’exposition Raffaele de Giorgi. Nous en tirons une illustration (ill. 9) qui donne réellement envie de se rendre en Angleterre voir ses décors curieusement bien oubliés des britanniques eux-mêmes.
Collectif sous la direction d’Axel Hémery, Antonio Verrio. Chroniques d’un peintre italien voyageur (1636-1707), Musée des Augustins, 2010, 132 p., 30 €. ISBN : 2-901820-39-5.
Informations pratiques : Musée des Augustins, 21 rue de Metz, 31000 Toulouse. Tél : +33 (0)5 61 22 21 82. Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h (nocturne le mercredi jusqu’à 21 h). Tarif : 3 € (tarif plein), 1,5 € (tarif réduit).
Raffaele De Giorgi, « Couleur, couleur », Antonio Verrio un pittore in Europa tra Seicento e Settecento, Edifir Edizioni Firenze, 2010, 240 p., 45 €. ISBN : 978-88-7970-449-6.

