Animaux étranges et fabuleux. Un bestiaire fantastique dans l’art


Auteur : Ariane et Christian Delacampagne

IMG/jpg/Animaux_etranges_et_fabuleux.jpgDe l’antiquité à l’art contemporain, les animaux fabuleux sont une des inspirations premières d’artistes de toutes origines. Pour aborder ce thème de front, et dans toutes ses dimensions, il faut une culture encyclopédique. Si les auteurs de ce beau livre possèdent cette culture, ils ne pouvaient qu’effleurer le sujet tant celui-ci est vaste. L’ouvrage, néanmoins, possède beaucoup de qualités et est très plaisant à lire.

Après un rappel des origines multiples de ces iconographies dues à des auteurs (Ctésias de Cnide, Aristote,...) ayant souvent des prétentions scientifiques, quelques animaux particulièrement populaires sont étudiés tant dans leurs aspects symboliques qu’artistiques : la licorne, les hommes à tête d’animaux et leurs « pendants » les animaux à tête humaine, les dragons et quadrupèdes ailés.
La licorne, peut-être née dès la préhistoire puisque l’on pense la reconnaître sur les parois de la grotte de Lascaux, fut d’abord un animal maléfique, avant d’incarner plus tard le Christ et devenir un symbole de virginité. L’oiseau à tête humaine, né en Egypte, est un des plus répandus, de l’Inde à l’Europe, jusqu’à Goya dans ses Caprices. Les sirènes, avant d’être des femmes-poisson, étaient d’ailleurs, comme cela nous est rappelé ici, des femmes-oiseaux, iconographie que l’on trouve sur les vases grecques lorsqu’elles chantaient pour attirer Ulysse et ses compagnons. Quant aux quadrupèdes ailés, ils incluent toutes sortes de mélanges aussi improbables que fascinants, tels que les griffons et les hippogriffes1.
Les auteurs s’attachent ensuite à montrer comment les mythes se sont répandus, par le biais des déplacements d’artistes ou de populations, par la guerre, mais aussi par des coïncidences qui en réalité n’en sont pas vraiment. Si des animaux se ressemblant sont nés dans des civilisations éloignées dans l’espace et dans le temps, sans qu’une influence directe puisse être identifiée, cela est sans doute dû à la structure mentale de l’être humain, identique quelles que soient les époques et les continents.
L’ouvrage se conclut par une incursion jusqu’à notre époque, où les créatures fabuleuses sont toujours très présentes, particulièrement dans la bande dessinée et le cinéma (voir les récents succès d’Harry Potter ou du Seigneur des Anneaux, qui constituent un véritable répertoire d’animaux étranges).
On regrettera que les nombreuses et belles illustrations2 ne soient jamais rattachées au texte : aucun renvoi dans celui-ci ne permet de savoir si l’objet dont on parle est reproduit, ce qui oblige à feuilleter sans arrêt l’ouvrage, chose dont on se lasse vite. On a ainsi, parallèlement, un texte intéressant et une galerie de photos qui ne se rejoignent que par accident. Il s’agit cependant d’un des rares reproches que l’on pourra faire à ce livre de vulgarisation qui, s’il laissera l’historien d’art sur sa faim3 , donnera au lecteur curieux de nombreuses pistes pour approfondir ce sujet passionnant.

Ariane et Christian Delacampagne, Animaux étranges et fabuleux, un bestiaire fantastique dans l’art, Citadelles & Mazenod, 2003, 200 p., 184 ill., 49 €. ISBN : 2-85088-197-X


Didier Rykner, samedi 17 janvier 2004


Notes

1. Dans un ouvrage sur les animaux mythiques, il est curieux de lire que le groupe de Roger et Angélique chevauchant l’hippogriffe de Barye (reproduit figure 102) est, je cite, « kitsch ».

2. Il est dommage cependant que certaines photos soient tronquées (par exemple la figure 1, Saint Georges et le dragon de Raphaël ou la figure 99, Persée délivrant Angélique par Ingres).

3. Les légendes des illustrations sont à prendre avec prudence, en tout cas pour ce qui concerne l’art européen moderne. Par exemple le tableau reproduit figure 100, Persée délivrant Andromède, n’est plus attribué à Jacques Blanchard mais a été rejeté dans un prudent anonymat dans le récent catalogue des peintures françaises du Musée Magnin ou le non moins récent catalogue de l’exposition Jacques Blanchard dû à Jacques Thuillier.



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