Andrea Schiavone entre Parmiginanino, Tintoretto et Tiziano


Splendori del Rinascimento a Venezia, Andrea Schiavone fra Parmiginanino, Tintoretto e Tiziano
Venise, Musée Correr, du 28 novembre 2015 au 10 avril 2016.

Pendant longtemps, les plus grands musées ont émerveillé le monde en magnifiant la peinture vénitienne du XVIe siècle. Il n’y en avait d’ailleurs que pour Le Titien, Le Tintoret et Véronèse. Les Jacopo Bassano, Lorenzo Lotto, Paris Bordone, Palma Giovane, Giambattista Zelotti ou Lamberto Sustris, ont eux, été trop souvent relégués dans la deuxième division du Cinquecento.
Aujourd’hui, le Musée Correr à Venise, rend hommage - 33 peintures, 21 dessins et 32 gravures - à un autre artiste retombé dans un anonymat presque troublant : Andrea Schiavone .

Cette première rétrospective réhabilite enfin le beau peintre vénitien, ami de l’Arétin, qui fut encensé par les plus influents historiens de l’art du XVIIIe siècle.
Né à Zadar en Dalmatie (de nos jours la Croatie) sous occupation vénitienne, vers 1510-1515, Andrea Meldolla est le fils d un commandant de garnison, originaire de Romagne. On le retrouve dans les années 1535 dans l’atelier du Titien où très vite, sa rapidité d’exécution et la découverte des récentes prouesses de la gravure Toscano-Romaine, lui ouvrent de nombreuses portes. On remarque dans l’exposition que Schiavone (son nouveau patronyme qui lui vient soit de la rive des Esclavons ou des Slavons de la côte Adriatique) a aussi été subjugué par la facture élégante maniériste du Parmigianino (1503-1540).
Comme on le sait, Giorgio Vasari a émis des réserves sur la peinture d’Andrea, faite de taches et d’une trop grande rapidité, chère aux Vénitiens (Le Titien en tête !) par rapport aux artistes florentins. Les peintures de Schiavone, avec leur sfumato accentué, donnent souvent l’effet d’un flou général, d’un coloris audacieux, avec une touche très fluide. Certains spécialistes y lisent une grande modernité.


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1. Andrea Meldolla dit Schiavone (vers 1510-1563)
L’Amour présentant Psyché aux Dieux de l’Olympe, vers 1550
Panneau - 130,8 x 156,2 cm
New-York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum of Art
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2. Andrea Meldolla dit Schiavone (vers 1510-1563)
La Course de Médée sur son char tiré par des
dragons ailés afin d échapper au châtiment du
meurtre de Pélias

Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun - 37 x 26,1 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/T. Le Mage

Les prêts en témoignent. L’Albertina de Vienne a envoyé une salle entière, la reine Elisabeth II a prêté six tableaux, et le Metropolitan de New York s’est séparé du prodigieux L’Amour présentant Psyché aux Dieux de l’Olympe (l’affiche de l’exposition) (ill. 1) et, chose rare, de son admirable dessin préparatoire sur la même cimaise. Le Louvre n’est pas en reste avec La Course de Médée sur son char tiré par des dragons ailés afin d échapper au châtiment du meurtre de Pélias (ancienne collection Johnny de Beistegui) (ill. 2), cette pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, est un chef d’œuvre. Les rehauts de blanc sur papier lavé donnent un côté surnaturel a la scène mythologique.


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3. Andrea Meldolla dit Schiavone (vers 1510-1563)
L’Adoration des Mages, 1550
Huile sur toile - 28.4 cm × 24.1 cm
Milan, Pinacoteca Ambrosiana
Photo : akg-images / Cameraphoto

Entre 1556 et 1557, Andrea Schiavone fait partie de l’équipe montée par Le Titien et Jacopo Sansovino pour la décoration du plafond du Salon de la Bibliothèque Marciana sur la place San Marco (21 tondi furent repartis en sept groupes de trois toiles, confiés à sept peintres différents). Le résultat fut magique (Schiavone est le dernier en partant de l’entrée).
Les commandes vont affluer : la Chiesa dei Carmini, di San Sebastiano, Ca Rezzonico, la Libreria San Soviniano, San Giacomo dell Orio, Belluno, et aussi des portraits de la noblesse vénitienne.


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4. Andrea Meldolla dit Schiavone (vers 1510-1563)
Homme assis
Plume et encre brune - 16,1 x 13,1 cm
Florence, Galerie des Offices
Photo : Gabinetto Fotografico del polo
Museale Regionale della Toscana
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5. Andrea Meldolla dit Schiavone (vers 1510-1563)
Le Jugement de Midas, vers 1548-1550
Huile sur toile - 167.6 x 197.7 cm
Royal Collection Trust
Photo : Her Majesty Queen Elizabeth II 2016

La scénographie de l’exposition est littéralement géniale avec son violet foncé, genre Gammarelli (maison romaine, fournisseur du Vatican depuis 1798 !) qui fait ressortir en lumière la bella maniera de Schiavone. Le rythme scintillant de L’Adoration des Mages (ill. 3), côtoie aussi une Minerve (collection privée) qui dévoile un diable sur son sexe, l’Homme assis (des Offices à Florence), lui, s’interroge sur le mystère de la vie (ill. 4). La musique est également présente (comme chez Salviati) dans la justice de Midas (ill. 5) et tend vers le symbolisme. Heureuse Elisabeth II ! La propriétaire de ce petit miracle. Bref, on reste admiratif devant la personnalité forte et profonde du peintre. Il reste un mystère chez lui. Ses panneaux recèlent des secrets qu’il emportera jusqu’à sa mort en 1563.

Commissaires : Enrico Dal Pozzolo et Lionello Puppi.


Sous la direction de Enrico Maria dal Pozzo et Lionello Puppi, Splendori del Rinascimento a Venezia, Andrea Schiavone fra Parmiginanino, Tintoretto e Tiziano, 24 Ore Cultura, 2016, 430 p., ISBN : 9788866482789.


Informations pratiques : Musée Correr, 52 piazza San Marco, Venise.. Tél : + 39 041 2405211. Ouvert tous les jours de 10h à 17h. A partir du 26 mars jusqu’à 19h. 
Tarif : 12 euros (réduit : 10 euros).


Colloque International « Andrea Meldolla, called Schiavone » du jeudi 31 mars au samedi 2 Avril 2016. Venise, Bibliothèque nationale Marciana et Fondation Giorgio Cini.


Loïc Stavridès, mardi 15 mars 2016





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