
1. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Boulevard parisien, 1885
Huile sur panneau - 52,5 x 40,5 cm
Turku, Art Museum
Photo : Kari Lehtinen
Bien qu’il ait étudié et séjourné plusieurs fois en France, y ait noué des amitiés, décoré le pavillon de la Finlande à l’Exposition universelle de 1900 et participé à l’exposition finlandaise du Salon d’Automne de 1908, Gallen-Kallela n’a jamais jusqu’ici bénéficié d’une exposition rétrospective dans notre pays. La bibliographie n’est pas plus généreuse : aucun ouvrage ne lui a jamais été intégralement consacré en français. Autant dire que, s’agissant du peintre finlandais le plus emblématique, parmi, certes, une génération d’artistes très riche (Enckell, Edelfelt, Simberg, Halonen, le sculpteur Vallgren et bien d’autres), c’était fort peu. Plus encore, lorsque quelques œuvres de l’artiste participèrent à des expositions thématiques, il ne fut pas toujours reçu avec les honneurs : on citera, sans en nommer l’auteur par souci d’humanité, le propos tenu en 1998 par un « critique » lors de l’exposition Visions du nord au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, où figuraient quelques tableaux du peintre : « Le Finlandais Gallen-Kallela, connu pour s’inspirer des légendes « nationales » du Kalevala, n’est ici qu’un peintre de chromos qui oppose la sensualité de crème glacée d’une nature congelée à des souvenirs fauves rapportés du Kenya ». Autant dire que, depuis tant d’années, le peintre méritait vraiment mieux que l’indifférence ou la cuistrerie : la remarquable exposition du Musée d’Orsay, présentée tout d’abord à Helsinki avant de gagner Düsseldorf en juin, rend enfin justice à son œuvre.
On appréciera que les commissaires aient choisi de resserrer la présentation sur un choix d’œuvres de la plus haute qualité ; comme tout artiste prolifique, il arrive à Gallen-Kallela d’être inégal et une exposition monographique trop exhaustive risque parfois d’affadir l’image d’un artiste en diluant le propos (voir l’exposition Théo van Rysselberghe au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 2006). Ici, comme avec Willumsen ou Hodler, le Musée d’Orsay et ses partenaires ont sélectionné une série de chefs d’œuvre pour chaque période et/ou thématique : à peu près 90 numéros (arts décoratifs compris) illustrent le parcours et la personnalité singulière de peintre.

2. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Démasquée, 1888
Huile sur toile - 65,5 x 54,5 cm
Helsinki, Ateneum Art Museum,
Finnish National Gallery
Photo : Pirje Mykkänen

3. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Garçon et corbeau, 1884
Huile sur toile - 86 x 72 cm
Helsinki, Ateneum Art Museum
Photo : Jukka Romu et Hannu Aaltonen

4. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
La vieille femme et le chat, 1885
Huile sur toile - 121 x 96,5 cm
Turku, Art Museum
Photo : Vesa Aaltonen
Né en 1865 à Pori sur la côte ouest du grand-duché de Finlande, alors province de l’Empire russe, Akseli Gallen (il ne prendra son nom définitif qu’en 1907) étudie à Helsinki ; rétif aux enseignements traditionnels ainsi qu’à la langue suédoise, et déjà très sensible à la question de l’identité finlandaise, il se consacre assez rapidement à l’art, sa vraie passion, et suit des cours de dessin à l’Académie des Beaux-Arts de Finlande. Les légendes du Kalevala et les paysages finlandais habitent l’artiste, avant même que ne se décide sa carrière. Peu avant l’âge de 20 ans, il part pour Paris où il séjournera trois fois de suite entre 1884 et 1889. Les premières sections de l’exposition illustrent le travail du peintre durant ces séjours mais aussi l’influence évidente de l’art français sur ses toiles. Si Gallen-Kallela, qui suit les cours de Bouguereau et Robert-Fleury à l’Académie Julian n’aime guère ces peintres, il apprécie l’œuvre de Fernand Cormon dans l’atelier duquel il étudie ; peut-être voit-il dans les scènes historiques et préhistoriques bien connues de l’artiste un modèle pour une recherche identitaire de racines immémoriales qu’il poursuivra lui-même. De cette période, toutefois, datent des académies, des scènes de rues, comme Boulevard parisien (ill. 1) ou d’atelier, telle Démasquée (ill. 2) et divers portraits. Ces toiles portent nettement la marque d’une esthétique inspirée du réalisme français ; on en retrouve l’influence dans la section suivante consacrée aux portraits (où se mêlent toutefois des œuvres de différentes époques et donc d’esthétiques variées) mais surtout dans la salle évoquant la vie rurale. L’artiste, qui confiait à propos de son séjour en France qu’il n’en peignit jamais la campagne (peut-être trop policée pour un homme venant des grands espaces nordiques), se plaît à la description de la paysannerie finlandaise : cette dernière lui était familière puisqu’il avait passé son enfance dans une contrée rurale. Le Garçon et corbeau (ill. 3), La Vieille femme et le chat (ill. 4) ou Perdue (ill. 5) portent évidemment la marque de l’art de Bastien-Lepage, ce qui est certes une constante pour la plupart des artistes étrangers ayant séjourné en France et vu ses tableaux. Cela n’enlève rien à la beauté et à la singularité de ces toiles, qui reflètent d’ailleurs une rudesse bien différente de celle de la campagne française par des types physiques et des paysages spécifiquement finlandais. D’autres œuvres, des scènes d’intérieur en particulier, révèlent bientôt la constitution d’un style plus personnel, plus vigoureux et chromatique, tandis que le sentiment de la nature qui sera le pivot de l’œuvre de Gallen-Kallela reprend le dessus. Le Berger de Paanajärvi (ill. 6) fait le lien entre cette humanité simple et un paysage panthéiste.

5. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Perdue, 1886
Huile sur toile - 85 x 74 cm
Helsinki, Ateneum Art Museum
Photo : Antti Kuivalainen

6. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Berger de Paanajärvi, 1892
Huile sur toile - 84 x 68 cm
Helsinki, collection particulière
Photo : D. R.
La section suivante évoque le symbolisme. Dans les années 1890, Gallen-Kallela n’échappe pas au spiritualisme et à la quête de sens qui traversent toute l’Europe et qu’incarne le mouvement idéaliste. Il paraît évident qu’il est difficile, et peut-être contestable, d’établir une séparation entre des œuvres spécifiquement à « sujet symboliste » et de grands paysages panthéistes qui relèvent aussi, évidemment, du symbolisme. Les images illustrant le Kalevala et le décor constitué par Gallen-Kallela pour le Mausolée Juselius relèvent aussi tout ou partie du symbolisme : ce sont donc quatre salles qui s’enchaînent et livrent une série de chefs-d’œuvre qui valent, à eux seuls, la visite. Ad Astra (ill. 7), Symposium (ill. 8) et Le Voyage à Tuonela (ill. 9), qui datent de 1893-1894, attestent de l’imprégnation idéaliste du peintre. On trouve dans ces œuvres admirables les thématiques du mystère de la création et de la vie, portées par des formules plastiques originales : dans Symposium, œuvre à caractère de manifeste, plusieurs créateurs, dont le compositeur Jean Sibelius, sont soudain « frôlés » par l’aile de l’ange, tandis que le critique, dont c’est la profession de « voir », est endormi.

7. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Ad Astra, 1894
Huile sur toile - 76 x 85 cm
Helsinki, collection particulière
Photo : Hanna Kukorell

8. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Symposium, 1894
Huile sur toile - 74 x 100 cm
Helsinki, collection particulière
Photo : Jari Kuusenaho

9. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Le Voyage à Tuonela, 1888-1894
Huile sur toile - 138,5 x 39,5 cm
Mänttä, Gösta Serlachius Fine Arts Foundation
Photo : Studio Tomi Aho
L’idée de l’artiste élu et démiurge, qui, seul, voit l’invisible, est évidemment très présente dans de telles œuvres. Une étude pour ce tableau, non présentée dans l’exposition, mais reproduite dans le catalogue, montre, se découpant sur la sphère cosmique, la silhouette d’un personnage aux bras levés : l’huile définitive élimine cette figure mais on en retrouve le thème, en majesté, dans Ad Astra, sans doute l’un des plus beaux tableaux symbolistes européens. Vision cosmique de la résurrection, d’une force plastique impressionnante, cette œuvre, sacralisée par un cadre ecclésial, resta dans l’atelier de l’artiste toute sa vie. Gallen-Kallela lisait les théosophes, possédait les ouvrages astronomiques, teintés de mysticisme, de Camille Flammarion et visita le premier Salon de la Rose+Croix en 1892 : nul doute qu’il partageait les interrogations de la plupart des symbolistes sur le sens et le devenir de l’art. Son Voyage à Tuonela, que Laura Gutman-Hanhivaara, dans son essai, rapproche de manière convaincante de l’affiche Rose+Croix de Carlos Schwabe, complète ce corpus impressionnant. Une belle tête de christ, la Rivière des morts (1894), l’Orante (1894) mais aussi des portraits, présentés dans une section précédente, relèvent aussi de cette ambiance : ainsi du Portrait de l’actrice Ida Aalberg (ill. 10), également de 1893, qui transporte dans la sphère intime les préoccupations spirituelles : sur fond de papier peint ou de tissus à motifs de couronnes de lauriers d’or, la figure, aux mains croisées et aux yeux luisants, fixe l’invisible.

10. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Portrait de l’actrice Ida Aalberg, 1893
Huile sur toile - 49 x 37 cm
Mänttä, Gösta Serlachius Fine Arts Foundation
Photo : Studio Tomi Aho

11. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Le Grand Pic noir, 1892-94
Huile sur toile - 145 x 90 cm
Helsinki, collection particulière
Photo : D. R.

12. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Rapides à Mäntykoski, 1892-94
Huile sur toile - 270 x 156 cm
Helsinki, collection particulière
Photo : D. R.
Comment ne pas rapprocher les visions idéalistes des paysages, qui constituent une salle extraordinaire de l’exposition, du contexte symboliste et des œuvres spiritualistes du peintre ? Si la mystique de la nature habite Gallen-Kallela très tôt, la manière dont il la traite connaît une évolution. S’éloignant assez rapidement de la facture de Bastien-Lepage, encore perceptible dans Le Berger de Paanajävni, l’artiste opte pour un style plus personnel, plus synthétique et au chromatisme de plus en plus « fort » à mesure que les années passent. Des icones comme Le Grand Pic noir (ill. 11) et les Rapides à Mäntykoski (ill. 12), des années 1892-1894 mettent en exergue un motif symbolique (l’oiseau, symbole de la vie dans le premier, la cascade et les cinq cordes d’or, motif musical dans le second) ; à la fin du siècle et autour de 1900, les toiles adoptent une picturalité plus forte qui confère au motif une présence hypnotique.

13. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Printemps à Kalela, vers 1900
Huile sur toile - 133 x 80 cm
Vienne, Österreichische Galerie Belvedere
Photo : Belvedere, Vienne

14. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
La Tanière du lynx, 1908
Huile sur toile - 98 x 64 cm
Turku, Art Museum
Photo : Turku Art Museum
Ainsi du Printemps à Kalela (ill. 13), de la Tanière du lynx (ill. 14). Ici, l’on pense à Munch, là à Hodler, dans ces visions glacées, aux ciels découpés ou aux reflets géométriques. Le Lac Keitele (ill. 15) et les Roses blanches (ill. 16), par exemple, parviennent à unir une vraie vision de la nature, à une expérimentation plastique, tout en ménageant des recherches « décoratives » .

15. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Lake Keitele, 1905
Huile sur toile - 53 x 66 cm
Londres, National Gallery
Photo : The National Gallery, Londres

16. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Roses blanches, 1906
Huile sur toile - 62 x 58 cm
Schierensee, collection Professor Günther Fielmann
Photo : Jochen Knobloch

17. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
La Légende d’Aino, 1891
Huile sur toile - panneau central, 154 x 154 cm
chaque panneau latéral, 154 x 77 cm
Helsinki, Ateneum Art Museum, Finnish National Gallery
Photo : Hannu Aaltonen
La nature est aussi présente dans les œuvres inspirées à Gallen-Kallela par le Kalevala, cette épopée nationale finlandaise reconstituée entre 1835 et 1849 par le folkloriste Elias Rönnrot d’après la tradition orale des campagnes et en particulier de la Carélie, région chère à l’artiste. La revisitation des mythes nordiques s’inscrit chez Gallen-Kallela dans ses préoccupations identitaires liées à la situation politique d’une Finlande encore soumise à l’Empire russe. Pour autant, alors que l’artiste se consacrera plus tard essentiellement à une action publique, il s’agit ici vraiment de peinture. Si ces œuvres ont fait la célébrité, et la reconnaissance nationale de l’artiste, elles n’échappent pas à l’évolution plastique de son travail. Le grand tryptique La Légende d’Aino (ill. 17) exceptionnellement prêté par la Finnish National Gallery, date de 1891 : on y retrouve l’influence de Bastien-Lepage, en dépit du sujet proprement finlandais. D’autres œuvres légèrement postérieures, adaptent le style de l’artiste au récit épique, avec une facture cernée, « imagière », propice à la narration : l’artiste en fait pourtant des représentations fortes et originales comme avec La Défense du Sampo (ill. 18) ou la célèbre et admirable Mère de Lemminkäinen (ill. 19), véritable Pietà nordique.

18. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
La Défense de Sampo, 1896
Tempera sur toile - 122 x 125 cm
Turku, Turku Art Museum
Photo : Kari Lehtinen

19. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
La Mère de Lemminkäinen,1897
Tempera sur toile - 85,5 x 108,5 cm
Helsinki, Ateneum Art Museum, Finnish National Gallery
Photo : Jouko Könönen
L’alliance du mythe, de l’idéalisme et du paysage se retrouve dans la « Chapelle Sixtine » de l’artiste, son décor pour le mausolée Jusélius. La mort, en 1898, de la petite Sigrid à l’âge de 11 ans, est un tel drame pour son père Arthur Jusélius, qu’il décide de lui ériger plus qu’une chapelle funéraire, un vrai mausolée. Ce monument construit par l’architecte Joseph Stenbäck dans un style néo-gothique (ill. 20) comprend une crypte ouverte, un peu sur le modèle du tombeau de Napoléon aux Invalides (ill. 21). Un décor de marbre blanc doit y servir d’écrin à de somptueux panneaux réalisés par Gallen-Kallela. Ceux-ci sont peints à fresque et, dégradés puis abîmés par un incendie, seront restitués en 1930 au plus près des originaux par le fils de l’artiste.
Une salle de l’exposition du Musée d’Orsay présente les six toiles conçues en 1903 comme projets de cet ensemble et qui constituent un programme narratif idéaliste à l’iconographie complexe et saisissante, de la vie à la mort : Printemps (ill. 22), Constructions, Au bord de la rivière de Tuonela, Destruction, Automne et enfin Hiver (ill. 23) dressent un « panorama » de la vie d’une force plastique et symbolique remarquable.

22. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Printemps, 1903
Étude pour les fresques du mausolée de
Sigrid Jusélius (1887-1898) à Pori
Tempera sur toile, 77 x 145 cm
Helsinki, Sigrid Jusélius Foundation,
déposé à l’Ateneum Art Museum
Photo : Hannu Aaltonen

23. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Hiver, 1902
Étude pour les fresques du mausolée
de Sigrid Jusélius (1887-1898) à Pori
Tempera sur toile - 76 x 144 cm
Helsinki, Ateneum Art Museum, Finnish National Gallery
Photo : Jukka Romu
On peut regretter que l’exposition ne présente pas (si ils existent) les projets pour les panneaux surmontant les portes du mausolée et qui ajoutent l’ultime espoir à ce cycle funèbre : dans ces visions du Paradis (ill. 24) et d’un éther cosmique (ill. 25), des paysages idéaux et ascensionnels mènent à une rédemption, ôtant au cycle son caractère strictement sombre. On retrouve dans cet ensemble, dont l’effet in situ est impressionnant (ill. 26 et 27), tous les ressorts de l’art de Gallen-Kallela au plus haut point de sa maîtrise d’inspiration et de technique.

24. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Le Paradis, 1902
Fresque, mausolée Jusélius.
Photographie : Jean-David Jumeau-Lafond

25. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Vision cosmique, 1902,
Fresque, mausolée Jusélius
Photographie : Jean-David Jumeau-Lafond
Deux salles traitent de l’activité de Gallen-Kallela dans le domaine des arts décoratifs. On sait que, comme nombre d’artistes de son temps, il avait fait construire sa maison-atelier, « Kalela », dans un esprit d’art total. Unissant des techniques traditionnelles à une créativité qui s’inspire librement de motifs folkloriques, Gallen-Kallela crée alors meubles, textiles, objets dans le but de s’entourer d’un univers entièrement harmonieux. On trouve des exemples de ces maisons idéales un peu partout en Europe de la Belgique (la maison de Fernand Khnopff, détruite) à l’Allemagne (la Villa Stuck de Munich), à la Suède (la maison de Carl Larsson) ou encore à la Roumanie (la maison-atelier Cutescu-Storck) pour ne citer que quelques exemples. Quelques très beaux objets de la production de Gallen-Kallela, illustrant ces recherches qui unissent inspiration primitive finlandaise et influence de l’Art nouveau, sont présentés. L’artiste crée aussi dans cette optique la chambre Iris pour le pavillon finlandais de l’Exposition universelle de 1900. Sièges, tables, cabinet, tapis (ill. 28) forment un ensemble qui restitue l’univers de l’artiste et complète sa vision.

26. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
L’Hiver, L’Automne
Fresques restituées par Jorma Gallen-Kallela,
Pori, mausolée Jusélius,
Photographie : Jean-David Jumeau-Lafond

27. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Au bord de la rivière, Construction, Printemps
Fresques restituées par Jorma Gallen-Kallela, Pori, mausolée Jusélius.
Photographie : Jean-David Jumeau-Lafond

28. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Tapis Flamme, vers 1906
Tissage de laine - 340 x 190 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN/ H. Lewandowski
Les dernières décennies de la vie de Gallen-Kallela sont en grande partie consacrées à l’action politique, dans le contexte des troubles consécutifs à la fin de l’Empire russe et des conflits qui donneront naissance à une Finlande indépendante. Si l’artiste continue de peindre, et réalise plusieurs grands décors publics, il prend aussi ses distances avec l‘évolution de l’art de son temps ; tandis qu’il avait été, avec le symbolisme, à l’avant-garde des années 1890-1900, le spectacle de la peinture des années 1920 le désarçonne comme nombre de ses confrères. Il se consacre à la rédaction de ses mémoires et se replie quelque peu au sein de cette nature qu’il a chantée comme nul autre en Finlande. L’exposition se clôt toutefois par une évocation du voyage de l’artiste en Afrique : troublé par les tensions politiques internes à la Finlande après la dissolution par les russes dès 1908 du parlement élu pour la première fois librement l’année précédente, Gallen-Kallela s’installe provisoirement à Paris puis décide de visiter avec sa famille l’Afrique orientale britannique (l’actuel Kenya). Il y séjourne pendant 16 mois, y effectue des chasses et des safaris en observant la vie locale. De ce séjour, le peintre ramène une importante production au style expressionniste : paysages, types ethnologiques et animaux sauvages constituent le répertoire de cette peinture aux couleurs soutenues et à la facture résolument moderne. Avouons que cette conclusion un peu abrupte n’est pas ce qui nous séduit le plus dans l’exposition. Non que cet aspect de l’œuvre ne possède pas de mérite, mais après le parcours des salles précédentes, cette irruption d’un art de pure notation optique, dans un style auquel nous sommes si familiers depuis un siècle, n’apporte pas grand chose de plus à notre vision du peintre.
Le catalogue qui accompagne l’exposition comprend une biographie de l’artiste signée de Janne Gallen-Kallela-Sirén, commissaire de l’exposition et descendant du peintre, actuel directeur du Helsinki Art Museum, mais aussi plusieurs essais extrêmement éclairants. Philippe Thiébaut étudie la demeure de l’artiste, « Kalela », comme laboratoire d’un art décoratif national « moderne », avec l’exploitation de sources, de documents et de croquis très parlants ; la question du style national et de la « quête du primitif » est abordée par Fabienne Chevalier et les rapports de Gallen-Kallela avec l’Allemagne son étudiés par Magdalena M. Moeller. Le propos de Laura Gutmann-Hanhivaara, « Un raffiné de civilisation », met en perspectives l’art de Gallen-Kallela avec le contexte historique, artistique et littéraire à travers des confrontations et des rapprochements très convaincants. Cet ouvrage, qui présente les œuvres fort bien reproduites, un certain nombre d’images de comparaison et, donc, des essais passionnants, vient utilement combler un vide de la bibliographie. Pour autant, et même si l’on sait bien que nous traversons des moments difficiles sur le plan économique, on peut quand même regretter que, s’agissant d’un artiste qui ne bénéficiait jusqu’ici, ainsi que nous l’avons déjà dit, d’aucun ouvrage en français, cette magnifique exposition ne soit pas l’occasion d’une publication d’une plus grande ampleur. Même si ce catalogue ne démérite aucunement, des notices d’œuvres, des études supplémentaires ou plus longues, n’auraient pas été malvenues. Tout ceci n’enlève rien à la pleine réussite d’une exposition, magnifiquement présentée dans une scénographie très réussie, et qui mérite un grand succès, sur un des artistes majeurs de l’histoire de l’art européen.
Commissaires : Philippe Thiébaut, Janne Gallen-Kallela-Siren, Barbara Til.
Collectif, Akseli Gallen-Kallela (1865-1931). Une passion finlandaise, Hatje Cantz, 2012, 204 p., 42 €. ISBN : 9783775732314.
Informations pratiques : Musée d’Orsay, 62, rue de Lille, 75007 Paris. Tél : +33 (0)1 40 49 48 14. Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, jusqu’à 21 h 45 le jeudi. Tarif : 9 € (réduit : 6,50 €).


