Aix-en-Provence doit rendre les dépôts du Louvre !


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Maître de l’Annonce aux Bergers,
actif à Naples au milieu du XVIIe siècle
Les Noces de Jacob et Rachel
Huile sur toile
Dépôt du Louvre au Musée Granet
Photo : Didier Rykner

Le Musée Granet d’Aix-en-Provence, qui a bénéficié naguère de travaux très coûteux de restauration, largement financés par l’État, a décidé depuis maintenant plusieurs années de transformer les salles où étaient accrochés les peintures anciennes en lieu d’exposition temporaire (voir nos articles). Non content de priver les visiteurs de l’essentiel des collections permanentes, le musée prétend leur interdire de photographier. Si l’on ajoute que les bases de données telles que celle de la RMN ou Joconde n’ont que très peu de tableaux de la collection en photographie, et que le site internet du Musée Granet ne propose quasiment aucune image, on mesure la portée de cette décision inique qui rend la collection à peu près invisible, même virtuellement, pour le public. Ce choix scandaleux, qui a envoyé dans un garde-meuble la plupart des œuvres (seuls 54 tableaux anciens sont actuellement exposés en sous-sol) doit avoir un prix. Aix-en-Provence ayant bénéficié de dépôts de l’État, et ceux-ci - parmi lesquels on compte notamment un Pierre de Cortone (Martyre de sainte Martine) et un tableau du Maître de l’Annonce aux bergers, récemment exposé à Montpellier - n’étant plus exposés pour une durée indéfinie, pourquoi les laisse-t-on dans une ville qui n’en veut pas et à qui ils n’appartiennent pas ?

Nous connaissons des dizaines de musées qui seraient heureux de pouvoir présenter dans leurs salles qui un Jean-Baptiste de Champaigne (Jésus apparaissant à la Madeleine), qui un Vien (La Continence de Scipion), ou encore un Paul Bril ou un Brueghel de Velours... Le ministère de la Culture et le Louvre devraient les récupérer et les déposer ailleurs (quitte, dans quelques années, lorsqu’une municipalité vertueuse aura installé à la tête du musée un conservateur s’intéressant à ses collections, à les lui rendre).
Il est à craindre hélas que ce souhait reste lettre morte. Car bien loin de condamner le sort désolant fait à ses collections par le Musée Granet, le ministère de la Culture l’encourage, en lui accordant son soutien via la RMN (qui, tout établissement public qu’il est, dépend du ministère) ou en accordant à l’exposition Le Grand Atelier du Midi (par ailleurs sans réel intérêt et qui occupe les salles qui devraient être consacrées aux tableaux anciens) le label "Exposition d’intérêt national", ce qui lui assure des financements supplémentaires.
Bref, il y a peu de chance que le ministère prenne en compte notre suggestion. Il n’empêche, et nous ne cesserons de l’écrire encore et toujours, qu’une ville qui mène une telle politique est indigne d’avoir en dépôt des œuvres qu’elle méprise.


Didier Rykner, mercredi 12 juin 2013





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