
Aimé ou Louis Duthoit
Vue de la cathédrale d’Amiens depuis le marais de Rivery
Amiens, Musée de Picardie
Qui connaît les frères Duthoit ? Si l’on excepte un article paru en 1985 [1] et quelques ouvrages confidentiels, publiés localement par Gérard Ansart, arrière-petit-fils d’Aimé Duthoit, ces statuaires ornemanistes amiénois sont bien inconnus des historiens d’art, même des spécialistes de sculpture ou des dix-neuvièmistes.
C’est donc à une véritable découverte que nous invite le musée de Picardie. Après l’exposition Ruskin-Turner, il poursuit ainsi son évocation des paysagistes ayant travaillé en Picardie. Car outre leurs talents de sculpteurs, les frères Duthoit ont laissé des milliers de dessins et d’aquarelles représentant Amiens et ses environs d’une manière souvent précise et topographique, parfois empreinte d’une grande poésie comme le prouve la Vue de la cathédrale d’Amiens depuis le marais de Rivery (ill.).
Aimé ou Louis, Louis ou Aimé… Il est difficile de distinguer la main respective de chacun des deux frères. Ils travaillèrent en effet en complète osmose tant dans leurs dessins que dans leurs sculptures, dans une entente qui a peu d’exemple au XIXe siècle, mais que l’on pourrait comparer à celle des Le Nain.
Si le musée d’Amiens conserve de nombreuses feuilles, c’est chez leurs descendants, ou dans les rues et les bâtiments amiénois que l’on retrouve l’essentiel de leur production sculptée. Selon un mot attribué à Viollet-le-Duc, avec lequel ils collaborèrent à partir de 1850 lors de ses travaux sur la cathédrale d’Amiens, les frères Duthoit étaient « les derniers imagiers du Moyen Âge ». Ce terme, qui les désigne justement comme des artistes néo-gothiques, est cependant limitatif. Car si leur inspiration relève souvent directement de l’art du XIIIe siècle (par exemple le Saint tenant un livre, cat. 64), certaines œuvres sont néo-renaissance voire « néo-dix-septième » (le cat. 57, une Vierge à l’enfant au souffle baroque inspiré de Nicolas Blasset). Il s’agit de véritables pastiches qui, bien qu’ils montrent une invention limitée, n’en sont pas moins des témoins typiques, dans leur éclectisme, d’un aspect de l’art du XIXe siècle.
Matthieu Pinette, commissaire de l’exposition et directeur des musées d’Amiens, emploie à leur propos le terme de « tâcherons ». Il ne faut pas le prendre dans le sens péjoratif qui est aujourd’hui le sien, mais dans celui d’artisan, modeste certes, mais dont le travail s’apparente à celui des compagnons. De ceux-ci, ils possèdent le talent, à défaut du génie.
Amiens, Musée de Picardie. Exposition terminée le 30 novembre 2003. Catalogue par Matthieu Pinette, Françoise Lernout, Raphaële Delas et Jean-Marie Wiscart, 30 €.
