Aile Cligman : l’UNESCO saisie du dossier


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Vu du jardin du Musée des Beaux-Arts de Tours
prise de l’entrée du musée.
L’aile doit s’élever devant la terrasse, à l’arrière-plan
Photo : Didier Rykner

11/10/16 - Patrimoine - Tours, Musée des Beaux-Arts - Un point nous avait échappé dans le dossier du Musée des Beaux-Arts de Tours et de son jardin : l’ensemble est inclus dans le périmètre du patrimoine mondial du Val-de-Loire. Le lieu est donc protégé à cinq titres, pas moins : le classement monument historique de l’ancien archevêché (l’aile qui lui sera rattachée, concerne donc directement ce monument, et pas seulement ses abords), les abords d’autres monuments historiques (notamment la cathédrale, mais aussi la muraille gallo-romaine), le classement au titre des sites du jardin, le secteur sauvegardé et, donc, le classement au patrimoine mondial. On ne peut imaginer en France un endroit où les protections soient plus importantes. Des protections théoriques si le ministère d de la Culture ne fait pas son travail.
Audrey Azoulay, à l’occasion de la promulgation de la loi patrimoine, disait ceci : « le projet de loi consacre pour la première fois la gestion des biens classés patrimoine mondial de l’Unesco ». Et dans la foulée, elle s’empresse de piétiner ce texte.

Nous avons contacté le service de l’Unesco en charge du patrimoine mondial pour l’Europe et les États-Unis pour savoir ce qu’ils comptaient faire à ce propos. Et nous avons appris qu’ils n’avaient été sollicités par personne.
Que la France n’ait pas informé l’Unesco de ce qu’elle compte faire sur ce jardin est particulièrement scandaleux, car il s’agit d’une procédure prévue dans les Directives pour la mise en œuvre de la Convention de 1972. On y lit en effet : « Le Comité du patrimoine mondial invite les États parties à la Convention à l’informer, par l’intermédiaire du Secrétariat, de leurs intentions d’entreprendre ou d’autoriser, dans une zone protégée par la Convention, des restaurations importantes ou de nouvelles constructions, qui pourraient modifier la valeur universelle exceptionnelle du bien. La notification devrait se faire le plus tôt possible (par exemple, avant la rédaction des documents de base pour des projets précis) et avant que des décisions difficilement réversibles ne soient prises, afin que le Comité puisse participer à la recherche de solutions appropriées pour assurer la préservation de la valeur universelle exceptionnelle du bien ».

Nous nous sommes donc empressé de le faire nous même, et notre action sera rapidement suivie de celle des associations de protection du patrimoine. Nous avons eu confirmation que cela suffisait à saisir officiellement l’Unesco, qui va donc interroger à ce propos ce qu’ils appellent « l’État Partie » (la France en l’occurrence), et l’ICOMOS qui devrait enquêter sur cette affaire.

Nous suivrons bien entendu avec intérêt ce processus, comme nous suivrons de près tous les recours qui seront menés par les associations contre ce vandalisme à venir. Léon Cligman, 96 ans, veut voir l’aile du musée terminée avant sa mort. Il lui faudra certainement vivre bien plus que centenaire.


Didier Rykner, mardi 11 octobre 2016





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