
1. Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1864)
Paolo et Francesca
Huile sur toile - 25,7 x 22,5 cm
Mexico, Museo Soumaya
Photo : Sotheby’s New York
23/5/08 – Acquisitions, Mexico, Museo Soumaya – En 2007, Carlos Slim a été classé par le magasine Forbes comme l’homme le plus riche du monde. D’origine libanaise et mexicaine, il est à la tête des sociétés de télécommunications Carso et Telmex, auxquelles il doit sa fortune. A l’image des magnats d’Amérique du Nord, il a créé de nombreuses fondations à buts éducatif, social ou culturel. Portant le prénom de sa femme, le musée Soumaya a été ouvert au public en 1994. C’est l’une des plus belles collections classiques réunies ces dernières d’années. Une vraie réussite : il ne s’agit pas un échantillonnage de beaux tableaux et sculptures accumulés au hasard, mais au contraire d’un ensemble qui possède une réelle personnalité, où les objets se répondent entre eux par des liens plastiques ou intellectuels, s’appuyant sur un vrai projet pédagogique et scientifique. Allant des primitifs aux avant-gardes historiques, et concernant les différentes écoles, il compte plusieurs points forts (le XVIe vénitien, la peinture espagnole, la famille Brueghel, Rodin et les Impressionnistes …) [1]. Il est également ancré dans le contexte local avec une section de peintures coloniales de premier plan. Un vaste complexe muséographique est actuellement en construction dans un parc au centre de Mexico. Il accueillera en 2010 le nouveau bâtiment du musée Soumaya ainsi qu’un autre consacré à la collection d’art contemporain des pays émergents de la fondation Jumex.
Ces exemples ont par ailleurs entrainé d’autres entrepreneurs d’Amérique latine à commencer des collections d’art ancien européen (on se reportera à nos brèves précédentes, par exemple la collection Pérez Simón exposée à Madrid) [2].
De janvier à août 2008, le musée Soumaya présente l’exposition « L’amor hasta la locura » (l’amour jusqu’à la folie), ayant pour sous-titre : « des emportements érotiques comme mystiques », qui met en parallèle les passions du corps et celles de l’esprit, qu’elles soient charnelles ou contemplatives. Ce sujet, qui permet de porter un autre regard sur certaines œuvres de la collection, tels l’Adam et Eve de Cranach ou les représentations baroques des saints en extase, est aussi l’occasion de montrer de très récentes acquisitions dont un Paolo et Francesca d’Ingres (ill. 1) [3]. Vers 1845, ce dernier reprit dans trois versions cet épisode tiré de Dante qu’il avait traité plus tôt dans sa carrière [4] ; les amants étaient alors vus en pieds, Francesca à gauche, Paolo à droite. Dans la seconde série [5], le cadrage est plus serré, les héros masculins ont interverti leurs places. L’exemplaire Soumaya [6] se distingue des autres par son format carré et l’absence du lutrin et des accessoires ; seuls restent les trois protagonistes et le livre qui tombe. Il garde cependant le raffinement troubadour et l’érotisme subtil des plus grandes versions.

2. Carlo Francesco Nuvolone (1609-1662)
Marie-Madeleine repentante
Huile sur toile - 66 x 51,5 cm
Mexico, Museo Soumaya
Photo : Service de presse du musée

3. Edgar Degas (1834-1917)
Femme de dos se lavant, vers 1906
Pastel - 66,1 x 57,6 cm
Mexico, Museo Soumaya
Photo : Service de presse du musée

4. J acopo Comin (ex Robusti), dit le Tintoret (1518-1594)
Déploration du Christ, vers 1556-1559
Huile sur toile - 52 x 75 cm
Mexico , Museo Soumaya
Photo : Service de presse du musée
Parmi les autres enrichissements notables présentés dans cette exposition se trouvent une Madeleine du peintre lombard Carlo Francesco Nuvolone (ill. 2), un pastel d’Edgar Degas (ill. 3) et un Nu étendu d’Henri Lebasque datant de 1923.
Une Déposition du Christ de Tintoret (ill. 4), un thème que l’artiste a traité à plusieurs reprises dans sa carrière [7], est également entrée dans les collections. Le Musée de Nancy possède, dans un format plus grand, une composition similaire.
