Acquisitions et patrimoine : la politique du maire de Montpellier


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1. Philippe Saurel, maire de Montpellier et président
de l’Agglomération Montpellier Métropole,
Michel Hilaire, directeur du Musée Fabre et
Pierre Stepanoff, conservateur au Musée Fabre
présentent les dernières acquisitions du musée
Photo : Didier Rykner
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Voir un maire et président d’agglomération organiser une conférence de presse pour présenter les acquisitions (nombreuses) de son musée des Beaux-Arts pendant l’année et l’entendre célébrer l’importance de ces enrichissements est une chose peu banale à laquelle nous ne nous rappelons pas avoir jamais assisté. Nous ne connaissons pas la politique de Philippe Saurel, maire de Montpellier, dans les domaines qui ne nous concernent pas. Mais pour ce qui est des musées, nous ne pouvons que nous incliner devant le soutien qu’il apporte au Musée Fabre. Un soutien qui n’est pas fait que de mots, puisque celui-ci bénéficie chaque année de 400 000 € pour les acquisitions1, auxquels s’ajoutent, grâce à la politique dynamique menée par Michel Hilaire, son directeur, et à la générosité de nombreux mécènes, environ 230 000 € annuels apportés par le club des mécènes, et 40 000 € par la société des amis du musée. Ce qui assure un budget de plus ou moins 700 000 € par an sans compter les mécénats ponctuels mais souvent très importants comme celui de 100 000 € apporté par un généreux particulier pour l’achat récent du tableau de Wright of Derby (voir la brève du 17/3/17).


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2. Jules Coignet (1798-1860)
Un site de Calabre
Huile sur toile - 188 x 269 cm
Montpellier, Musée Fabre
Cette photo donne une bonne idée des couleurs, mais est
rognée sur les côtés. Voir l’illustration suivante pour la
composition entière
Photo : SVV L’Huillier
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3. Jules Coignet (1798-1860)
Un site de Calabre
Huile sur toile - 188 x 269 cm
Montpellier, Musée Fabre
Cette photo donne la composition entière, mais les couleurs
sont entièrement faussées. Voir l’illustration précédente pour
la gamme colorée
Photo : Sotheby’s
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Nous avons, sur La Tribune de l’Art, parlé de presque toutes les acquisitions récentes, mais il y en a tellement que nous en avons manqué certaines. Nous profitons donc de cet article pour signaler l’achat remarquable, dans une vente aux enchères parisiennes chez la SAV L’Huillier le 19 mai dernier, d’un magnifique et grand tableau de Salon du peintre Jules Cogniet (ill. 2 et 3). En excellent état, doté de son cadre, il s’est vendu seulement 8 500 € (sans les frais) ce qui permet un enrichissement important pour un rapport qualité/prix presque imbattable.


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4. François-Xavier Fabre (1756-1795)
Portrait de Louis-François Bertin
Huile sur toile - 32 x 25 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Hôtel des Ventes Montpellier-Languedoc
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S’ajoutent à cet achat celui d’un Portrait de Louis-François Bertin (ill. 4) par François-Xavier Fabre (le Monsieur Bertin d’Ingres), préempté à l’hôtel des ventes de Montpellier-Languedoc le 4 novembre 2017, qui vient rejoindre un autre portrait de Bertin (et celui de sa femme) acquis en 2012 (voir la brève du 16/2/13), mais aussi celui, auprès d’un collectionneur privé d’un dessin de Dominique Papety (ill. 5) préparatoire aux Femmes à la fontaine (sur cette composition, voir notre brève du 18/2/13) et d’une autre feuille du même artiste auprès de la galerie La Nouvelle Athènes (ill. 6).


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5. Dominique Papety (1815-1849)
Femmes grecques à la fontaine, 1839-1840
Crayon noir - 27,5 x 38 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Musée Fabre/F. Jaulmes
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6. Dominique Papety (1815-1849)
Orientale jouant de la cithare
Mine de plomb et craie blanche - 19 x 25,5 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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Signalons encore l’achat aux enchères de deux dessins d’Alexandre Cabanel. Le premier, représentant le portrait d’un jeune homme à la cravate (ill. 7), non identifié, a été acquis à l’hôtel des Ventes de Nîmes le 17 juin 2017 pour 544,50 € (avec les frais) tandis que le second, d’après une fresque florentine (ill. 8), a été acheté chez Blanchet & Associés à Paris le 27 novembre 2017 650 € (avec les frais).


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7. Alexandre Cabanel (1823-1889)
Portrait de jeune homme à la cravate
Fusain, craie et sanguine - 30 x 23 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Hôtel des Ventes de Nîmes
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8. Alexandre Cabanel (1823-1889)
Étude d’après une fresque florentine
Aquarelle et crayon noir - 29 x 19,5 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Blanchet & Associés
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La liste des achats n’est pourtant pas close. On signalera en effet deux reliefs de Jean-Louis Journet, l’auteur en 1775 d’une fontaine monumentale sur la place Chabaneau de Montpellier, acquis par la Fondation d’entreprise auprès d’Aveline et Quénétain. Ces deux reliefs en pendant représentent respectivement Diogène cherchant un homme et Bélisaire demandant l’aumône (ill. 9 et 10). Le premier reprend une composition de Jacques Saly (et il existe aussi, à Valenciennes et au Louvre, le même relief par Augustin Pajou, en marbre et en terre cuite), tandis que le Bélisaire est une invention de Journet.


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9. Jean-Louis Journet (vers 1730- ?)
Diogène cherchant un homme
Marbre - 56,5 x 35,8 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Didier Rykner
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10. Jean-Louis Journet (vers 1730- ?)
Bélisaire demandant l’aumône
Marbre - 56,5 x 35,8 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Didier Rykner
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Il est logique qu’un musée aussi actif dans les achats bénéficie également de dons importants. C’est ainsi qu’une collectionneuse privée a offert une esquisse pour la tête de Sainte Élisabeth par Joseph-Benoît Suvée (ill. 11), préparatoire à la Visitation de cet artiste conservée à l’église Sainte-Marguerite de Paris (ill. 12). Cette étude est actuellement présentée dans la belle rétrospective Suvée du Musée des Beaux-Arts de Tours dont nous parlerons très prochainement.


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11. Joseph-Benoît Suvée (1743-1807)
Tête de sainte Élisabeth, 1781
Huile sur carton - 50,5 x 38,9 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Musée Fabre
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12. Joseph-Benoît Suvée (1743-1807)
La Visitation, 1781
Huile sur toile - 395 x 208 cm
Paris, église Sainte-Marguerite
Photo : Didier Rykner
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Enfin un pastel d’Achille Laugé (ill. 13) a été offert par une collection particulière. Et encore ne parlons nous pas de l’art contemporain où, là encore, des achats et des dons ont permis d’enrichir les collections du musée.


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13. Achille Laugé (1861-1944)
Portrait de Mme Simone Buchaume
Pastel - 56,5 x 48 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Musée Fabre
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14. Pavillon central du château de la Mosson
seul vestige subsistant
Photo : Didier Rykner
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15. Miroir d’eau du château de la Mosson
Photo : Didier Rykner
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Le maire de Montpellier ne s’est pas contenté de parler de musées. La conférence de presse a été organisée dans un endroit que nous ne connaissions pas, un peu en dehors de la ville, le long de l’autoroute, dans ce qui reste du château de la Mosson, demeure extrêmement luxueuse construite par Joseph Bonnier à la place d’un ancien château, à partir de 1723, puis par son fils Joseph II Bonnier de la Mosson après sa mort en 1726 (on pourra se référer à ce site pour en savoir plus). Ce magnifique domaine a subi très tôt, dès le XVIIIe siècle de nombreuses avanies. Là où s’élevait un grand château ne demeure plus, peu ou prou, que son pavillon central (ill. 14). Le jardin n’est plus qu’une friche, les sculptures qui l’entourent sont en grande partie disparues alors que son grand miroir d’eau (ill. 15) a néanmoins été restauré à l’époque de Georges Frêches. Après de longues années d’abandon - le terrain servait même pour l’installation des gens du voyage - Philippe Saurel, passionné par le XVIIIe siècle, souhaite engager désormais une étude approfondie pour la restauration du lieu et pour lui trouver une affectation digne de sa grandeur passée. Il compte pour cela sur l’aide de l’État, ce qui reste de l’édifice étant classé monument historique.


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16. Salon de musique du château de la Mosson
décor sculpté par Nicola-Sébastien Adam
Photo : Didier Rykner
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17. Salon de musique du château de la Mosson
décor sculpté par Nicola-Sébastien Adam
Photo : Didier Rykner
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18. Salon de musique du château de la Mosson
décor sculpté par Nicola-Sébastien Adam
Photo : Didier Rykner
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On appréciera particulièrement la beauté de la pièce principale, ancien salon de musique, et notamment de la frise sculptée de sa tribune (ill. 16 à 18) due à Nicolas Sébastien Adam qui, malgré l’outrage du temps, a encore belle allure. Le maire a parlé des acquisitions devant les deux grands tableaux de Jean Ranc récemment acquis par le musée, et présentés ici avant restauration. Ce geste avait une valeur symbolique car ces portraits viennent de ce lieu où ils étaient conservés à l’époque de sa grandeur.
Philippe Saurel nous a accordé une courte interview (à écouter ci-dessous) où il nous a dit son amour du XVIIIe siècle, avec une véritable sensibilité, là encore une chose que l’on ne voit pas souvent chez les hommes politiques. Il y évoque entre autres Cambacérès, dont il a permis l’acquisition d’une correspondance par les archives de Montpellier, l’exposition à venir au Musée Fabre sur le peintre Jean Ranc, ainsi que la restauration du domaine de la Mosson.


Cliquez pour écouter l’interview de Philippe Saurel, maire de Montpellier


Le plus important pour l’avenir du musée est son engagement pris, qu’il nous a confirmé, de poursuivre cette politique en faveur du musée dans les années à venir. Nous nous permettrons de lui faire une suggestion en conclusion de cet article : pourquoi ne reviendrait-il pas au chiffre de 500 000 € par an consacré aux acquisitions, qui était celui d’il y a quelques années. Après tout, 500 000 est un chiffre plus rond que 400 000 !


Didier Rykner, vendredi 22 décembre 2017


Notes

1Et 200 000 € par an pour les restaurations.





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