Acquisitions des XVIIe et XVIIIe siècles du Musée des Beaux-Arts de Rennes


JPEG - 235.4 ko
1. Jean Senelle (1605 ?-entre 1654 et 1671)
La Présentation de l’Enfant Jésus au Temple, vers 1640
Huile sur toile - 102 x 90 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes

23/7/16 - Acquisitions - Rennes, Musée des Beaux-Arts - Le musée a acquis récemment, auprès de la galerie Terrades à Paris, un tableau de Jean Senelle représentant La Présentation du Christ au temple (ill. 1). Déjà très riche en peintures françaises du XVIIe siècle, Rennes fait ainsi entrer dans ses collections l’œuvre d’un artiste rare dans les collections des musées français, à l’exception de celui de Meaux, sa ville natale, et d’Orléans, ville où il travailla également.
Jean Senelle eut une formation marquée par deux ateliers, les plus actifs à Paris à cette époque, ceux de Georges Lallemand et de Simon Vouet. Du premier il conserve un goût pour les figures allongées, teintées de maniérisme tardif. Du second, il tire un sens de la composition plus fougueuse, plus baroque en quelque sorte, et une typologie de personnages aux visages ronds, aux musculatures marquées qui identifient tout de suite sa formation. Senelle est un talent inégal : certains de ses tableaux sont d’un style relâché, parfois presque maladroit, tandis que dans ses meilleures œuvres comme ici il rejoint le niveau des bons élèves de Vouet tels que Charles Poerson ou Michel Dorigny.
Comme le fait remarquer Guillaume Kazerouni, dans la notice qu’il nous a transmise : « La disposition des personnages devant une architecture classique monumentale est directement inspirée des œuvres de Vouet tels que La Présentation au temple (1640, Paris, musée du Louvre). La figure de la Vierge, à la draperie ample et lumineuse, les couleurs claires et brillantes ainsi que le rythme de la composition sont également redevables à l’art du premier peintre de Louis XIII. Toutefois, les figures secondaires, voire même l’enfant Jésus sont marquées par un naturalisme pittoresque dont les racines se trouvent dans le courant précieux parisien dominé par Georges Lallemant et ensuite par Claude Vignon. […] »
Si Vouet reste, pour l’instant, l’un des grands absents des collections de peintures rennaises (on peut cependant y admirer encore pour au moins un an L’Apothéose de saint Eustache déposée par Nantes), cette acquisition fait entrer au musée un bon exemple de peinture vouetisante, en même temps que l’œuvre d’un artiste provincial qui viendra rejoindre un Cretey, représentant de l’école lyonnaise, deux Jean Tassel, de Langres, et trois peintures de Jean-Bernard Chalette, d’origine rennaise. La peinture provinciale au XVIIe siècle, riche de nombreux talents, mériterait que davantage d’expositions et d’études lui soient consacrées (peu de choses ont été faites à ce sujet dans les vingt dernières années, contrairement aux nombreux travaux des années 1980).

La politique active de Rennes tant dans le domaine des acquisitions que des expositions attire tout naturellement la générosité des particuliers qui sont désormais très nombreux à lui offrir des œuvres. Nous consacrerons un deuxième article aux acquisitions du XIXe siècle, et un troisième à un don important de dessins italiens et français du XVIe au XIXe siècles.
Si nous restons dans le domaine du XVIIe siècle (et du XVIIIe pour un tableau), le musée a reçu récemment les dons suivants :


JPEG - 465.7 ko
2. François Verdier
Résurrection de Lazare, vers 1690-1700
Pierre noire et rehauts de craie blanche
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes

- un dessin de François Verdier, offert par Roswitha et Jean de la Motte de Broöns (ill. 2), représentant La Résurrection de Lazare. Cet élève et collaborateur de Le Brun sur ses chantiers versaillais fut un dessinateur très abondant dont le style est très aisément reconnaissable. Une feuille aboutie telle que celle-ci n’était pas forcément destinée à la gravure ni préparatoire à un tableau, mais plutôt à la vente directe à un amateur.


JPEG - 189.9 ko
3. Claude François, dit Frère Luc
Étude pour une figure de moine
Sanguine et rehauts de craie blanche
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes

- une rare et très belle feuille de Claude François, dit Frère Luc, à la sanguine, étude pour une figure de moine (ill. 3), donnée au musée par Jean-Christophe Baudequin. Les lecteurs de La Tribune de l’Art sont familiers de cet artiste dont des tableaux nouvellement attribués sont fréquemment publiés, sur ce site ou dans d’autres revues. Si le peintre est désormais très bien connu, cela est moins vrai du dessinateur. Ses dessins restent rares (une dizaine seulement) même si certains ont été publiés récemment par Sylvain Kerspern, sur son site D’Histoire et d’Art, Pierre Rosenberg1 ou par Jean-Christophe Baudequin et Jérôme Montcouquiol ici-même. L’attribution de cette feuille, même en l’absence d’une composition connue, est évidente, tant le type physique de cette figure est comparable à celles que l’on retrouve dans ses tableaux.


JPEG - 244.7 ko
4. Matthieu Elye (vers 1658-1741)
Décollation de saint Jean-Baptiste
Pierre noire
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes

- un dessin de Matthieu Elye, La Décollation de saint Jean-Baptiste (ill. 4), a été offert par Nicolas Schwed. Elye, ou Elias, est originaire du Nord et travailla essentiellement à Paris et à Dunkerque où il termina sa vie. Malgré une carrière discrète, pendant laquelle il dessina notamment de nombreuses compositions pour la gravure (la feuille offerte à Rennes en est sans doute un exemple), il eut cependant la commande d’un May pour Notre-Dame, en 1709 (le tableau y est toujours conservé).


JPEG - 281.5 ko
5. Pierre-Jacques Cazes (1676-1754)
Télémaque racontant à Calypso ses aventures
Huile sur toile - 33,5 x 42 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes
JPEG - 56.4 ko
6. Pierre-Jacques Cazes (1676-1754)
Télémaque racontant à Calypso ses aventures
Huile sur toile - 82 x 100 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes

- toujours par un artiste français, mais un peu plus tardif cette fois : Alexandre Galdin a donné au musée une esquisse peinte par Pierre-Jacques Cazes représentant Télémaque racontant à Calypso ses aventures (ill. 5). Cet enrichissement est d’autant plus pertinent pour le Musée des Beaux-Arts de Rennes que celui-ci conservait déjà la toile définitive (ill. 6) saisie à la Révolution dans la collection de Robien. La comparaison entre les deux œuvres ne montre que des variantes mineures. Il peut ainsi s’agir soit d’une véritable esquisse préparatoire, peut-être un modello destiné à présenter comment sera l’œuvre terminée, soit d’un ricordo réalisé après le tableau final. Le sujet est tiré de l’œuvre de Fenelon, Les Aventures de Télémaque, parue en 1699.


JPEG - 76.9 ko
7. Attribué à Johann-Heinrich Schönfeld (1609-1684)
Brigands attaquant des cavaliers à Rome
Huile sur toile - 90 x 72 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes

- Enfin, Guy et Helena Motais de Narbonne ont offert un très beau tableau attribué à Johann-Heinrich Schönfeld, Brigands attaquant des cavaliers à Rome (ill. 7). Le style de cette toile semble correspondre parfaitement à celui de ce peintre allemand qui séjourna longuement en Italie à Rome et à Naples, entre 1633 et 1651. Les musées français ne conservaient jusqu’à présent que deux toiles de lui : Adoration de la sainte Trinité au Louvre (acquis en 1995) et une Madeleine, à Vic-sur-Seille, provenant de la collection de Jacques Thuillier.


Didier Rykner, samedi 23 juillet 2016


Notes

1Pierre Rosenberg, Un nouveau dessin de Frère Luc, in Collectif, « Frère Luc. Un peintre, un religieux, un voyageur », « Du Pays Sézannais », n° 13, juin 2012, p. 8-9.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Plusieurs dépôts importants pour le Musée des Beaux-Arts de Rennes

Article suivant dans Brèves : Jack Lang alerte la ministre de la Culture sur les travaux de la galerie Vivienne