
1. Entourage de Jean Cousin le Père (vers 1490-1560)
La Lapidation de Saint Etienne
Huile sur panneau - 106,5 x 163,5 cm
Ecouen, Musée national de la Renaissance
Photo : Christie’s Paris
23/6/06 – Acquisitions – Ecouen, Versailles, Nancy (Musée Lorrain) et Louvre – Les musées français ont été moins actifs qu’à l’accoutumée lors des ventes parisiennes de Sotheby’s et de Christie’s en juin. Si aucun lot n’avait été préempté à la vente Sotheby’s de lundi dernier, trois tableaux ont cependant été acquis chez Christie’s Paris, ce 22 juin après-midi. Le Musée national de la Renaissance d’Ecouen avait tenté de préempter un tableau de l’Ecole de Fontainebleau, une Lapidation de Saint Etienne (ill. 1) donnée à l’entourage de Jean Cousin le Père. Mais le tableau n’avait pas été vendu. Le prix de réserve n’ayant pas été atteint, la préemption était impossible. Le musée s’est porté acquéreur, après la vente, de ce panneau pour un prix autour de l’estimation basse qui était de 8.000 €. La notice du catalogue rapproche cette composition de plusieurs œuvres des Cousin père ou fils. Ainsi, l’officier romain assis au premier plan à droite se retrouve presque exactement sur un dessin de Jean Cousin le Père entré en 2001 au Metropolitan Museum, Amya demandant à Faustus la garde de saint Mamas. De même, le moine chartreux agenouillé à gauche est identique, quoique inversé, à celui de la Conversion de saint Paul attribuée à Jean Cousin le fils et conservée dans l’église Sainte-Rafine de Gaujac en Lot-et-Garonne.
Le Château de Versailles a acquis, pour 18.000 € (frais inclus) une toile de Louis-Lié Périn Salbreux (ill. 2), peintre de miniature et ami d’Alexandre Roslin dont il copia plusieurs tableaux. Cette œuvre peu séduisante a été acquise sans doute davantage pour son sujet. Bien que celui-ci n’ait pas été identifié dans le catalogue de la vente, il s’agirait d’un portrait de Madame Adélaïde et de Madame Victoire1, les filles de Louis XV.

2. Louis-Lié Périn Salbreux (1753-1817)
Portrait présumé de
Madame Adélaïde
et de Madame Victoire (portrait ovale à droite)
Huile sur toile - 60 x 49 cm
Préempté par le
Musée national
du Château de Versailles
Photo : Christie’s Paris

3. Ecole française, vers 1722
Portrait de Jacques Henri de Lorraine,
prince de Lixin
Huile sur toile - 233 x 135 cm
Préempté par le
Musée Lorrain de Nancy
Photo : Christie’s Paris
Le Musée Lorrain a préempté, pour 15.600 € (frais inclus) un Portrait de Jacques Henri de Lorrain, prince de Lixin (ill. 3), fils cadet de Charles de Lorrain. D’auteur inconnu, cette toile datée de 1722 provenait de l’Abbaye de Royaumont.
Enfin, le département des Arts Graphiques du Louvre s’est enrichi, d’un dessin de Joseph Vernet (ill. 4) représentant le Château de l’Œuf à Naples lors de la vente Piasa d’aujourd’hui 23 juin à l’Hôtel Drouot, ou plutôt après cette vente puisque, comme pour la Lapidation de Saint Etienne chez Christie’s, le lot n’avait pas été vendu et ne pouvait donc être préempté2.

4. Joseph Vernet (1714-1789)
Vue du château de l’Œuf à Naples
Plume et encre noire, lavis brun et gris - 43,5 x 58 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Piasa
On regrettera que les musées français n’aient pu acheter le très beau tableau de Théodore Chassériau qu’on avait pu admirer lors de la rétrospective consacrée à ce peintre en 2002, Diane surprise par Actéon3 et qui était proposé par Christie’s. Le Louvre n’avait probablement plus les fonds nécessaire après ses acquisitions récentes (voir notamment brèves du 11/6/06 et du 18/6/06) et aucun musée français n’a pu s’offrir cette toile qui s’est vendue 538.400 € avec les frais.
P.S. Courrier reçu à propos du tableau de Périn-Salbreux
Laurent Hugues, conservateur du patrimoine à la DRAC Languedoc Roussillon, spécialiste du portrait français du XVIIIe siècle et qui s’intéresse notamment à ceux des filles de Louis XV, n’a pas apprécié mon commentaire sur le tableau acquis par Versailles. Un peu abrupte il est vrai (même s’il reconnaît que le peintre « pêche par un peu de raideur »), elle ne signifiait pas que je désapprouve son acquisition par Versailles. Voici la mise au point de Laurent Hugues, que je publie avec plaisir :
« Louis-Lié Périn-Salbreux, artiste rémois, miniaturiste de renom fut aussi recherché pour ses petits portraits, dits "en demi-grandeur", que les princesses de la famille royale s’échangeaient. S’il pêche par un peu de raideur dans les attitudes, manquant d’aisance dans la composition d’un portrait en pied, il rend avec talent grâce à son brillant métier, les étoffes et les accessoires ainsi que les physionomies. Ceux qui sont familiers des traits des filles de Louis XV reconnaissent dans ce portrait la plus célèbre d’entre elles Madame Adélaïde de France (1732-1800) rédigeant un billet. Au second plan, on aperçoit le portrait en buste de Madame Victoire (1733-1799) sa sœur cadette. Pareille disposition se trouve sur un portrait dit de la comtesse d’Artois conservé au musée Cognacq-Jay du au même artiste. Il est probable que ce portrait (dont il existe également une version en miniature ornant une boîte circulaire) ait été envoyé par la princesse à sa nièce Madame Clotilde, princesse de Piémont depuis 1775. Périn-Salbreux fit un séjour à Turin et peignit également les comtesses de Provence et d’Artois (cf. mon article sur ces princesses dans le catalogue de l’exposition Joseph Boze au musée de Martigues). Il faut donc rendre justice à l’établissement public de Versailles en général et à Xavier Salmon en particulier, d’avoir acquis cet important portrait qui évoque également les appartements de la princesse et sa vie quotidienne. »
Laurent Hugues
