
Lucas de Leyde (vers 1494-1533)
L’Ange Gabriel, vers 1520
Plume, encre brune, rehaut de craie
New York , Metropolitan Museum of Art
Photo : D. R.
11/8/08 – Acquisition – New York, Metropolitan Museum – Fin juillet, le Metropolitan Museum a annoncé l’achat d’un rare dessin inédit de Lucas de Leyde, l’un des 28 qui soient authentifiés de sa main, et le seul aux Etats-Unis. Il représente l’Ange Gabriel (ill. 1) [1]. Selon le directeur Philippe de Montebello, l’acquisition couronne les efforts des 15 dernières années pour renforcer l’ensemble des dessins nordiques du musée. La feuille sera d’ailleurs montrée à l’automne 2008 dans l’exposition organisée en son honneur pour son départ [2] (voir brève du 10/1/08).
La provenance de cette œuvre restera dans les annales qui font rêver les chineurs amateurs et les marchands. Le dessin est passé inaperçu dans une vente de Christie’s South Kensington du 12 juin 2005. Il était inclus dans un album de paysages de l’aquarelliste britannique William Frederick Witherington (1785-1865). La description du catalogue indique que l’album contient également un croquis d’une autre main par un maître ancien. Le lot a été adjugé à un collectionneur non identifié pour 216 £ (frais compris) [3]. Souhaitant ne garder que les vues et les marines, il revend l’Ange à un tiers qui remarque l’inscription L. van Leyden, inscrite au crayon noir au dos, et le paraphe L en bas au centre. Ce dernier demande l’avis du département des dessins de Sotheby’s, qui consulte à son tour les experts du Rijksmuseum d’Amsterdam. Ceux ci confirment l’authenticité.
Il peut être mis en rapport avec un pendant représentant la vierge assise et regardant au dessus de son livre, conservé au Kupferstichkabinett de Berlin, lui aussi monogrammé et considéré parmi les meilleurs du maître. L’ornementation de la feuille de Berlin laisse penser qu’il s’agit de modèles pour des vitraux [4]. Ils sont datés vers 1520, une période cruciale dans la courte carrière de Lucas, qui rencontre Dürer en 1521 [5] et voyage en compagnie de Jan Gossaert l’année suivante. Marqué à ses débuts par son maître Cornelis Engelbrechtsz et les maniéristes anversois, il parvient alors à une monumentalité et un naturalisme plus proche de l’esprit de la Renaissance. Selon George R. Goldner, chairman of the Departement of Drawings and Prints du Met, « le fait que l’archange ait l’aspect d’un garçon ordinaire et ne soit pas idéalisé est typique de l’artiste. Il en va de même de la draperie incroyablement élaborée, par des coups de crayons variés et d’un merveilleux mouvement ».
