Acquisition de l’épée du grand écuyer de Lorraine


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1. Simon Gallien (reçu maître en 1714)
Épée du grand écuyer de Lorraine, 1729
Vermeil, cuir, toile, velours - H. 128 cm
Nancy, Musée lorrain
Photo : M. Bourget
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26/6/17 - Acquisition - Palais des ducs de Lorraine. Musée Lorrain - L’épée du grand écuyer de Léopold Ier a rejoint le Palais des ducs de Lorraine. Classée trésor national, elle avait été retirée de la vente, contestable et contestée, des objets du château d’Haroué organisée à Drouot le 15 juin 2015 (voir l’article du 18/5/15 et la brève du 5/6/15). Elle a finalement été acquise au début de l’année 2017 grâce à la participation de l’État (Fonds du patrimoine), de la Région Grand Est, de la Ville de Nancy et de la Société d’Histoire de la Lorraine et du Musée lorrain. Elle sera visible à partir du 30 juin prochain et fera l’objet d’une exposition dossier jusqu’au 6 octobre intitulée « À la gloire du duc ! L’épée de grand écuyer de Lorraine, emblème de souveraineté ».

En 1697, le traité de Ryswick rendit à Léopold Ier les duchés de Lorraine et de Bar jusque-là occupés par les troupes françaises. En 1711, Marc de Beauvau, ami du duc depuis leur jeunesse, fut nommé par celui-ci grand écuyer à la place du comte des Armoises. Il reçut le titre de marquis de Craon l’année suivante, puis devint, grâce à l’intervention de Léopold, prince du Saint-Empire par Charles VI en 1722 et grand d’Espagne de première classe par Philippe V en 1727.
Le grand écuyer avait la lourde tâche de diriger les écuries du duc, il avait aussi un rôle honorifique chargé notamment de porter l’épée du souverain à l’occasion des grandes cérémonies, des entrées dans les villes et enfin à la mort du duc lors de la pompe funèbre.

Cette épée a été réalisée à Paris en 1729 - l’année de la mort de Léopold - par l’orfèvre Simon Gallien, reçu maître en 17141. Les orfèvres parisiens - et notamment Thomas Germain, plus connu que Simon Gallien - étaient en effet réputés pour la confection d’épées d’apparat. Gallien a monté celle-ci, mais il n’a pas fabriqué la lame qui est antérieure et daterait du XVIe ou du XVIIe siècle. La poignée en vermeil est ciselée des emblèmes lorrains : la croix de Lorraine et les alérions. Le pommeau rond porte les armes du duché et le nœud de croisière est orné d’un écu aux armes du duc Léopold. Le fourreau est en cuir et velours rouge, doté de garnitures en vermeil.

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2. Détail du noeud de croisure
de l’pée du grand écuyer de Lorraine, 1729
Nancy, Musée lorrain
Photo : Musée lorrain
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L’épée fut portée par le prince Marc de Beauvau-Craon lors de la pompe funèbre du duc Léopold à Nancy le 7 juin 1729. La cérémonie resta à peu près la même au fil des siècles, la description du cortège lors de la mort du duc René II en 1508 ou de Charles III en 1608 en donne une idée : les pièces de souveraineté, comme la couronne ou le sceptre étaient présentées, ainsi que les pièces d’honneur, comme l’épée l’étendard ou les bâtons d’officiers, qui étaient jetées sur le cercueil ; le grand écuyer venait ensuite récupérer l’épée dans la fosse, la brandissait et proclamait l’avènement du nouveau duc. Le récit de l’enterrement de Léopold ne précise pas ce dernier rituel, peut-être parce que François III, fils et successeur du duc, était absent.

Pourquoi cette épée fut-elle commandée si tard et pourquoi n’a-t-on pas utilisé celle qui est mentionnée lors de l’entrée solennelle du duc en 1698 ou lors de la pompe funèbre de Charles V, père de Léopold ? Sans doute parce que celle-ci n’arborait pas les titres reçus par Léopold Ier qui fut fait chevalier de l’ordre de la Toison d’or en 1690 et prit le titre roi de Jérusalem à partir de 17002, obtenant le prédicat d’altesse royale reconnu par l’empereur, mais refusé par Louis XIV. L’épée de 1729 porte ainsi le blason du duc sur le nœud de la poignée et sur le baudrier, avec le collier de la toison d’or et la couronne fermée terminée par une croix de Jérusalem.

Après la mort de son père le nouveau duc, François III, confirma Marc de Beauvau dans sa charge de grand écuyer. Celui-ci mourut en 1754 dans son château d’Haroué où l’épée est mentionnée en 1793. Peut-être François III en a-t-il fait don au grand écuyer après 1737 lorsque les duchés furent cédés à Stanislas Leszczynski.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 26 juin 2017


Notes

1Cette brève tire ses informations de l’article écrit par Pierre-Hippolyte Pénet et Dominique Prévôt dans le numéro de juin 2017 du Pays lorrain

2Le royaume de Jérusalem fondé par les princes chrétiens à la fin de la première croisade, du temps de Godefroy de Bouillon, dont la famille de Lorraine revendique l’ascendance.





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