Acquisition d’une esquisse de Pellegrini par le Petit Palais à Paris


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Giovanni Antonio Pellegrini (1675-1741)
Le déchargement, en bord de Seine, de marchandises
en provenance de la Louisiane
, 1720
Huile sur toile - 35,5 x 65 cm
Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Photo : Galerie Canesso

5/7/15 - Acquisition - Paris, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris - Le Musée du Petit Palais à Paris a acquis, auprès de la galerie Canesso, une esquisse de Giovanni Antonio Pellegrini, préparatoire à une importante commande parisienne de l’artiste, le plafond de la Banque Royale à Paris. Réapparue dans une vente Sotheby’s à Londres le 24 janvier 2014 sous sa juste attribution, elle portait une ancienne attribution à Tiepolo.

L’histoire de ce décor très éphémère puisqu’il fut détruit peu de temps après son exécution, est liée à l’épisode du système de Law, banquier écossais qui proposa en France un système financier basé sur l’émission de papier monnaie. L’affaire prospéra, jusqu’en 1720, avant de s’écrouler brutalement en mars de cette année sous l’effet de la spéculation. Toujours protégé par le Régent, John Law dut pourtant fuir la France pour se réfugier à Venise.
Le plafond de la banque, devenue Banque Royale en 1718, le roi ayant décidé de la garantir, fut réalisé malgré sa taille (41,60 mètres de long sur 8,60 mètres de large) très rapidement par l’artiste au début de l’année 1720. Pellegrini comme nombre de peintres vénitiens du Settecento voyagea et peignit dans toute l’Europe, notamment dans les pays germaniques, mais nombre de ses décors ont aujourd’hui disparu. Cette esquisse, la quatrième1 que l’on peut rapprocher du plafond de la Banque royale, permet de mieux comprendre la manière de travailler de l’artiste qui étudiait les différents groupes du plafond dans des esquisses à l’huile indépendantes. Celle que vient d’acheter le musée parisien peut être identifiée grâce à la description qu’en laissa Bernard Lépicié dans les Vies des premiers-peintres du roi depuis M. le Brun, paru en 2 volumes en 1742, sans doute basée sur le programme iconographique. On y voit notamment à gauche « la rivière de la Seine, qui embrasse le fleuve du Mississippi ; l’Amitié est entre deux qui les unit ». À droite : « un chariot attelé de deux chevaux, sur lequel des hommes chargent des marchandises qu’on débarque des vaisseaux de la Louisiane ». Au dessus, sur des nuées, sont la Félicité et la Tranquillité, dont les attributs ne sont pas vraiment discernables en raison du caractère très esquissé.

Cette esquisse, préparatoire à un décor parisien, trouve toute sa place au Petit Palais qui possède un impressionnant ensemble d’études peintes, préparatoires pour des commandes parisiennes. Si le Musée Carnavalet conserve plutôt celles antérieures au XIXe siècle, une telle peinture trouve évidemment sa place dans ce qui est avant tout un Musée des Beaux-Arts, sa qualité artistique n’étant pas moindre que son intérêt historique. Elle viendra rejoindre notamment une autre esquisse vénitienne du XVIIIe siècle par Giovanni Battista Tiepolo, Alexandre et Bucéphale, faisant partie du legs Dutuit.


Didier Rykner, dimanche 5 juillet 2015


Notes

1Nous avions écrit troisième, mais un lecteur nous signale, outre les deux dans des collections particulières de Venise, celle du Musée Ingres de Montauban.





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