À propos des portraits de Chateaubriand peints par Guérin, Girodet et Delaval, et, incidemment, de son buste sculpté par David d’Angers


« Je regarde Frédéric comme mon fils ; il est peut-être destiné à perpétuer mon nom : je n’ai point d’enfant ; mon autre neveu, [Louis], fils de mon frère, colonel des chasseurs de l’Ariège et héritier de ma pairie, n’a jusqu’à présent que des filles. » (Chateaubriand, 29 juin 1825)1

« La famille de M. de Chateaubriand est indigne pour [ma tante]. » (Mme Lenormant, nièce de Mme Récamier, 6 août 1848)2

Introduction

En 1948, H. Le Savoureux fit paraître une étude générale sur Chateaubriand et ses portraits. Depuis, plusieurs auteurs ont contribué à mettre à jour cette étude ; en se limitant aux seuls portraits peints par Guérin, Girodet et Delaval, nous voulons citer : Pierre-Émile Buron (1981, 1985), Pierre H. Dubé (1984), Pierre Riberette (1985, 1998), Philippe Petout (1992), Stéphane Guégan (1996), Alain Pougetoux (1998) et Sylvain Bellenger (2005).

Force est toutefois de constater que ces travaux, pris dans leur ensemble, présentent de nombreuses contradictions. La présente étude a pour objet de lever ces contradictions, en établissant, pour chacun de ces trois portraits, un historique renouvelé. Nos conclusions ne feront pas l’unanimité ; qu’on nous permette de penser qu’elles garderont toujours le mérite de la clarté.

Le Chateaubriand de Guérin

Le portrait de Chateaubriand par Guérin fut exposé à l’École des beaux-arts en 18833, comme un ouvrage de Paulin Guérin, puis à la Bibliothèque nationale en 19484, comme une œuvre du même ; en 1883, il faisait partie de la collection de Mlle de Chateaubriand, et en 1948, de celle de M. le comte de Chateaubriand.

Ce même portrait fut reproduit par Le Savoureux en 19305, comme un ouvrage de Guérin, par le même en 1948, comme « attribué à Paulin Guérin », et tout dernièrement par Bellenger6, comme « attribué à Pierre-Narcisse Guérin » mais « assez peu caractéristique de [ce peintre] ».

Le Chateaubriand de Guérin est de Paulin Guérin (1783–1855), comme il l’était déjà en 1883.

Le Chateaubriand de Girodet

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Anne-Louis Girodet-Trioson
(d’après)
Portrait de Chateaubriand méditant sur les ruines
de Rome
, 1848
Huile sur toile - 120 x 96 cm
Saint-Malo, Musée d’Histoire et
d’Ethnographie
Photo : RMN / G. Blot

C’est au Salon de 1810 que Girodet mit sous les yeux du public et des critiques son portrait peint de Chateaubriand7. L’Empereur, absent le jour de l’ouverture, ne s’y rendit que le 17 au matin8 ; parmi les ouvrages qu’il se fit alors présenter, se trouvait le portrait de celui qui était intervenu, avec une agaçante insistance, pour demander la vie de son cousin germain, Armand de Chateaubriand, lorsque ce dernier fut déclaré coupable d’espionnage en faveur de l’ennemi9 ; quand on sait par ailleurs que le peintre fit son modèle « noir »10, les paroles prononcées par Napoléon devant le tableau ne sauraient nous surprendre : « Il a l’air d’un conspirateur qui descend dans la cheminée. »11

Chateaubriand ayant donné son consentement à la reproduction par la gravure de son portrait, il fut décidé qu’une copie peinte serait exécutée pour servir de modèle au graveur12. Celle-ci, confiée à Dejuinne13 , fut terminée au plus tard en janvier 1813, date à laquelle l’écrivain prit possession de son portrait14 , puis exposée au Salon suivant, celui de 1814, parmi les ouvrages de Girodet15. Deux gravures de formats différents furent exécutées, toutes deux par Laugier : le grand format fut mis sur le marché londonien en avril 181716, le format réduit, sur le marché parisien deux mois plus tard17 .

Pas moins célèbre que les deux gravures de Laugier parues en 1817 sera la lithographie d’Aubry-Lecomte, dernière estampe d’après Girodet à paraître du vivant du peintre, en août 182318.

À deux reprises, en mai 1828 puis en mars 1831, Mme Delpech, imprimeur-éditeur de publications à base de lithographies, chercha, pour son Iconographie des contemporains, à convaincre Chateaubriand de se laisser portraiturer19 . Elle fera finalement appel à David d’Angers dont le buste sculpté de l’écrivain avait été exposé au musée Colbert en novembre 182920 ; voici en effet le résumé publié d’une lettre que le sculpteur adressa à cette dame un mercredi matin : « Le portrait de M. de Chateaubriand lui paraît très bien, mais il insiste toujours sur le pli qui est au-dessus de la paupière ; il ne lui paraît pas assez énergiquement senti. »21 La collaboration entre Mme Delpech et David prit fin en décembre 1831, date à laquelle la livraison de l’Iconographie comprenant un portrait lithographié de l’écrivain, signé Z[éphir]in Belliard, fut mise en vente22.

Le 9 décembre 183923 , le maire de Saint-Malo, Louis-François Hovius, désireux de compléter la galerie des portraits historiques de la ville, fit une démarche comparable à celle de Mme Delpech dix ans auparavant, en proposant de faire appel à un copiste du nom de Riss. Le 14, Chateaubriand répondit :

« Je suis extrêmement flatté et touché de la demande que vous avez la bonté de me faire en votre nom et au nom de mes généreux compatriotes. Ma ville natale, qui ne tardera pas à recevoir les cendres auxquelles elle veut bien donner asile, a le droit d’exiger de moi tout ce qu’elle désire. Je connais le talent de M. Riss ; si je ne me trompe, M. Riss est un des premiers élèves de notre grand peintre Gros ; mais, à mon âge, il ne reste plus assez de vie sur la figure de l’homme pour qu’on ose en confier les ruines au pinceau. Mme de Chateaubriand possède le seul portrait qui existe de moi ; c’est un des chefs-d’œuvre de Girodet ; il le fît en 1807 à mon retour de la Terre-Sainte ; je le laisserai par testament à mon île maternelle. J’obtiendrai le consentement de Mme de Chateaubriand lorsque j’aurai le courage de lui parler d’un sujet aussi triste ; toutefois l’article du testament ne sera exécutoire que quand ma femme reposera elle-même dans le sein de Dieu.

Puisse, Monsieur le Maire, mon intention vous être agréable, et je vous prie de recevoir, avec toute ma reconnaissance, l’assurance de la considération la plus distinguée avec laquelle j’ai l’honneur d’être votre très humble et très obéissant serviteur24. »

Madame de Chateaubriand mourut le 9 février 1847 ; ses dernières volontés — publiées seulement en 199225 — ne font pas état du portrait peint par Girodet. Son mari lui survécut un peu plus d’une année : il mourut le 4 juillet 1848. Après avoir pris connaissance de l’écrit de son épouse, il avait, dès le 17 mars 1847, rédigé un nouveau testament ; celui-ci — publié dès 191226 — ne cite pas davantage le portrait de Girodet.

Il est incontestable que Chateaubriand n’aurait pas manqué de faire état, dans son testament, du legs de son portrait peint par Girodet à la ville de Saint-Malo, s’il n’avait pas pris d’autres dispositions, dispositions qu’il lui était, dès lors, difficile de faire figurer dans un document appelé à une publicité certaine. Nous avons relevé, dans un ouvrage publié par Edmond Biré en 1902, un passage démontrant que les dernières volontés de Chateaubriand ne se limitaient pas aux dispositions prises par voie testamentaire : « Par une disposition à part son testament, disposition particulière recommandée à sa famille, et dont un double fut remis au comte de Chambord, [Chateaubriand] donnait à ce dernier le petit nombre de ses livres de choix, quelques-uns annotés, ceux qu’il relisait, disait-il, afin de servir aux loisirs et à l’instruction du Prince. »27

À qui destinait-il son portrait ? L’écrivain, sans héritier direct, avait deux neveux qui portaient son nom : Louis (1790–1873), fils aîné de son frère Jean-Baptiste, et Frédéric (1799 –1849), fils de son cousin germain Armand28. En donnant un service en porcelaine de Sèvres à Frédéric et son buste en marbre par David d’Angers à Louis, tout en précisant que le second « [lui] a exprimé le désir que la disposition plus étendue contenue en sa faveur dans l’écrit de sa tante fut réduite à un seul objet », le testateur désignait implicitement Frédéric comme celui des deux auquel le portrait était destiné.

Après la mort de son épouse, Chateaubriand mit en dépôt chez Madame Récamier29 son buste sculpté par David d’Angers30 et son portrait peint par Girodet31. La restitution à la famille de ces deux « objets » ne se fit pas sans mal. Le buste, inscrit dans le testament de Chateaubriand, partit rapidement chez Louis, dans la descendance duquel il se trouve toujours32 Pour le portrait peint, Madame Récamier dut faire face à deux revendications successives, la première — ancienne — émanant de la ville de Saint-Malo33, l’autre — nouvelle —, venant du neveu du défunt34. Le dénouement se fit attendre : le portrait partit chez Frédéric, et c’est finalement la copie réalisée à la requête de Madame Récamier pour remplacer, aux murs de son célèbre salon, un portrait qu’elle savait, après le décès de son illustre ami, ne pas pouvoir conserver35, qui prit le chemin de Saint-Malo36.

C’est donc une copie qui fut envoyée à Saint-Malo. Cette affirmation est confortée par le constat suivant : le jugement porté lors du Salon de 1810 par l’éminent critique Jean-Baptiste Boutard (« [Le portrait de M. de C***] est à la fois d’une précision et d’une vigueur de dessin dont on aurait peine à trouver d’exemple ailleurs et dans aucun temps. »)37 ne saurait s’appliquer à un tableau qui ne présente, selon un rapport du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France38, aucun dessin sous-jacent. Si le tableau conservé à Saint-Malo est très généralement considéré comme l’original, c’est que sa réalisation fut soignée, celle-ci ayant été confiée à un peintre de talent, peut-être même à Jean-Victor Schnetz (1787–1870), ami intime des époux Lenormant et proche par conséquent de Madame Récamier39.

Le Chateaubriand de Girodet se trouvait en 2001 dans la descendance de Frédéric de Chateaubriand, fils de conspirateur et neveu (à la mode de Bretagne) de… « conspirateur »40.

Le Chateaubriand de Delaval

Si l’on doit à H. Le Savoureux la révélation du portrait par Guérin, l’on doit à P. Riberette celle du portrait par Pierre-Louis Delaval [ou Pierre-Louis de Laval] (1790–1881). Dans un article sur le Sacre de Charles X paru en 1985, Riberette écrivait en effet : « Vendu aux enchères, lors de la dispersion de l’atelier de l’artiste, le 24 mai 1867, [le portrait de Chateaubriand dû à Pierre-Louis de Laval] fut acquis par un membre de la famille [du modèle] et il est resté depuis cette époque dans sa descendance. Ce n’est qu’en 1957, lorsque le Bulletin de la Société Chateaubriand publia la première reproduction photographique dont, à notre connaissance, il ait fait l’objet, qu’il commença à sortir de l’ombre. À cette époque, il était indiqué comme non signé ; mais, depuis, un sérieux nettoyage a fait apparaître les inscriptions suivantes, d’une part, en haut et à gauche : De Chateaubriand, pair de France, 1828 ; d’autre part, au milieu et à gauche, la signature : P. L. de Laval ; et c’est avec le nom de son auteur que le portrait devait figurer à l’exposition, organisée par la Bibliothèque nationale en 1968 à l’occasion du deuxième centenaire de la naissance de l’écrivain. »

En 1997, le Conseil général des Hauts-de-Seine fit l’acquisition d’un portrait peint de Chateaubriand dû à ce même Delaval. L’année suivante, cette acquisition donna lieu à un article d’Alain Pougetoux, article duquel nous extrayons le passage qui suit : « On sait qu’un portrait de Chateaubriand figurait dans le catalogue de la vente du peintre ([24 mai 1867]), où l’on retrouve également mention de portraits de Soult et de M gr de Villèle (il n’est hélas, pas possible de le reconnaître et d’identifier son acquéreur dans le procès-verbal de cette vente). Nous devons ajouter qu’un autre exemplaire du présent tableau nous a été signalé dans une collection particulière, sans que nous puissions le voir. »

D’après une déclaration faite au Figaro en 200041, le tableau publié en 1998 provient de la famille de l’artiste. Quant au tableau publié en 1985, la famille de Chateaubriand ne l’a pas acquis en 1867 ; en effet, le tableau adjugé à cette vente est très probablement celui qui fut prêté à l’École des beaux-arts en 1883 par le collectionneur Rothan42

Ainsi, entre un tableau qui se trouvait en 1985 dans la descendance d’un membre de la famille de Chateaubriand, un tableau resté dans l’atelier de l’artiste jusqu’en 1867 et un tableau resté dans la descendance de l’artiste jusqu’en 1997, nous désignons le premier comme « le Chateaubriand de Delaval ».

Le Chateaubriand de Delaval se trouve toujours dans la descendance de Frédéric de Chateaubriand43.

Responsabilités & Remerciements :

Nous portons l’entière responsabilité des affirmations contenues dans la présente étude.

Nos très vifs remerciements vont aux personnes suivantes :
Mme de La Tour Du Pin Verclause, Mme M*** et ses enfants, Mme Caracciolo Arizzoli, historienne de l’art, M. Bruno Isbled, conservateur aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, M. Philippe Petout, conservateur des musées de Saint-Malo, et M. Emmanuel Salmon-Legagneur, ancien président de l’Association bretonne. Nous souhaitons également exprimer notre très amicale gratitude à Didier Rykner et à sa Tribune de l’Art.


Bibliographie :

–1862 T. Desmazières de Séchelles, « Notes sur le portrait de M. de Châteaubriand peint par Girodet (Galerie de l’Hôtel-de-Ville de Saint-Malo) » (le Commerce breton, 13 septembre 1862) [Cet article a été repris, sans aucun changement, dans le tome IV, paru en 1864, du Collectionneur breton (p. 275-278).]

–1907 Charles Nicoullaud, Mémoires de la Comtesse de Boigne née d’Osmond, 1907–08 (4 tomes)

–1930 H. Le Savoureux, Chateaubriand, 1930 (coll. Maîtres des littératures, 5)

–1948 H. Le Savoureux, « À propos d’un anniversaire littéraire : Chateaubriand et ses portraits » (France Illustration, revue hebdomadaire, 3 juillet 1948, p. 20-22)

–1981 Pierre-Émile Buron, Le cœur et l’esprit de Madame Récamier, d’après sa correspondance et ses correspondants, 1981

–1984 Pierre H. Dubé, « Chateaubriand and Girodet » (Revue de l’Université d’Ottawa, Avril–juin 1984, p. 85-94)

–1985 Pierre-Émile Buron, « L’énigme du portrait de Chateaubriand [par Girodet] » (Annales de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’Arrondissement de Saint-Malo, année 1984, 1985, p. 239-248)

– Pierre Riberette, « Chateaubriand au sacre de Charles X » (Bulletin de la Société Chateaubriand, année 1984, 1985, p. 27-30)

–1992 Philippe Petout, « Les origines du musée de Saint-Malo » (Annales de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’Arrondissement de Saint-Malo, année 1991, 1992, p. 87-99)

–1996 Stéphane Guégan, « Il le fit noir. Chateaubriand par Girodet au Salon de 1810 » (Bulletin de la Société Chateaubriand, année 1995, 1996, p. 54-60)

–1998 Alain Pougetoux, « Pierre-Louis Delaval portraitiste : un artiste dans les coulisses du sacre [de Charles X] » (Les deux visages de Chateaubriand . [Exposition à la Maison de Chateaubriand], 1998, p. 78-83)

–Pierre Riberette, « La querelle du portrait contesté » (Chateaubriand, Saint-Malo, 1848–1998, 1998, p. 48-52)

–2000 Jean-Claude Lamy, « Tendre Chateaubriand » (le Figaro, 14 septembre 2000) [Cet article a été reproduit dans le cat. Chateaubriand : Une Vie , publié par la galerie Saphir peu de temps après sa parution.]

–2005 Sylvain Bellenger, « Portrait de Chateaubriand, dit aussi Un homme [sic] méditant sur les ruines de Rome » (Girodet, 1767–1824. [Exposition au Musée du Louvre], 2005, p. 336-345)

–2006 Éric Bertin, Essai bibliographique sur la correspondance « artistique » de Chateaubriand, 2006 [à paraître]


Eric Bertin, dimanche 27 novembre 2005


P.-S.

Errata dans notre article sur les « Chateaubriand » de Guérin, Girodet et Delava (10/7/09)

Guérin

Le jour-même de la mise en ligne de notre article (27 novembre 2005), nous avons reçu de Mehdi Korchane, auteur d’une thèse sur Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833) et l’art français de la Révolution à la monarchie de Juillet soutenue trois jours auparavant à Lyon, un message nous informant que le premier portrait évoqué n’était pas de Paulin Guérin, mais de Pierre-Narcisse Guérin, et nous invitant à consulter l’ouvrage publié en décembre 2004 par Josette Bottineau et Élisabeth Foucart-Walter sous le titre : L’Inventaire après décès de Pierre-Narcisse Guérin.

L’inventaire après décès de Pierre-Narcisse Guérin fait en effet état de « sept têtes et portraits dont celui de Chateaubriand, ébauches prisées cent cinquante francs » (p. 24, no 359). En annotations (p. 80-81), Josette Bottineau et Élisabeth Foucart-Walter citent un passage de l’article de Pierre David dans le Moniteur du 18 août 1833 (« [Pierre-Narcisse Guérin] commença le portrait de M. de Chateaubriand, mais, s’arrêtant tout court, il pria l’auteur d’Atala de faire reproduire ses traits par le peintre de sa Vierge américaine. »), puis laissent entendre que le portrait ébauché par Pierre-Narcisse Guérin est celui qui fut exposé en 1948 et donné par Hélène Adhémar (Arts, 21 janvier 1949) comme n’étant pas de Paulin Guérin comme le pensait alors le prêteur, mais de Pierre-Narcisse Guérin.

Nous n’avons rien à ajouter à l’ouvrage de Josette Bottineau et Élisabeth Foucart-Walter, sinon que le portrait dû aux pinceaux de Pierre-Narcisse Guérin fut exposé dès 1883, comme indiqué dans notre article de 2005.

Au cours d’une journée d’étude organisée par l’INHA sur le thème de la pratique du portrait en France (1789-1820) : archives et documents (18 octobre 2007), Mehdi Korchane a expliqué pourquoi le portrait est inachevé ; le texte de sa communication (Guérin et Chateaubriand : remarques sur un portrait méconnu) devrait paraître prochainement.

Girodet

Bernard Heudré, auteur d’un magnifique ouvrage sur Le Grand-Bé (1995), nous ayant affirmé à deux reprises que le seul portrait resté dans la famille de Chateaubriand n’était pas celui de Girodet, mais celui de Guérin, nous avons, le 7 septembre 2008, repris contact avec la famille afin d’écarter l’hypothèse d’une confusion entre les deux portraits. Il s’est alors avéré que Bernard Heudré avait parfaitement raison. La famille s’étant confondue en excuses, nous l’avons informée de la tenue prochaine d’une exposition sur Juliette Récamier et de l’occasion qui nous était offerte de rétablir les faits.

Si, à la mort du célèbre écrivain, la famille s’était effectivement réservée le droit de garder le portrait de Girodet exposé au Salon de 1810, comme nous l’avons donc affirmé à tort en 2005, la ville de Saint-Malo ne posséderait alors qu’une copie. Si maintenant ce droit ne fut pas exercé, doit-on pour autant affirmer que la ville de Saint-Malo est bien en possession de l’original ?

C’est à cette nouvelle question que nous avons tenté de répondre dans un essai du catalogue de l’exposition Juliette Récamier, muse et mécène qui s’est ouverte au musée des Beaux-Arts de Lyon le 27 mars dernier, cet essai ayant pour titre : De Gérard à Girodet, ou les dernières années de M me Récamier (1841-1849)


Notes

1Tiré d’une lettre mise en vente à Paris le 2 juillet 2004 (A. Nicolas, exp. ; n° 175)

2Tiré d’une lettre publiée par Nicoullaud en 1907–08 (t. IV, p. 487-489).

3Portraits du siècle (1783–1883), 1883, n° 124 (J.-B.-Paulin Guérin, Chateaubriand).

4Chateaubriand (1768–1848), 1948, p. 173 (« Ce catalogue était sous presse lorsque M. le comte de Chateaubriand a bien voulu nous confier le portrait de Chateaubriand par Paulin Guérin. »).

5Le Savoureux, 1930, pl. XV (Guérin, Chateaubriand vers 1803).

6Bellenger, 2005, note 69.

7Livret du Salon de 1810, n° 373 (Girodet, Portrait d’homme méditant sur les ruines de Rome).

8Journal de l’Empire, 19 novembre 1810. Le 5 novembre, Napoléon était à Fontainebleau ; il ne sera de retour à Paris que le 16. (Journal de l’Empire)

9Lettre adressée par Chateaubriand à Napoléon le 29 mars 1809, exposée en 1948 (Chateaubriand (1768–1848), 1948, n° 336) et en 1969 (Chateaubriand, le voyageur et l’homme politique, 1969, n° 268).

10Mémoires d’outre-tombe ; Guégan, 1996.

11Jacques Ladreit de Lacharrière, Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, 1909, p. 48-49 & p. 338.

12Nous nous réservons de produire un article sur le Gustave Wasa d’Hersent, commandé par le duc d’Orléans en 1817 et exposé au Salon de 1819 (n° 592), tableau à propos duquel le peintre, en 1822, informera le propriétaire que « M. Albrier veut bien se charger d’en faire la copie, pour servir à en faire la gravure ».

13C’est du moins ce que P.-A. Coupin (1829, 2 tomes) écrit dans sa liste des principaux ouvrages de Girodet (t. I, p. lv-lxxxvi).

14Dans la lettre adressée par Chateaubriand à sa sœur, Mme de Marigny, le (mardi) 19 janvier 1813 — lettre recueillie dans la Correspondance (t. II, 1979, p. 189 & p. 361) —, on lit en effet :
« J’avais vu Girodet, juste deux heures avant d’avoir reçu ton billet, et je lui avais porté les 1.500 francs. J’aurai le portrait lundi. Ainsi réponds à G[irodet] ce que tu voudras. »
Cette déclaration de Chateaubriand a été relevée pour la première fois par Dubé en 1984 (p. 89).

15Livret du Salon de 1814, n° 442 (Girodet-Trioson, Portrait de M. de Châteaubriand, au milieu des ruines de Rome).

16Journal des débats, 22 avril 1817 ; le Moniteur, 27 avril 1817.

17Bibliographie de la France, 14 juin 1817, section Gravures, n° 430.

18Bibliographie de la France, 2 août 1823, section Gravures, n° 511 ; Journal des débats, 6 août 1823.

19Lettres de Chateaubriand du 13 mai 1828 et du 22 mars 1831, mises en vente à Paris le 14 avril 2000 (Th. Bodin, exp. ; n° 48) ; Bertin, 2006.

20Catalogue des tableaux et objets d’art exposés dans le Musée Colbert pendant le mois de Novembre 1829, 1829, n° 199 (David, Buste en marbre de M. le vicomte de Chateaubriand).

21Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, fichier Charavay, vol. 56, David d’Angers, n o 381¬1.

22Bibliographie de la France, 10 décembre 1831, section Estampes [sic], n° 948 (49 e liv. de l’ouvrage) ; Bibliographie de la France, 23 juin 1832, section Estampes, n° 413 (50 e et dernière liv.).
L’exemplaire de l’Iconographie que nous avons consulté est celui de la Bibliothèque de l’Institut.

23Petout, 1992, p. 89-90.

24Desmazières de Séchelles, 1862.

25Sonia de La Tour Du Pin Verclause, « Les dernières volontés de Céleste vicomtesse de Chateaubriand (document inédit) » (Bulletin de la Société Chateaubriand, année 1991, 1992, p. 25-29).

26Le Comte d’Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres (1822), d’après ses dépêches inédites, 1912, p. 422-425.

27Edmond Biré, Les dernières années de Chateaubriand (1830–1848), 1902, p. 394-395.

28Bernard Lebeau, Généalogie de la famille de Chateaubriand. Deuxième édition, revue, augmentée et corrigée, (Octobre) 1998 (79 p.).

29Madame Récamier, qui devait mourir l’année suivante, ne voyait plus ; son entourage immédiat était alors composé de Jean-Jacques Ampère (1800–1864) et des époux Lenormant, Amélie (1803–1893), sa nièce et fille adoptive, et Charles (1802–1859).

30C’est ce qui ressort de la lettre adressée par Mme Lenormant à Mme de Boigne le 6 août 1848 — lettre publiée par Nicoullaud en 1907–08 (t. IV, p. 487-489) — :
« […] Le portrait de Girodet est légué à St-Malo, ma tante le savait, elle a prévenu toute demande et fait écrire au maire qu’elle était chargée du soin de remettre ce legs à la ville natale de M. de Ch[ateaubriand]. Elle vient d’en faire faire une copie qu’elle garde, mais hélas, qu’elle ne verra pas. Le buste en marbre de David est légué au château de Combourg. Ma tante attend que M. L[ouis] de Chateaubriand le fasse réclamer. Dieu sait avec quelle mauvaise grâce cela sera fait. Tout porte la trace des volontés de Mme de Chateaubriand. Elle a abusé de l’affaiblissement de son mari pour lui faire signer avant sa mort à elle toutes sortes de dispositions qui n’auraient pas été sa volonté à lui ; et comme sa mémoire était tout à fait éteinte, il n’en avait nulle conscience. C’est grand pitié ! […] ».

31C’est ce qui ressort de la lettre adressée par Ampère au maire de Saint-Malo le 30 juillet 1848 — lettre publiée par Bellenger en 2005 — :
« M. Marion, représentant du peuple, s’est présenté chez Mme Récamier pour réclamer, au nom de la ville de Saint-Malo, le portrait de M. de Chateaubriand peint par Girodet, [portrait] auquel vous destinez une place d’honneur dans votre musée historique. Le portrait de M. de Chateaubriand a été en effet déposé par lui chez Mme Récamier il y a environ un an. Cette dame, connaissant les intentions de M. de Chateaubriand pour la ville et le musée de Saint-Malo, s’empressera de livrer le tableau dès qu’on aura achevé à en prendre une copie. »

32Entretiens avec la famille.

33C’est très certainement à l’occasion des funérailles de Chateaubriand à Saint-Malo, le 19 juillet, que le maire de la ville, Louis-François Hovius, rappela, dans un aparté soigneusement préparé, les termes de la lettre que le défunt lui avait adressée le 14 décembre 1839.

34Le 6 août [cf. notre note 30], la revendication de Frédéric de Chateaubriand n’était toujours pas connue de Mme Lenormant.

35Cette copie est naturellement celle dont Ampère parle le 30 juillet [cf. notre note 31].

36Aussi étrange que cela puisse paraître, nos recherches pour déterminer la date à laquelle la ville de Saint-Malo prit possession de cette copie n’ont pas abouti. Cette date est toutefois postérieure au 30 novembre 1848 ; en effet, le lendemain, Hovius écrivit à Durand-Ruel la lettre suivante — lettre publiée par Bellenger en 2005 — :
« M. Marion, représentant du peuple pour le département d’Ille-et-Vilaine, m’a informé par sa lettre du 16 novembre que la veille, 15 [novembre], grâce à vos bons soins, le portrait de M. de Chateaubriand était parti de Paris pour Saint-Malo par le roulage accéléré. Nous voici au 1er décembre et nous n’avons nullement entendu parler de ce portrait. Veuillez donc, je vous prie Monsieur, dès la réception de la présente, vous assurer si réellement la caisse a quitté Paris le 15 novembre [et], dans le cas de l’affirmative, vous enquérir des motifs du retard que nous éprouvons. Je vous serai très reconnaissant de vos démarches. »

37Journal de l’Empire, 9 janvier 1811. Ce jugement de Boutard a été relevé pour la première fois par Guégan en 1996 (p. 57).

38Ce rapport du C2RMF, qui porte le numéro 60968, est daté du 26 septembre 2005.
Nous remercions M. Philippe Petout, commanditaire de cette étude en laboratoire, de nous en avoir immédiatement communiqué une copie.

39Cette intimité, très peu connue, est attestée par quatre lettres de Schnetz, trois en mains privées, la quatrième à la fondation Custodia (inv. 1973-A.1160).
Nous nous réservons de produire un article sur Schnetz et les Lenormant, en utilisant également les importants travaux de Robert Baschet.

40Buron, 1985, p. 247 ; entretiens avec la famille.

41Lamy, 2000.

42Portraits du siècle (1783–1883), 1883, Supplément, n° 340 (Laval [sic], élève de Girodet, Chateaubriand, étude pour le sacre de Charles X. 59 x 49. Collection de M. Rothan). À ce collectionneur Rothan, membre du Comité de patronage de l’exposition, appartenaient également un portrait dû à Mlle Bouiliar (n° 14), un portrait dû à Charlet (n° 19), un portrait dû à Danloux (n° 35), etc..

43Entretiens avec la famille.




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