À l’Opéra : cloisons déposées, ou détruites ?


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1. Les loges de l’Opéra Garnier, état actuel.
L’enlèvement des cloisons ne se contente pas
de rompre le rythme de l’architecture, elle rend
la lumière particulièrement crue et gênante
Photo : Didier Rykner

9/12/15 - Patrimoine - Opéra de Paris - On sait déjà que la suppression des cloisons des loges centrales des premier et deuxième niveaux a été réalisée sans autorisation. Le résultat, comme le prouvent les photos publiées par la presse et celles que nous avons pu prendre nous-même, est désastreux, tant par la rupture du rythme général voulu par Charles Garnier que par la laideur du « prototype » installé (ill. 1 à 3). La transformation a un autre effet : l’éclairage des loges, qui était en partie caché et tamisé par les cloisons, est maintenant beaucoup trop puissant et cru, et dénature encore davantage l’harmonie de l’architecture (ill. 1).

La dépose de toutes ces cloisons, alors que seule l’installation d’un prototype était prévue, rendait ces travaux incompréhensibles. Mais il y a peut-être beaucoup plus grave. Car ceux-ci devaient être réversibles, au cas où le prototype ne donnerait pas satisfaction. D’ailleurs, le tribunal administratif a bien précisé dans son ordonnance du 2 décembre 2015 qu’«  il a été procédé non à la suppression mais à la dépose des douze cloisons des loges centrales ». Cette considération « ressort[ait] des pièces du dossier et des débats à l’audience », et c’est pour cette raison que nous écrivions à propos des cloisons : « au moins n’ont-elles pas été détruites ». D’ailleurs, Sylvain Fort, directeur de la publication de Forum Opéra, qui a assisté à l’audience, nous a confirmé que les avocats de l‘Opéra de Paris avaient répondu à trois reprises à la présidente du tribunal que les cloisons avaient bien été conservées.


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2. Un des rails « prototype » fixé au plafond avec une
grande délicatesse...
Photo : Didier Rykner

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3. Le « prototype », avec son rail, et la cloison
moderne repliée au fond de la loge
Photo : Didier Rykner

Sauf que, depuis, plusieurs sources nous ont indiqué qu’en réalité les trois-quarts de ces cloisons avaient, purement et simplement, été jetées à la benne au mois d’août dernier. Si ce fait était avéré, on serait au delà de simples travaux non autorisés sur un monument classé1. Ce serait, bel et bien - car les cloisons sont partie intégrante de l’édifice - une dégradation ou détérioration d’un immeuble classé au titre des monuments historiques. Et un tel acte constituerait un délit sanctionné par l’article 322-3-1 du code pénal, qui prévoit une peine « de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende ». Sans compter que l’Opéra aurait menti au tribunal administratif.

Comme nous ne pouvons croire que ces cloisons aient été tout simplement jetées (et certaines cassées à la masse), et qu’il n’est pas envisageable que l’Opéra ait menti devant le tribunal, nous lui avons tout simplement demandé de les voir, ce qui dissiperait immédiatement tous les doutes. L’Opéra nous a répondu que ce n’était pas possible ! Car, selon lui, « les cloisons sont en restauration et elles seront remises en place le 15 février ». Alors que nous insistions : « donc vous démentez que ces cloisons auraient pour une grande partie été détruites ? », on nous a fait la réponse suivante « Nous ne démentons pas, tout ce que nous pouvons dire c’est que nous sommes en train de les restaurer ». Qui va croire qu’il serait impossible de nous montrer ces cloisons « en restauration ». Comment, d’ailleurs, pourraient-elles être « en restauration » puisque la raison d’être des travaux était de les remplacer définitivement par des cloisons amovibles avec un système de rail ? Très franchement, tout cela est très étrange, pour ne pas dire suspect.

Nous avons souhaité savoir si la DRAC avait vérifié elle-même que les cloisons étaient effectivement conservées et stockées. Celle-ci ne nous a pas répondu, malgré notre insistance. Affaire à suivre...


Didier Rykner, mercredi 9 décembre 2015


Notes

1Interrogés par la présidente du tribunal, les avocats de l’Opéra n’ont pas contesté que l’édifice était entièrement classé.





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