À Dresde, don d’une esquisse préparatoire d’un tableau disparu de Trevisani


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Francesco Trevisani (1656-1746)
Le Massacre des Innocents, vers 1714
Huile sur toile - 74,9 x 135,9 cm
Dresde, Gemäldegalerie Alte Meister
Photo : Gemäldegalerie Alte Meister

22/11/16 - Acquisition - Dresde, Gemäldegalerie Alte Meister - Disparu dans l’incendie du musée de Dresde durant la Seconde Guerre mondiale, le tableau monumental de Francesco Trevisani représentant le Massacre des Innocents n’est connu que par des photographies en noir et blanc.
Il existe cependant une esquisse préparatoire qui donne une idée non seulement de la composition générale, mais aussi des couleurs de la peinture ; ce modello de grandes dimensions, sans doute destiné à être présenté au commanditaire, a été récemment donné à la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde par un groupe de propriétaires privés new yorkais1, par l’intermédiaire de l’association des amis de Dresde à New York. Une manière de remplacer l’œuvre perdue.

Le Massacre des Innocents fut commandé à Trevisani vers 1714 par le cardinal Pietro Ottoboni. La toile faisait partie d’un cycle de huit peintures sur le thème de l’enfance du Christ confié à différents artistes. Trois de ces tableaux sont justement conservés à la Gemäldegalerie Alte Meister : Les Trois Mages devant Hérode de Sebastiano Conca, l’Adoration des Mages de Giuseppe Bartolomeo Chiari, et enfin le Repos pendant la fuite en Egypte également réalisé par Francesco Trevisani. Ces trois peintures, ainsi que Le Massacre des Innocents, avaient été achetées en 1743 par Auguste III électeur de Saxe et roi de Pologne pour sa collection de peintures à Dresde. Une quatrième toile, de Sebastiano Conca, illustre l’Adoration des bergers ; elle se trouve au J. Paul Getty Museum.
Le cycle a été étudié par Andreas Henning2 conservateur des peintures italiennes à la Gemäldegalerie Alte Meister. L’inventaire après décès du cardinal effectué en 1743 permet d’en savoir plus sur les trois tableaux de cet ensemble qui sont aujourd’hui manquants : l’un, par Trevisani, représentait l’Annonciation, l’autre la Présentation au temple par Francesco Fernando Imperiali et enfin Jésus parmi les docteurs encore une fois par Trevisani.

Le massacre des innocents est un prétexte à peindre une foule agitée, composée de soldats et de mères. Le peintre baroque arrive à clarifier la composition grâce aux drapés de différentes couleurs réparties soigneusement, le bleu notamment, ponctue la scène. Les corps se déploient autour d’un personnage central qui se tient debout, brandit un nouveau-né de sa main gauche, serre un poignard dans la droite que retient tant bien que mal une femme à ses pieds. L’éloquence théâtrale des gestes et des visages décline les différentes passions - la rage, la cruauté, l’effroi, la douleur, le désespoir... - accentuées par le contraste d’ombre et de lumière. L’architecture au second plan donne une stabilité à ce tumulte et renforce l’impression de scène de théâtre.
Outre ce modello qui met en place toute la composition, on connaît d’autres esquisses préparatoires pour le tableau, The Fitzwilliam Museum notamment conserve une belle étude pour le personnage central.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 23 novembre 2016


Notes

1Karen S. W. Friedman, Edward A. Friedman, Kristin Friedman, Gary D. Friedman, Theodore N. Mirvis, Ruth Mirvis, Darcy Bradbury, Eric Seiler .

2Andreas Henning,« Rekonstruktion des Gemäldezyklus’ zur Kindheit Jesu in der Galerie von Kardinal Ottoboni », Gerettet. Die Restaurierung der großen Formate nach der Flut 2002, Katalog zur Kabinettausstellung in der Gemäldegalerie Alte Meister, Dresden vom 17. November 2007 bis 24. Februar 2008.





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