Sophie Rude peintre et femme de sculpteur, une vie d'artiste au XIXe siècle (Dijon - Bruxelles - Paris)
Auteur : Monique Geiger.
Edité par la Société des Amis des Musées de Dijon et écrit par Monique Geiger, ancien conservateur au musée des Beaux-Arts, voici un livre utile, indispensable même pour tout amateur de peinture du XIXe siècle. Davantage une biographie qu'une analyse de l'œuvre, cet ouvrage fait revivre de manière très vivante, grâce à la nombreuse correspondance conservée, la carrière de ce peintre, née Sophie Frémiet, qui épousa François Rude. Il se révèle également utile pour les spécialistes du sculpteur, présent à chaque instant dans la vie de Sophie dès son enfance car Rude était un ami de son père et nettement plus âgé qu'elle. Elle laissa plusieurs portraits de son époux, inoubliable avec sa longue barbe de patriarche (ill. 1 ; cat. 97).

1. Sophie Rude
Portrait de François Rude, 1842
Huile sur toile - 100 x 81 cm
Dijon, musée des Beaux-Arts |
Elève d'Anatole Devosge à Dijon, elle resta toujours attachée à sa ville natale, même si les événements politiques forcèrent sa famille à l'exil et si la carrière de son mari l'amena à habiter Paris lors de leur retour en France. Le retour des Bourbons qui força son père, bonapartiste, à partir pour Bruxelles fut une chance pour la carrière de la jeune femme : elle put ainsi entrer dans l'atelier de David qui manifesta un grand intérêt pour son élève. Peignant dans la manière du maître, elle exécuta également des copies d'après ses compositions. Elle est l'auteur du Portrait de Wolf dit Bernard qui passa longtemps pour être de David, avant de lui être rendu lors de l'exposition Autour du néoclassicisme en Belgique en 1985. Car si l'artiste doit être, assurément, classée dans l'école française, elle fut fortement marquée par les années qu'elle passa à Bruxelles jusqu'en 1827, date de son retour en France et de l'installation à Paris.

2. Sophie Rude
La Sainte Lecture, 1819
Huile sur toile - 68 x 85 cm
Localisation actuelle inconnue |
Un tableau comme La Sainte Lecture (ill. 2 ; cat. 17) doit autant au David des dernières années qu'à l'interprétation de sa manière par Navez : figures vues en gros plan, juxtaposées sans un sens bien maîtrisé de l'espace, ce tableau est très proche de ce dernier peintre comme le souligne Monique Geiger.

3. Sophie Rude
Portrait de jeune femme, 1849
Huile sur toile - 82 x 65 cm
Dijon, musée des Beaux-Arts |
Elle ne fut cependant pas qu'une émule de David ou de Navez. Elle s'éloigna très rapidement de la manière de ce dernier, et La Sainte Lecture est presque un unicum dans son œuvre1. Si elle produisit essentiellement des portraits, elle fut également l'auteur de peintures d'Histoire proches d'Eugène Devéria ou de Tony Johannot. Bien que ses tableaux soient de qualité inégale, certains sont de très belles réussites, comme le mélancolique Portrait de jeune femme (ill. 3 ; cat. 118) ou le tendre Portrait d'Amédé Rude (ill. 4 ; cat. 74), le fils unique du couple qui mourut à l'âge de 8 ans, plongeant son père dans une profonde dépression. Ces deux tableaux sont conservés au musée des Beaux-Arts de Dijon dont il faut regretter qu'il ne présente actuellement - faute de place - qu'une seule toile de Sophie Rude, La Duchesse de Bourgogne arrêtée aux portes de Bruges (ill. 5 ; cat. 95), sur la vingtaine qu'il conserve.

4. Sophie Rude
Portrait d'Amédé Rude
Huile sur toile - 46 x 38 cm
Dijon, musée des Beaux-Arts |
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5. Sophie Rude
La duchesse de Bourgogne
arrêtée aux portes de Bruges
Huile sur toile - 183 x 150 cm
Dijon, musée des Beaux-Arts |
Bien que ce dernier tableau soit reproduit à l'envers (nous l'illustrons ci-dessous dans le bon sens), l'ouvrage est bien édité, les notes de bas de page évitant d'aller continuellement les lire à la fin, et les images « collant » au texte permettent une lecture agréable. Seul regret, l'absence d'index. Cette publication prouve que les sociétés d'amis de musée peuvent aussi publier des livres qui trouveraient difficilement sans leur aide un éditeur. Il s'agit d'une tâche tout aussi noble et profitable que l'acquisition d'œuvres.
Didier Rykner
(mis en ligne le 3 février 2005)
1. Le seul tableau connu construit selon les mêmes principes est une Présentation de l'Enfant Jésus au Temple, de localisation inconnue (cat. 68).
Monique Geiger, Sophie Rude, peintre et femme de sculpteur, une vie d'artiste au XIXe siècle (Dijon - Bruxelles - Paris), Société des amis des Musées de Dijon, 2004, 45 €. ISBN. 2-9523255-0-2.
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