Le peintre symboliste Alphonse Osbert (1857-1939)
Auteur : Véronique Dumas.

Depuis une dizaine d’années, une nouvelle génération de chercheurs s’attache à l’étude du mouvement symboliste, sans complexes et loin des a priori théoriques liés aux diktats d’une histoire de l’art longtemps bridée par des schémas idéologiques. Après les redécouvertes souvent générales ou incomplètes des années 1970-1980, ce sont des approches plus poussées qui ont vu le jour, privilégiant à la fois quête documentaire essentielle, étude de la singularité des artistes et remise en perspective de l’art symboliste dans une vision plus large de l’histoire de l’art des XIXe et XXe siècles. La présente monographie, consacrée à l’une des figures principales du symbolisme français, vient combler avec bonheur une lacune évidente de l’historiographie.
Extrait d’une thèse de doctorat monumentale soutenue en 2000 à l’Université de Clermont-Ferrand II (qui comprenait le catalogue raisonné de l’artiste : 2350 numéros !), le livre publié par Véronique Dumas révèle un Osbert nouveau. L’auteur fait certes le point sur la vie de l’artiste, son imbrication dans le contexte fin-de-siècle, sa participation aux Salons de la Rose+Croix et plus généralement ses liens avec la critique, la littérature et le mouvement social ; au-delà de cette somme impressionnante qui a nécessité de nombreuses années de recherches, Véronique Dumas fait cependant apparaître la logique intrinsèque d’une œuvre dont les travaux de ses prédécesseurs (jusqu’à un mémoire de maîtrise assez calamiteux soutenu en 1982) ne parvenaient pas à la dépouiller des clichés « symbolards » dont une fortune critique superficielle et redondante l’avait affublée depuis si longtemps. Iconographie « littéraire » et inlassablement répétitive, enfermement dans un idéalisme désespéré et amour du « bleu » jusqu’à la nausée : cette image réductrice de l’artiste avait la vie dure, que n’améliorait pas la fréquentation du Sâr Péladan, animateur pourtant génial de son temps, si souvent caricaturé lui-même. L’étude pénétrante que livre l’auteur remet ici les pendules à l’heure et restitue la réalité d’une œuvre exigeante et obstinée. Ainsi que le rappelle Jean-Paul Bouillon dans sa préface éclairante, tout ce que l’on a pu reprocher avec désinvolture à Osbert n’est finalement pas loin d’être ce qui justement pourrait faire sa gloire et nous convaincre de le redécouvrir : indépendance et refus de suivre le cours évolutif de l’art de ses contemporains au profit d’une fidélité sans faille à sa vision ; monochromie préfiguratrice de bien des « modernes », planéité, pratique des lignes essentielles et de la géométrie ; traitement simplifié de la figure humaine jusqu’à une sorte de métaphysique proprement picturale : le gentil peintre des brumes bleues et décadentes apparaît bien enfin sous son véritable jour, celui d’une personnalité artistique forte et originale.
En rassemblant des sources pour la plupart inédites, en exploitant pour la première fois le fonds d’atelier et la correspondance d’Osbert (1200 lettres dépouillées) légués au Musée d’Orsay par la fille de l’artiste, Véronique Dumas ne se contente pas d’une mise au point monographique certes nécessaire ; elle permet de revisiter l’œuvre considérable de l’artiste mais aussi, par exemple, de resituer sa peinture monumentale improprement confondue parfois avec une esthétique « 1900 » (ce n’est pas un hasard qu’Osbert, bien qu’ayant bénéficié de plusieurs commandes publiques, n’ait reçu la Légion d’honneur que fort tardivement, en 1934 : son œuvre murale n’a en effet rien d’académique et n’emportait pas systématiquement l’adhésion des instances officielles). Tout au long de cette étude, c’est bien un artiste attachant et singulier qui se trouve révélé, dont la vision obsédante confirme la totale originalité. Une édition convenablement établie par le CNRS permet une lecture agréable de ce texte bien illustré qui remet à sa place Alphonse Osbert, cet artiste dont il est à souhaiter, ainsi que l’affirme Jean-Paul Bouillon, que « le bleu » rejoigne « la célébrité du « bleu Klein », dont il n’est pas indigne (..) »
Jean-David Jumeau-Lafond
(mis en ligne le 17 mai 2005)
Véronique Dumas , Le Peintre symboliste Alphonse Osbert (1857-1939), Paris, Editions du CNRS, 2005, 240 pages, 32 illustrations en noir et en couleurs, 30 euros, ISBN : 2-271-06297-7.

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