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Dessins toscans, XVIe-XVIIe siècles, tome II, 1620-1800

Auteur : Catherine Monbeig Goguel

   En 1972, Catherine Monbeig Goguel rédigeait Vasari et son temps1, première pierre d’un projet de publication complète des dessins italiens conservés au Musée du Louvre, et plus particulièrement du fonds florentin, le plus remarquable après celui des Offices en qualité comme en quantité. Deux ans après, Françoise Viatte étudiait les feuilles de Stefano della Bella2, puis les dessins toscans du Louvre exécutés entre 1560 et 16403, entre maniérisme et Contre-Réforme. Ces limites chronologiques ne sont évidemment pas restrictives, l'ensemble d'aucun artiste n'a été scindé entre les deux catalogues, et une cohérence a été donnée à chaque volume. Une exposition en 1981 avait montré certaines des plus belles pièces de cette période4.

Giovanni Bilivert - Echo épiant Narcisse - Paris, Musée du Louvre
1. Giovanni Bilivert
Echo épiant Narcisse
Sanguine - 27,8 x 19,7 cm
Paris, Musée du Louvre
© RMN/Thierry Le Mage

   Ce nouveau tome est consacré aux XVIIe et XVIIIe siècles. La majorité des œuvres relevent du Seicento florentin, mais d’autres centres comme Pise et Sienne sont évoqués, et quelques dessins sont de style néoclassique. Reprenant exactement la présentation soignée des précédents opus et leurs couverture toilée bleue, il est très lisible et bénéficie d’assez grandes photos. 750 dessins y sont répertoriés, dus à près de cent artistes différents, rangés dans l'ordre alphabétique, certains étant représentés par d’importantes séries (Giovanni Bilivert - ill. 1, Matteo Rosselli, Cecco Bravo, Carlo Dolci, Il Volterrano), d’autres par une seule œuvre5. Ce fonds est constitué par plusieurs ensembles provenant de collectionneurs, dont certains contemporains des artistes, (albums Baldinucci, l’historiographe de cette école, acquis en 1806 par Vivant-Denon ; Gaburri -via Saint Morys -, Mariette ; Lambert Krahe ; album d’Oultremont entré en 1985). Ces amateurs ont choisi des feuilles complètes, des études de compositions et des académies, avec une grande variété de techniques. Il y a peu de croquis secondaires. S’y ajoutent quelques acquisitions très récentes (Vicenzo Dandini, achat de 1990 ; Pietro Benvenuti, étude pour le Serment des Saxons à Napoléon, en 1991 ; Giovanni Maria Morandi et Raffaello Schiaminossi issus de la collection acquise grâce au mécénat du groupe Carrefour en 2004).

Baldassare Franceschini, dit Il Volterrano - Jésus servi par les anges  - Paris, Musée du Louvre
2. Baldassare Franceschini, dit Il Volterrano
Jésus servi par les anges
Sanguine, rehauts de blanc - 34,2 x 48,4 cm
Paris, Musée du Louvre
© RMN/Thierry Le Mage

Pour le profane, l’école florentine du Seicento est un peu hermétique avec sa multitude d'artistes qui paraissent difficiles à distinguer entre eux6 et qui manient volontiers l'allégorie ou les sujets aristocratiques, des fables tirées des romans de l'Arioste et du Tasse. Ils font souvent référence au XVIe siècle, avec des effets de flou (sfumato), une recherche de perfection qui n'exclue ni les effets théâtraux, ni un sens de l'humour burlesque. A la génération influencée par Corrège et Barocci, succède celle naturaliste qui a vu les exemples caravagesques (Jacopo Vignali). Assez vite, certains peintres adoptent le style baroque et plafonnant introduit à Florence par le décor de Pierre de Cortone au Palais Pitti (Il Volterrano - ill. 2, Antonio Domenico Gabbiani, Livio Mehus), renouvelé par les fresques de Luca Giordano vers 1680 (Alessandro Gherardini). Héritier d'une ville où le beau dessin avait été porté à des sommets par la Renaissance, le « primato del disegno », les artistes y étudient le modèle vivant, les affects, sont attachés à un choix de papier de couleur et à des techniques raffinées. Ils aiment notamment la sanguine orangée ou le lavis rouge (Pietà de Matteo Rosselli) alors que l'usage de la plume renvoie plutôt à la connaissance des gravures nordiques, notamment dans le domaine du paysage (Remigio Cantagallina, Ercole Bazzicaluva). Plusieurs usent parfois du pastel (Cristofano Allori, Giovanni Battista Vanni, Pier Dandini), Sebastiano Mazzoni inventant une manière très personnelle et dynamique d’utiliser ce medium (exceptionnelle série au Louvre). A l'inverse, Carlo Dolci (ill. 3) prépare ses tableaux porcelainés par des études précises. Le catalogue ne comprend qu'une seule huile sur papier.

Carlo Dolci - Tête d'enfant dormant et détail de chevelure bouclée - Paris, Musée du Louvre
3. Carlo Dolci
Tête d'enfant dormant et
détail de chevelure bouclée
Sanguine - 24,7 x 20,3 cm
Paris, Musée du Louvre
© RMN/Michèle Bellot

   La bibliographie concernant l’école florentine baroque est pléthorique. Depuis l’exposition de synthèse au Palais Strozzi de 1986-19877, des monographies concernant les personnalités importantes de cette école sont parues, ainsi que de nombreux catalogues de musées et de collections privées. Chaque chef d'atelier, comme Matteo Rosselli (ill. 4) ou Domenico Passignano, possède de nombreux élèves aujourd'hui bien individualisés en théorie (par exemple la différenciation Francesco Furini / Simone Pignoni / Felice Fischerelli) mais l'application de cette théorie, c'est-à-dire l'attribution, réserve bien des tourments. Plusieurs revues italiennes, peu diffusées en France, contiennent des articles sur ces peintres. Sans compter qu’une profusion d’œuvres circule sur le marché de l’art, que désattributions et ré-attributions des peintures comme des dessins s’enchaînent à un rythme rapide. Il faut savoir garder les idées claires dans les recherches sur ce sujet complexe, en constante évolution, à la fois très exploré mais où subsistent des incertitudes et des lacunes. Catherine Monbeig Goguel relève ce défi dans ce catalogue exemplaire, grâce à son incroyable talent de pédagogue et son écriture concise. Dans ses notices, elle explique par quelques mots choisis, ce que le dessin a de spécifiquement florentin et en quoi il est caractéristique du style personnel de son auteur. Dans certains cas, elle ne cache pas les propositions divergentes des différents experts consultés cependant sa démonstration reste toujours limpide. De nombreux dessins sont inédits, certains ont été retrouvés sous des attributions erronées (sous le nom des maîtres du XVIe siècle comme Andrea del Sarto par exemple8) et ont été parfois identifiés dans des cartons plus inattendus, de l’école espagnole ou nordique. Quatorze ébauches de Lorenzo Lippi, dont les dessins sont rares, ont été trouvées parmi les anonymes ou sous un autre nom.

Matteo Rosselli - Jeune homme de profil à gauche et cinq études de tête d'homme - Paris, Musée du Louvre
4. Matteo Rosselli
Jeune homme de profil à gauche et
cinq études de tête d'homme
Sanguine et pierre noire -
42,3 x 27,8 cm
Paris, Musée du Louvre
© RMN

   Trois appendices terminent cet ouvrage : un complément au tome précédent (1560-1640) de 40 dessins découverts ou acquis depuis sa parution, les photographies des tableaux dont les dessins préparatoires sont conservés au Louvre, et une étude scientifique sur les papiers et les filigranes (chimique, relevés bêtaradiographique, préparation, sens de trame, gramage), due à Ariane de la Chapelle. Cela permet, dans certains cas, de montrer comment des dessins séparés dans le fonds appartiennent en fait à la même série ou de préciser des historiques... Lors de cette parution, une soixantaine des meilleures feuilles a été exposée dans les salles Mollien 9 et 10 de l’aile Denon, au premier étage, du 12 mai au 15 août 2005, sous le titre Le dessin florentin au temps des derniers Médicis 1620-1720.

Jérôme Montcouquiol
(mis en ligne le 21 août 2005)

1. Catherine Monbeig-Goguel, Vasari et son temps : maîtres toscans nés après 1500, morts après 1600, Inventaire général des dessins italiens I, Musée du Louvre, Cabinet des dessins, Paris, Edition des Musées nationaux, 1972
2. Dessins de Stefano Della Bella 1610-1664, Inventaire général des dessins italiens II, par Françoise Viatte, Paris, 1974
3. Françoise Viatte, Dessins toscans : XVIe-XVIIIe siècles tome I,1560-1640, Inventaire général des dessins italiens III, Musée du Louvre, Paris, 1988.
4. Dessins baroques florentins du Musée du Louvre, Musée du Louvre, octobre 1981- janvier 1982, catalogue établi par Françoise Viatte et Catherine Monbeig Goguel.
5. Il est en fait encore plus abondant que ces recensions le laisse croire, car le Louvre possède de très nombreux dessins réalisés à Florence et à Sienne par des artistes étrangers, installés ou de passage dans ces villes, de Zuccaro et Jacques Callot à Achille-Etna Michallon et François-Xavier Fabre (Pierre de Cortone, né et actif en Toscane, est considéré comme romain). Peu d’artistes renommés de cette école sont absents : Cosimo Gamberucci ou Giandomenico Ferretti.
6. Il s'agit de ne pas confondre les deux Allori, les trois Dandini, Giovanni Battista Vanni et Raffaello Vanni avec leurs homonymes du siècle précédent, Valerio Spada avec le peintre bolonais du même nom. Contrairement au tome I, les artistes ne bénéficient pas d’une biographie.
7. Il Seicento fiorentino : arte a Firenze da Ferdinando I a Cosimo III, Florence, Palazzo Strozzi, décembre 1986-Mai 1987, Cantini,1986, 3 volumes.
8. Les études de détails anatomiques de Francesco Curradi par exemple
.

Catherine Monbeig Goguel, Dessins toscans XVIe-XVIIIe siècles tome II 1620-1800, Inventaire des dessins italiens VIII, préface de Henri Loyrette, avant -propos de Carel van Tuyll Serooskerken, 512 pages, Musée du Louvre éditions - 5 continents, 2005, prix : 70 €, ISBN : 88-7439-235-4.


Ce catalogue de fonds, vite épuisé, a été réédité.

Ludovico, Agostino, Annibale Carracci

Auteur : Catherine Loisel

   Dans la même série d'inventaires, Catherine Loisel a donné, à la fin 2004, le catalogue des dessins des Carrache conservés au Louvre, l’un des plus importants ensembles d’œuvres de ces artistes. Un recensement organisé de façon complètement différente de celui de sa collègue. Catherine Loisel a dû inventer une structure capable de répondre à la complexité de ce fonds. Elle a rédigé, non pas une introduction, mais un très long texte remarquable à tout point de vue et qui fait le point en français sur les avancées de la critique, parues ces dernières années, concernant ces trois artistes. Cette synthèse renouvelle de façon passionnante les sempiternelles idées reçues sur leur réforme de la peinture et la replace dans le contexte de l'époque. Chacun des trois artistes posent des problèmes individuels différents. Annibal a un style précis et reconnaissable, la difficulté consistant à le différencier de ses suiveurs, qui ne sont pas forcément bolonais et peuvent même être non italiens. Ludovic, au contraire, change de style et de technique continuellement, il est versatile et imprévisible tout au long de sa carrière ce qui le rend difficileà reconnaître, même si on rattache sans problème ses dessins à l’école bolonaise. Agostino enfin doit être différencié des deux autres.

   Des propositions d'attributions et de chronologie récentes nécessitent cependant pour le lecteur quelques connaissances sur le sujet et obligent à avoir sous la main les catalogues des peintures des trois Carrache, car n'y sont reproduits que des dessins. Concernant l’étude des dessins du Louvre proprement dite, Catherine Loisel fait une distinction nette, pour chacun des trois créateurs, entre les feuilles certaines, attribuées depuis longtemps ou en rapport avec un tableau connu, les copies anciennes et étudie séparément le problème des paysages. Les avis des différents experts, recueillis depuis plus de cinquante ans divergent fréquemment sur la paternité d'une œuvre, obligeant l'auteur soit à trancher, soit à expliquer les raisons de l'impasse.
   L’ouvrage est complété par le même type d'étude scientifique que pour le précédent catalogue par Ariane de la Chapelle.

J.M.

Catherine Loisel, Ludovico, Agostino, Annibale Carracci, Inventaire général des dessins italiens VII, avant-propos de Henri Loyrette, préface de Françoise Viatte, 430 pages, Paris, RMN 2004, prix 99 €, ISBN : 2-7118-4748-9


Disegno, Giudizio e Bella Maniera

   En mai dernier, les conservateurs, experts, confrères, amis ou élèves de Catherine Monbeig Goguel offraient des mélanges en son honneur. Pas de longs articles : l'ouvrage est présenté comme un catalogue d'une exposition virtuelle de près de 150 dessins (une façon originale qui correspond bien à la dédicataire dans la lignée de son « alphabet pour Roseline1 »). Écrite à chaque fois par un spécialiste reconnu du dessin maniériste ou baroque, la page de gauche contient une notice sur un dessin inédit ou une nouvelle proposition d'attribution, et la page de droite reproduit l'œuvre étudiée. Des nouvelles feuilles d'artistes florentins comme Léonard, Rosso, Pontormo ou Vasari, ou d'autres écoles (Carrache, Reni, Guerchin, Jacopo Bellini, Carpaccio) sont dévoilées. Dans certains cas, il s'agit du premier dessin répertorié d'un artiste connu jusqu'ici uniquement par ses peintures.

J.M.

1. Essai paru dans Hommage au dessin, mélanges offerts à Roseline Bacou, Rimini, 1996, pp. 99-138.

Collectif, Disegno, Giudizio e Bella Maniera, Studi sul disegno italiano in onore di Catherine Monbeig Goguel, Silvana Editoriale, 2005, 280 pages, prix 49 €, ISBN : 88-8215-908-6