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Vatican. La chapelle Sixtine. Le Quattrocento
Auteur : Arnold Nesselrath.

Deuxième volume de la collection « Vatican » publiée par les éditions FMR, La chapelle Sixtine s’annonce déjà comme un grand livre. Construite à la fin du XVe siècle à l’initiative du pape Sixte IV Della Rovere (1471-1484), la chapelle Sixtine occupe dans l’histoire du catholicisme romain une place particulière. Depuis le XVIIe siècle, lors de chaque conclave, elle accueille les cardinaux chargés d’élire le futur pape. Haut-lieu de la vie institutionnelle et spirituelle de l’Eglise, elle est aussi célèbre pour sa décoration. Les fresques de Michel-Ange sont bien connues, celles du plafond , commandées par le pape Jules II Della Rovere (1503-1513), et celle du mur au-dessus de l’autel réalisée pour Paul III Farnèse (1534-1549), près de vingt-trois ans plus tard. Mais les murs de la Sixtine : qui connaît leur histoire ? Les meilleurs artistes florentins et ombriens, Botticelli, Ghirlandaio, Cosimo Rosselli, Pérugin et leurs collaborateurs ont pourtant peint sur chacun d’eux, entre 1481 et 1482, l’un des plus extraordinaires cycles décoratifs du Quattrocento. C’est le sujet même de ce livre. Son auteur, Arnold Nesselrath, revient dans une introduction particulièrement érudite sur le déroulement du chantier et sur le rôle de chacun des peintres. On apprend notamment que l’intervention de Pinturicchio aux côtés de Pérugin n’est pas aussi évidente qu’on a pu l’affirmer parfois – Arnold Nesselrath émet d’ailleurs de sérieuses réserves sur cette collaboration – et que la datation des deux dernières fresques du mur Est réalisées par Hendrik Van den Broeck (La Résurrection du Christ) et Matteo da Leccio (La Dispute autour du corps de Moïse) doit être considérée avec la plus extrême prudence. Une fois ces observations scientifiques prises en compte, les fresques, photographiées après leur restauration qui s’est achevée pour les cérémonies du Jubilé de l’an 2000, sont présentées séparément. D’abord, le cycle de Moïse sur la paroi Sud puis la vie du Christ sur la paroi Nord. Mais revenons à l’histoire de ce chantier…
Histoire du chantier : nouvelles hypothèses

1. Sandro Botticelli et atelier
Le Châtiment de Coré, Datan et Abiram (détail)
Vatican, chapelle Sixtine
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Au cours de l’année 1477, le pape Sixte IV Della Rovere décide de faire construire une nouvelle chapelle dans le palais du Vatican. Jusqu’à ces dernières années, on pensait qu’il avait fait démolir l’ancienne chapelle médiévale pour édifier le nouveau bâtiment que nous connaissons aujourd’hui. Or, des recherches récentes ont montré qu’il fallait envisager l’histoire de la chapelle Sixtine sous un angle quelque peu différent : les murs de la chapelle médiévale n’ont pas été abattus, du moins pas dans toute leur hauteur. Les plafonds ont été rénovés et appuyés sur un système de voûtes renforçant la stabilité de l’ensemble. La chapelle s’est vue restructurée à partir de l’étage des fenêtres ou un peu en dessous – c’est à cette hauteur seulement que commence à proprement parler la maçonnerie de la Sixtine. Le nom de l’architecte Giovanni de’ Dolci, fait aujourd’hui l’unanimité parmi les spécialistes même si certains ont parfois soutenu celui de Baccio Pontelli car Vasari lui attribue le plan de la nouvelle chapelle palatiale. Mais des zones d’ombre subsistent : nous ignorons si de’ Dolci fut réellement le seul maître d’œuvre ou si son rôle s’est borné à celui d’un entrepreneur chargé de la bonne exécution du plan d’ensemble. Ce que l’on sait, en revanche, c’est qu’il a lui-même engagé les peintres par contrat au nom du pape, ce qui plaiderait en faveur de cette seconde hypothèse.
Deux documents seulement nous renseignent sur l’exécution des peintures qui décorent les parois de la Sixtine. Le premier est un contrat daté du 27 octobre 1481, signé entre, d’une part, Giovanni de’ Dolci et, d’autre part, Sandro Botticelli, Pérugin, Domenico Ghirlandaio et Cosimo Rosselli. Le second est une expertise du 17 janvier 1482, où il est question de la rémunération qu’ils ont reçue pour leur travail. Le contrat établit notamment que les peintres doivent achever dix fresques avant le 15 mars 1482 – ce qui leur laisse moins de cinq mois – avec l’aide de leurs ateliers respectifs. L’entreprise fut donc menée collectivement, sans que la délimitation des tâches soit très clairement définie. Pérugin, Botticelli, Ghirlandaio et Rosselli supervisent l’exécution des deux cycles consacrés à Moïse et au Christ. Mais ils laissent à leurs collaborateurs beaucoup de liberté. C’est ainsi que Ghirlandaio confia entièrement à Biagio d’Antonio, qui avait déjà travaillé à Florence avec lui et avec les trois autres peintres, Le Passage de la mer Rouge, en face de sa propre Vocation des apôtres. Six autres fresques ont été réalisées par la suite. Ce groupe commence avec Le Châtiment de Coré (ill. 1), Datan et Abiram sur un côté, et La Remise des clés à saint Pierre sur l’autre.

2. Luca Signorelli, Bartolomeo della Gatta,
anonyme ombrien et Sandro Botticelli
Les Derniers Actes de Moïse (détail)
Vatican, chapelle Sixtine
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Cette césure entre les dix premières fresques et les six autres coïncide avec un changement visible dans la technique employée par chaque artiste et dans la répartition des tâches. Dans cette seconde phase, tout est différent. On a l’impression le travail est encore plus rapide qu’avant. Les quatre signataires originaux du contrat du 27 octobre 1481 sont vraisemblablement restés les principaux responsables de la décoration de la Sixtine. Ils ont dû une fois encore engager d’autres peintres pour les assister. C’est à ce moment que Luca Signorelli se joint au groupe. Cosimo Rosselli partage à présent le travail avec Biagio d’Antonio qui avait exécuté seul, durant la première phase, une fresque entière. La fresque des Derniers Actes de Moïse (ill. 2) a été dans son ensemble confiée à d’autres artistes et exécutée en collaboration par Luca Signorelli et Bartolomeo della Gatta, auxquels s’est joint un troisième peintre, proche de Pérugin. Malheureusement, à propos de la dernière fresque du cycle de Moïse, La Dispute autour du corps de Moïse, on ne sait rien de plus que l’information donnée par Vasari, selon lequel elle aurait été exécutée par Luca Signorelli. En effet, dans la nuit de Noël 1522, tandis que le pape Adrien VI s’apprêtait à célébrer la messe, l’architrave de la porte s’écroula, entraînant la fresque qui s’effondra.
Toute tentative de retracer le déroulement des travaux qui donnèrent naissance aux cycles de Moïse et du Christ se heurte à deux questions qui restent en suspens. Pourquoi Sixte IV n’a-t-il pas passé commande des seize fresques en une fois, puisque, pour des raisons d’homogénéité, il ne peut guère avoir envisagé de changer son équipe de peintres en cours d’exécution ? Pourquoi la nouvelle chapelle palatine a été consacrée plus d’un an après la fin des travaux le 15 août 1483 ?
Le programme décoratif
3. Sandro Botticelli et atelier
La Tentation de Jésus (détail)
Vatican, chapelle Sixtine |
Le programme décoratif de la chapelle Sixtine vise à glorifier l’Eglise instituée par le Christ. Il comporte deux cycles parallèles : l’un sur la vie de Jésus et l’autre sur celle de Moïse considéré comme le précurseur du Christ. La paroi du fond abrite l’Assomption de la Vierge au centre, à gauche la Naissance et découverte de Moïse et la Nativité à droite. Ces trois fresques, peintes par Pérugin, ont été détruites pour laisser la place au Jugement dernier de Michel-Ange. La paroi Sud de la chapelle est consacrée aux épisodes de la vie de Moïse :
- La Circoncision du fils de Moïse (ill. 3) : Pérugin et atelier.
- Les Epreuves de Moïse : Sandro Botticelli et atelier.
- Le Passage de la mer Rouge : Biagio d’Antonio et atelier.
- L’Adoration du Veau d’or : Cosimo Rosselli et atelier.
- Le Châtiment de Coré, Datan et Abiram : Sandro Botticelli et atelier.
- Les Derniers Actes de Moïse : Luca Signorelli, Bartolomeo della Gatta, anonyme ombrien et Sandro Botticelli.
4. Pérugin et atelier
La Circoncision du fils de Moïse (détail)
Vatican, chapelle Sixtine |
Aux six scènes de l’Ancien Testament correspondent celles du Nouveau Testament sur la paroi Nord :
- Le Baptême de Jésus : Pérugin et atelier.
- La Tentation de Jésus (ill. 4) : Sandro Botticelli et atelier.
- La Vocation des apôtres : Domenico Ghirlandaio, Davide Ghirlandaio et atelier.
- Le Sermon sur la montagne : Cosimo Rosselli et atelier.
- La Remise des clés à saint Pierre : Pérugin, Luca Signorelli et atelier.
- La Cène : Cosimo Rosselli, Biagio d’Antonio et atelier.
L’idée de mettre en parallèle deux cycles de scènes historiées, consacrés à l’Ancienne et à la Nouvelle Alliance, trouve son origine à Rome dans la décoration des basiliques paléochrétiennes. Les scènes historiées se trouvaient ainsi placées au-dessus de l’assistance tandis que la partie inférieure, ornée de tentures en trompe l’œil, est séparée du cycle par une frise très simple. Au-dessus de l’entablement, qui abrite une légende en latin correspondant à chaque scène, le mur légèrement en retrait laisse la place à un passage. A ce niveau, des baies en plein cintre flanquées de niches en trompe l’œil abritent la série des Papes. La voûte, accueillant aujourd’hui les fresques de Michel-Ange, était peinte d’un ciel étoilé réalisé par Pier Matteo d’Amelia.
Quelle datation pour les dernières peintures de la Sixtine ?
Ornant le mur d’entrée de la chapelle Sixtine, La Résurrection du Christ de Hendrik Van den Broeck (vers 1519-1605) et La Dispute autour du corps de Moïse de Matteo da Leccia (1545/1550 – vers 1616) sont les dernières fresques réalisées dans la chapelle Sixtine. Elles furent exécutées pour remplacer celles d’origine que Domenico Ghirlandaio et Luca Signorelli avaient consacrées aux mêmes thèmes qui furent détruites en 1522 lorsque l’architrave en marbre de la porte s’effondra tandis que le pape Adrien VI faisait son entrée dans la chapelle. A l’origine, le soin de les repeindre aurait été confié à Michel-Ange. En 1541, lorsque Michel-Ange acheva Le Jugement dernier au-dessus de l’autel, le mur d’entrée demeurait endommagé. L’artiste ne poursuivit pas son travail sur ce pan de mur, car Paul III Farnèse le chargea de décorer les parois de la toute nouvelle chapelle Pauline. L’attribution de La Résurrection du Christ à Hendrick Van den Broeck s’appuie sur le monogramme avec lequel le Flamand a signé le sarcophage du Christ, et sur les informations fournies par Giovanni Baglione dans ses Vies des peintres, sculpteurs, et architectes publiées en 1642. Couramment fixée au pontificat de Grégoire XIII Buoncompagni (1572-1585), la datation de ces fresques fait encore débat aujourd’hui. La présence des armoiries du pape Pie IV (1559-1565) peintes dans le ciel de l’entrée ne pourrait-elle pas faire songer à une exécution plus ancienne, près de quatre décennies après le tragique accident ? Il semble que la communauté scientifique se rallie de plus en plus à cette hypothèse, qui a le mérite de mieux expliquer le maniérisme de ces compositions, sans que le débat soit totalement clos. L’ouvrage s’achève par la publication d’annexes (les documents d’archives du chantier) et par une bibliographie des principaux ouvrages sur la Sixtine. Deux cents pages de beauté et d’érudition pour une histoire de l’art exigeante et généreuse.
Christophe Castandet
(mis en ligne le 28 novembre 2004)
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