Eugène Delacroix. La Liberté guidant le peuple (collection Solo)
Delacroix (collection Cabinet des dessins)
Deux petits livres, consacrés à Eugène Delacroix, viennent d’être publiés. Qu’ils s’adressent davantage au grand public qu’aux spécialistes, à l’inverse du catalogue de Sébastien Allard, explique sans aucun doute que nous restions un peu sur notre faim1.
Celui
consacré à la Liberté cherche à en nier toute lecture républicaine, sans que la démonstration nous
paraisse convaincante. Parler du
« bonapartisme » de Delacroix comme d’un fait acquis et indiscuté
nous semble audacieux. Et s’appuyer sur le seul Alexandre Dumas (dont Sébastien
Allard rappelle par ailleurs combien le témoignage est sujet à caution)2
permet de médire à bon compte du comportement de Delacroix pendant les journées
de Juillet. Que l'opportunisme n'ait pas été étranger aux motivations de
l'artiste dans la présentation de cette scène de la Révolution de Juillet au
Salon de 1831 est probablement vrai. De nombreux peintres exposèrent
des sujets proches (Bezard3,
Schnetz et bien d’autres) parfois pour les mêmes raisons. Mais l'œuvre de
Delacroix est la seule, sauf erreur, à bénéficier d’un sous-titre qui en
traduit la véritable portée allégorique. La bataille ne peut être rapprochée
d’aucune action réelle ou identifiée. Cet aspect, que les auteurs traitent,
mais semblent minorer en ne l’approfondissant pas, est fondamental. En 1849,
le tableau retourne au Luxembourg sur l’intervention de Philippe-Auguste
Jeanron, alors directeur des Musées Nationaux et dont les opinions républicaines
ne peuvent être mises en doute. Cet hommage de la Seconde République au
tableau de Delacroix – Jeanron, qui avait exposé les Petits patriotes au
Salon de 1831, connaissait et admirait Delacroix - n’est pas sans
signification. Mais en voulant prouver leur thèse, les auteurs oublient
d’instruire le procès à décharge.
L’autre
livret accompagne une exposition de dessins de Delacroix. Celle-ci, au second
étage, est simple mais de très belle qualité. La sélection des feuilles est
remarquable et montre les différentes facettes du génie de l'artiste.
Le format et le principe de la collection (Cabinet des
dessins dont plusieurs autres titres sont déjà parus) réduisent au minimum
les textes au profit de l’image. On aurait aimé cependant des analyses, même courtes,
des dessins, plutôt que des notices purement factuelles. Reste un petit livre
bien illustré qui donne envie de découvrir l'œuvre graphique de Delacroix4.
Didier Rykner
(mis en ligne le 29 avril 2004)
1. Par
exemple, on
lit, dans la description du cat. 5 du catalogue de dessins (Cavalier en
armure) qu’« à cet égard [le travail d’après les maîtres et
d’après l’antique], cette feuille est exemplaire ».
Malheureusement, il n'est pas dit de quoi ce dessin est une copie. Il s'agit -
et la consultation de l'Inventaire des dessins de Delacroix du Louvre
auquel l'auteur a collaboré nous le confirme - d'une étude faite dans la
collection d'armures du Dr Meyrick en juillet 1825.
2.
Sébastien Allard, Dante et Virgile aux Enfers d’Eugène Delacroix,
catalogue de l’exposition au Musée du Louvre, 2004, p. 83, note 168
3.
Le tableau de Jean-Louis Bezard est illustré en couleur (p. 15). Les dates de
l’artiste sont données comme : 1799-actif jusqu’en 1861. Cependant,
comme nous l’avons montré dans notre article paru dans le Bulletin de la
Société de l’Histoire Français (Année 2001, Jean-Louis Bezard
(1799-1881). Catalogue de l’œuvre, p. 241-299), Bezard était très
actif après 1861, même s’il n’expose plus au Salon, puisqu’il peindra
notamment la coupole de l’église Saint-Augustin, le chœur et le transept
de la cathédrale d’Agen, l’église de Golfech et la chapelle des
Fonts-Baptismaux de l’église Saint-Leu-Saint-Gilles. Il meurt à Paris le 3
novembre 1881.
4.
Notons une erreur de
bibliographie : celle du cat. 2 (Etude pour la Vierge du Sacré-Cœur)
accorde à Evelyne Cantarel-Besson le mérite d’avoir trouvé et publié les
documents inédits sur le tableau, quant il s’agit en réalité de Bruno
Chenique (Bruno Chenique, « Lettres
et documents. La Vierge du Sacré-Cœur », catalogue de
l’exposition Géricault, t. I,
Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 10 octobre 1991 - 6 janvier 1992,
pp. 320-321).
Arlette Sérullaz et Vincent Pomarède, Eugène
Delacroix, La Liberté guidant le peuple, Editions de la Réunion des Musées
Nationaux, collection Solo, n°28, Paris, 2004. 13,50 euros. ISBN :
2-7118-4814-0
Arlette Sérullaz, Delacroix, Editions 5 Continents, collection Cabinet des Dessins, Paris, 2004. 15 euros . ISBN : 88-7439-106-4
Lien vers l'article sur
l'exposition Dante et Virgile aux Enfers d'Eugène Delacroix.
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