La collection de peintures de l'Impératrice Joséphine

   Quoi de plus propice aux fantasmes et aux spéculations qu’une collection prestigieuse, liée à l’Histoire, éphémère et dispersée à jamais ? Le livre d’Alain Pougetoux consacré à la collection de peintures de Joséphine à la Malmaison permet de faire la synthèse des nombreuses recherches sur ce sujet publiées depuis un demi-siècle et de découvrir un ensemble de tableaux digne des plus grands musées, avec un goût moins conventionnel qu’on ne l’imagine. Ce n’est pas le moindre mérite de la longue introduction que de démontrer comment Joséphine s’est personnellement impliquée dans la sélection de tout ce qui lui était proposé, de souligner, au-delà d’une réputation de dépensière frivole, que celle-ci aimait réellement la peinture, négociait avec les artistes et connaissait les mêmes affres et les mêmes doutes face à une oeuvre convoitée que la plupart des autres collectionneurs, les problèmes financiers en moins. L’étude, basée sur les divers inventaires édités ou manuscrits, émaillée d’anecdotes plaisantes, s'intéresse aussi aux rapports avec ses conseillers, aux problèmes de conservation et d’accrochage, aux tableaux de l’appartement des Tuileries ou des autres palais et à la dispersion de la collection. Contrairement à l’habitude, Joséphine n’a pas puisé dans les collections publiques et n’a bénéficié qu’une seule fois, par hasard, des prises de guerres (en l'occurrence d’une partie de la galerie du Margrave de Cassel). La collection n’était pas figée car si l'Impératrice achetait régulièrement des toiles, elle en distribuait beaucoup, notamment à son fils Eugène de Beauharnais passionné lui aussi, ou en déposait momentanément ailleurs. Elle se fournissait auprès des marchands, en vente publique ou directement auprès des artistes qu’elle aimait régler elle-même en espèces, ce qui est assez rare pour être souligné lorsque l'on se rappelle des délais de paiement demandés par l’Administration, sous l’Ancien Régime et aux autres époques.

   C’est bien là l’originalité de cette collection que de mêler maîtres anciens et modernes suivant un choix personnel et très féminin. La seconde partie de l’ouvrage reprend l’inventaire édité en 1811 à destination des visiteurs et permet de visualiser l’ensemble en reproduisant soit l’original lorsqu’il est connu, soit dans de nombreux cas la gravure du livret lorsque le tableau n’est plus localisé1. Sur les 360 numéros, très peu ont changé d’attribution, ce qui montre que la qualité avait été privilégiée bien avant l’accumulation comme par exemple chez le cardinal Fesch. Pour les maîtres anciens, les principaux artistes des écoles nordiques et de l’école italienne alors célébrés étaient représentés par une ou deux œuvres, quelques tableaux français et espagnols complétaient l’ensemble (les circonstance n’incitaient pas à l’achat de toiles anglaises). Aucun artiste n’était sur-représenté car il semble que ce qui sous-tendait ce rassemblement était l’équilibre entre chaque école, chaque genre, chaque style.

   Pour les contemporains, l’Impératrice a en effet d’autres préférences que le goût officiel de l’Empire; moins de tueries et d’actes de bravoures et plus de bouquets de fleurs, plusieurs œuvres d’artistes femmes, de peintres belges ou suisses. Joséphine possédait notamment la plupart des incunables de la peinture troubadour (Valentine de Milan de Fleury-Richard, et Paolo et Francesca de Coupin de la Couperie), deux tableaux de Hersent, un peintre remis à l’honneur très récemment et cinq importants Toëpffer (Le Louvre n’a acquis son premier tableau de cet artiste qu’en 2002). David, Gros, Prud’hon et Girodet n’étaient cependant pas aussi absents à Malmaison que le laisserait croire le livret imprimé, car les portraits familiaux considérés comme des témoignages sentimentaux des habitants des lieux et non pas comme des œuvres d’art, n’étaient pas catalogués.

   L’exposition2 qui a eu lieu sur place était présentée en deux parties. Au second étage, une sélection des tableaux contemporains permettait de voir des peintures conservées hors du circuit des grands musées internationaux (plusieurs viennent d’Arenenberg et d’autres des réserves de Saint-Peterbourg). Au rez-de-chaussée, l’accrochage du « salon de musique » reconstituait celui de l’époque, connu par une aquarelle d’Auguste Garneray. Comme le musée de la Malmaison a acquis plusieurs répliques autographes des tableaux de l’ancienne propriétaire des lieux ou a reçu en dépôt des œuvres lui ayant appartenu, on ne peut que se féliciter qu’une petite partie de la collection puisse y être évoquée de façon permanente.

1. C’est sur cette partie que nous pourrions émettre de légères critiques : les historiques sont inégaux ; certains tableaux flamands ou hollandais, passés récemment en vente publique ou conservés dans des musées américains ne sont ni localisés, ni reproduits. A décharge, il est vrai que des scènes de genre nordiques avec parfois l’existence de plusieurs versions sont plus difficilement identifiables deux cents ans que des sujets d'histoire de maîtres italiens.
2. Elle s'est terminé le 1er mars 2004.

Michel de Piles
(mis en ligne le 1er mars 2004)

Alain Pougetoux. La Collection de peintures de l'impératrice Joséphine, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, collection Notes et documents des musées de France, Paris, 2003. 320 pages, 200 illustrations, broché, 75 €.

Site Internet du Château de Malmaison


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