Les Salons des artistes coloniaux

 

   Au moment où l’Institut du Monde arabe, titrant De Delacroix à Renoir. L’Algérie des peintres, attire une foule de visiteurs, un livre à l’aspect pourtant bien modeste vient donner un complément scientifique de première importance à cette exposition. Stéphane Richemond, que nous connaissions déjà pour son ouvrage remarquablement documenté sur les terres cuites orientalistes et africanistes, paru chez le même éditeur en 1999, nous offre, en effet, une mise au point précise et précieuse consacrée à la période 1881-1962 et aux liens qu’entretinrent expositions artistiques et inspirations (aspirations, diront d’autres) coloniales.
   Tout commence d’une manière bien traditionnelle lorsque l’administration des beaux-arts, mal à l'aise devant la partition du Salon entre deux sociétés rivales, tente de maintenir son soutien à la plus officielle en créant en 1881, un Prix du Salon [des Artistes français] (qui deviendra ensuite Prix National, puis Grand Prix National des Arts) qui permettait aux heureux bénéficiaires de voyager librement, où bon leur semblait, durant un an, quatre mille (mais quatre cents mille, en 1953) francs en poche. A partir de la création de ce substitut de Prix de Rome, aux contraintes bien modestes, l’auteur déroule la longue litanie des manifestations qui prouvent l’intérêt des administrations françaises (et belges, dans un encart particulier), ainsi que des artistes, pour un art inspiré par l’Afrique du Nord, destination première de nombre de lauréats.
   A travers une recension, témoignage évident d’un patient travail de dépouillement documentaire, Stéphane Richemond dresse la liste des principaux événements artistiques, qu'il s'agisse d'autres bourses créées dans l'enthousiasme de l'expansion économique, d'expositions ponctuelles chargées d'illustrer (de justifier ?) le bien-fondé de ces installations lointaines ou de manifestations régulières réunissant africanistes et orientalistes. Presque toutes liées à l’attrait du Maghreb, ces différentes expositions sont étudiées précisément, et accompagnées des principales informations nécessaires à leur connaissance (historique, statuts, listes de lauréats,…). Quelques lignes encore évoquent dans cette recension les manifestations trop souvent ignorées, liées aux voyages des artistes vers les colonies du Sud-Est asiatique.

   Les Editions de l’Amateur, que l’on a connues prolixes dans l’illustration de leurs ouvrages, se sont montrées là bien économes, et un cahier de vingt-quatre pages (quarante reproductions, dont certaines de documents, et non d’œuvres) ne suffit pas aux lecteurs pour dépasser les informations techniques, et jamais esthétiques, de cette première partie. Peut-être quelques mots replaçant les créations « coloniales » des artistes boursiers et lauréats au sein de leur activité et dans la production contemporaine, auraient ajouté un plus non négligeable à ce remarquable début.
   La seconde partie, intitulée Dictionnaire des sculpteurs, dont les références intègrent largement les œuvres inspirées par toutes les colonies, de l’Algérie au Tonkin, de l’Afrique du Nord à l’Asie du Sud-Est, sera, pour de nombreux chercheurs, d’une aide inestimable, malgré deux remarques qui en limitent la portée didactique. La plus importante, et qui gênera particulièrement les spécialistes d’autres disciplines artistiques, est le manque d’informations sur les sources. Stéphane Richemond souligne la dispersion des informations, aussi aurait-il été important de fournir, accompagnant la longue liste des catalogues d’expositions et de Salons coloniaux (cent cinquante-cinq références ! aux pages 245 à 248), quelques informations qui permettent aisément de retrouver ces précieux et rares instruments de travail. Le second défaut (mais en est-ce vraiment un ?) tient à l’abondance des documents consultés et donc du nombre d’artistes recensés. Un choix plus serré aurait certainement été nécessaire, qui aurait évité de voir figurer des artistes, tel Barye, mort avant la création du Prix du Salon, ou d’autres, fort peu concernés par l’Afrique du Nord, tel Froment-Meurice qui semble avoir limité son besoin d’ailleurs à l’Espagne.

   Exemplaire malgré ces quelques réticences, cet ouvrage vient utilement compléter les travaux en cours de remise à disposition des sources de l’histoire de l’art du dix-neuvième et du début du vingtième siècle. Il est fondateur, et, à ce titre, indispensable.

Dominique Lobstein
(mis en ligne le 31 décembre 2003)


Stéphane Richemond, Les Salons des artistes coloniaux. Dictionnaire des sculpteurs, Paris, Les Editions de l’Amateur, 2003, 286 p., 30 €. ISBN : 2 85917 395 1


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