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Kunsthaus de Zurich. Catalogue des peintures et des sculptures et Chefs-d'œuvre
Le Kunsthaus de Zurich a publié entre fin 2007 et début 2008 pour ses différentes traductions le catalogue de ses collections sous la forme de deux ouvrages complémentaires : le catalogue complet des peintures et des sculptures et un « beau livre » qui réunit les chefs-d’œuvre du musée. Les ouvrages recensant l’intégralité des collections, indispensables pour les chercheurs, sont rarement entrepris par les musées en raison de leur coût très élevé. Saluons donc cette initiative qui vient de l’un des plus importants musées de Suisse1. Avec le Kunstmuseum de Bâle et le Musée d’art et d’histoire de Genève, le Kunsthaus Zürich compte en effet parmi les principaux musées de beaux-arts en Suisse dans le domaine de la peinture ancienne2. Ces deux catalogues, dus à Christian Klemm, vice-directeur et conservateur, (ainsi qu’à Franziska Lentzsch et Gian Casper Bott pour le catalogue intégral), étaient donc très attendus.
Rappelons ici que les œuvres du Kunsthaus pourront prochainement s’étendre dans des salles plus nombreuses, puisque le musée a récemment lancé un concours architectural pour une nouvelle annexe destinée à accueillir des œuvres d’art contemporain, ainsi que le très bel ensemble de la Fondation E. G. Bürhle. Cette collection zurichoise, qui porte le nom de l’armurier et mécène de la première annexe du Kunsthaus, a récemment fait la une de l’actualité en raison du vol de quatre toiles de peintres impressionnistes3.
1. Bartolomeo Montagna (1450-1523)
Le Christ portant sa croix, vers 1515
Huile sur toile - 86 x 70 cm
Zurich, Kunsthaus
Photo : Kunsthaus Zurich |
Le catalogue complet permet de saisir dans leur intégralité les différentes écoles et de découvrir des œuvres peu exposées dans les salles jusqu’à présent. Ainsi, l'Italie est bien évoquée à travers des tableaux de maîtres de premier plan tels Fra Angelico, El Greco (un Portrait de Charles de Guise, Cardinal de Lorraine, 1572, lui est attribué), Annibal Carrache, ou Bernardo Bellotto (trois toiles dont une réplique de 1765 de La Kreuzkirche à Dresde en ruines conservée à Dresde), mais aussi de peintres moins célèbres tels Francesco Napoletano, élève de Léonard de Vinci profondément marqué par le maître, Bartolomeo Montagna (ill. 1), ou les Napolitains Mattia Preti et Francesco Fracanzano.
2. Willem Kalf (1619-1693)
Nature morte aux coquillages, vers 1678
Huile sur toile - 53 x 44 cm
Zurich, Kunsthaus
Photo : Kunsthaus Zurich |
Les écoles du Nord forment un très bel ensemble dans les collections zurichoises, notamment grâce à l’important dépôt effectué par la Fondation du chimiste suisse d’origine croate Leopold Ruzicka. Les XVe et XVIe siècles sont évoqués notamment par des peintures de Hans Memling, Lucas Cranach et Joos van Cleve (Le Suicide de Lucrèce, 1515/1518, encore très gothique par l’ornement). Parmi les œuvres du XVIIe siècle issues des anciens Pays-Bas se trouvent des tableaux d’Abraham Bloemaert, de Peter Paul Rubens, de Frans Hals et de Rembrandt, de Jacob van Ruisdael dont une très belle Vue de Haarlem (vers 1670/1675), ainsi qu’un bel ensemble de natures mortes (Frans Snyders, Balthasar van der Ast, Pieter Claesz, Willem Kalf, etc. ill. 2). Soulignons que depuis quelques années le Kunsthaus met en valeur ses collections hollandaises à travers des expositions consacrées à des artistes présents au musée comme Pieter Claesz (2005) et son fils Nicolaes Berchem (2007, voir la recension à ce sujet).
3. Claude Monet (1840-1926)
Le Bassin aux Nymphéas le soir, vers 1916/1922
Huile sur toiles (diptyque) - chaque toile 200 x 300 cm
Zurich, Kunsthaus
Photo : Kunsthaus Zurich |
L’école française se révèle inégale : tandis que plusieurs œuvres majeures du XVII e siècle sont conservées à Zurich, comme Vénus endormie surprise par des satyres de Nicolas Poussin (vers 1625) et deux dons récents de tableaux de Claude Lorrain (Pastorale avec l’Arc de Constantin, 1648 et La Danse des Saisons, 16624), le siècle des Lumières en est pratiquement absent (citons néanmoins deux portraits de Hyacinthe Rigaud). Le XIXe français constitue en revanche l’un des points forts des collections. Tandis que les œuvres néoclassiques sont rares (mentionnons le Profil d’un homme barbu de Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1807/1808), le romantisme est évoqué par des tableaux Théodore Géricault (un imposant Maréchal-ferrand, 1813/1814) et Eugène Delacroix, le réalisme par des œuvres de Gustave Courbet, (rappelons qu’il finit ses jours en Suisse, à La Tour-de-Peilz), et l’Impressionnisme par un très bel ensemble de peintures d’Edgar Degas, Edouard Manet, Claude Monet (dont deux grandes toiles de la série des Nymphéas, ill. 3) et Vincent van Gogh. Les courants modernistes de la fin du siècle sont évoqués à travers des œuvres de Paul Cézanne, Henri Matisse, Henry van de Velde, Paul Gauguin, avec un accent particulier sur les Nabis Edouard Vuillard (un imposant Grand Intérieur aux six personnages, 1897), Pierre Bonnard et Félix Vallotton, ce dernier étant né à Lausanne. Pour la sculpture, mentionnons un bel ensemble de dix statues d’Auguste Rodin, ainsi qu’une version monumentale en bronze de la célèbre Porte de l’enfer (1880-1890).
4. Johann Heinrich Füssli (1741-1825)
Titania enlaçant Bottom à la tête d’âne, 1793-1794
Huile sur toile - 169 x 135 cm
Zurich, Kunsthaus
Photo : Kunsthaus Zurich |
5. Ferdinand Hodler (1853-1918)
Lac de Silvaplana, 1907
Huile sur toile - 71 x 92,5 cm
Zurich, Kunsthaus
Photo : Kunsthaus Zurich |
De manière naturelle, l’école suisse est particulièrement abondante. Si Hans Holbein le Jeune, qui a longuement travaillé dans la ville voisine de Bâle n’est malheureusement pas présent, le portrait de la Renaissance helvétique est bien évoqué par des peintures de Hans Asper et de Tobias Stimmer (un Autoportait, non daté, lui est attribué). Parmi les ensembles les plus marquants, mentionnons vingt-et-une toiles du natif de Zurich Heinrich Füssli (ill. 4), vingt tableaux de Félix Vallotton, trente-huit peintures de Cuno Amiet auxquelles doivent être ajoutées sept toiles formant un ensemble mural qui décore la loggia du Kunsthaus et, enfin, un lot impressionnant constitué de quatre-vingt onze peintures de Ferdinand Hodler (ill. 5), qui couvrent les différents genres et périodes du peintre national suisse de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
Pour revenir à l’ouvrage lui-même, le catalogue complet regroupe les œuvres par sections à la fois chronologiques et par écoles (ill. 6). Ce classement, agréable, rassemble les œuvres de manière naturelle et favorise les rapprochements, contrairement à une ordonnance alphabétique ou chronologique. Les peintures et sculptures sont toutes illustrées par de petites images en noir et blanc de bonne qualité qui permettent de se faire une très bonne idée des œuvres. Deux rubriques les documentent, consacrées à la provenance des œuvres (parfois peu fouillée5) et la bibliographie, ainsi qu’un commentaire qui traite principalement de l’iconographie, des conditions de création et du statut de la peinture ou de la sculpture. Ces notices, bien que courtes, se révèlent très utiles et constituent le matériel de base pour la l’étude des œuvres du Kunsthaus. Il serait néanmoins souhaitable que le musée complète ce précieux ouvrage par la publication de ses collections sur son site internet. Un moteur de recherche informatique permet en effet de trouver des renseignements et la reproduction d’une œuvre bien plus rapidement qu’un livre.
6. Double page du Catalogue des peintures et des sculptures |
Quant à l’ouvrage consacré aux chefs-d’œuvre du musée, bien que destiné à un plus large public que le catalogue complet, il en constitue néanmoins un complément utile. Richement illustré en couleurs, souvent en pleine page, il présente les œuvres majeures et les points forts des collections en ordre chronologique. Les chapitres mélangent parfois les écoles et mettent souvent en regard des œuvres qui ne sont pas accrochées l’une à côté de l’autre dans les salles du musée, suggérant ainsi de nouveaux rapprochements. Le texte de Christian Klemm présente la collection à travers un historique de la Société des arts de Zurich (propriétaire du musée) et de brefs paragraphes introductifs à chaque chapitre. Les œuvres elles-mêmes bénéficient de courts textes qui, mis bout à bout, composent une large histoire de l’art européen.
Laurent Langer
(mis en ligne le 9 août 2008)
1. Les musées suisses à avoir publié les catalogues complets de leurs collections sont relativement nombreux : Aargauer Kunsthaus Aarau (Musée argovien des beaux-arts, Aarau), Bündner Kunstmuseum Chur (Musée grison des beaux-arts, Coire), Fondation de l’Hermitage Lausanne, Kunstmuseum Bern (Musée des beaux-arts de Berne), Kunstmuseum Luzern (Musée des beaux-arts de Lucerne), Kunstmuseum Solothurn (Musée des beaux-arts de Soleure) Kunstmuseum Sankt-Gallen (Musée des beaux-arts de Saint-Gall), Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, Museum zu Allerheiligen Schaffhausen, Sammlung Oskar Reinhart « Am Römerholz » Winterthur (Collection Oskar Reinhart, Winterthour), Stiftung Oskar Reinhart « am Stadtgarten » Winterthur (Fondation Oskar Reinhart, Winterthour).
Le Musée d’art et d’histoire de Genève, s’il n’a pas édité de catalogue complet de ses collections, travaille activement à une politique de mise en valeur de ses collections à travers une série d’expositions et de catalogues consacrés aux différentes écoles et artistes majeurs présents dans ses collections. Mentionnons ainsi les récents catalogues : La naissance des genres : la peinture des anciens Pays-Bas (avant 1620) au Musée d'art et d'histoire de Genève (2005-2006), Ferdinand Hodler et Genève : collection du Musée d'art et d'histoire (2005), Félix Vallotton dans les collections des Musées d'art et d'histoire Genève (2004), Jean-Etienne Liotard 1702-1789 dans les collections des Musées d'art et d'histoire de Genève (2002).
Quant au Kunstmuseum Basel, il publie régulièrement et de manière exhaustive les catalogues de collections déposées en ses murs telles la collection « Im Obersteg » (2004) consacrée aux peintres classiques modernes (Pablo Picasso, Marc Chagall, Alexej von Jawlensky, Chaim Soutine, etc.) et la collection Max Geldner composée de tableaux hollandais du XVIIe siècle (Gerard David, Frans Jansz. Post, Jan Steen, Rembrandt van Rijn) et de peintures modernistes suisses (Ferdinand Hodler, Cuno Amiet, Albert Welti, Edouard Vallet).
Soulignons encore l’importance de l’activité de l’Institut suisse pour l’étude de l’art, Zurich et Lausanne (Schweizerisches Institut für Kunstwissenschaft), qui est notamment spécialisé dans la publication de dictionnaires sur les artistes suisses et de catalogues de musées. Il est responsable d’une grande partie des catalogues de musées mentionnés ci-dessus et coédite, en collaboration avec la Fondation BNP Paribas Suisse, une importante série d’ouvrages consacrés aux musées suisses et à leurs collections.
2. Nous ne nous prononçons pas ici sur l’art contemporain, qui sort de la période touchée par La Tribune de l’art.
3. A ce jour, les œuvres de Claude Monet et Vincent van Gogh ont été retrouvées tandis que celles d’Edgar Degas et de Paul Cézanne (le célèbre Jeune garçon au gilet rouge) demeurent introuvables (voir brèves du 13/2/08 et du 21/2/08).
4. Offerts par Holenia Trust à la mémoire de Joseph H. Hirschhorn respectivement en 1996 et 2004.
5. Par exemple, l’historique de la Sainte Famille de Rubens (vers 1628) ne mentionne pas la vente parisienne de Jean-Baptiste-Pierre Lebrun du 6 décembre 1800 où cette peinture apparaît sous le numéro 37.
English version
Kunsthaus Zürich. Gesamtkatalog der Gemälde und Skulpturen, [Christian Klemm, Franziska Lentzsch, Gian Casper Bott et al. éd.], Zurich, Zürcher Kunstgesellschaft. Ostfildern, Hatje Cantz Verlag, 2007, 740 p., plus de 3800 illustrations noir et blanc, 24 x 29 cm, toile sous jaquette. Prix au musée CHF 148.-/En librairie env. CHF 172.-, ISBN 978-3-7757-1143-2.
Kunsthaus Zürich. Chefs-d’œuvre, [texte de Christian Klemm; traduction de Nicole Viaud], Zurich, Zürcher Kunstgesellschaft, 2007, 332 p., 360 illustrations en couleur, 24 x 29 cm, relié sous jaquette. Prix au musée CHF 58.-/En librairie env. CHF 69.-, ISBN 978-3-7757-1144-9.
Tarif spécial pour les deux publications au magasin du Kunsthaus : CHF 185.-. Les membres de la Société zurichoise des beaux-arts ont une réduction sur toutes les publications.
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