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La collection Oulmont. Dessins, peintures et pastels du XVIIIe siècle
Auteur : Jérôme Delaplanche et al.
1. François Boucher (1703-1770)
Quos ego, 1743
Pierre noire et rehauts de craie blanche - 56 x 39 cm
Epinal, Musée départemental d'art
ancien et contemporain
Photo : Claude Philippot |
On ne le répétera jamais assez : cataloguer, publier, faire connaître au plus grand nombre leurs richesses fait partie des principales missions des musées et permet non seulement de réintégrer dans le circuit scientifique des œuvres inédites comme le rappelle Jérôme Delaplanche, mais aussi de les protéger à terme contre l'oubli, le vol, les attaques du temps. Cela est d'autant plus vrai pour les dessins qui ne peuvent être exposés en permanence
On se réjouit donc de cette publication du musée d'Epinal accompagnant une exposition que nous n'avons pas vue, qui étudie tout un ensemble graphique largement ignoré (à quelques exceptions près), même des spécialistes
Cette collection, léguée par le docteur Paul Oulmont (1849-1917) en 1917 au musée d'Epinal, fut en réalité constituée par son neveu, Charles Oulmont (1883-1984). Encore aujourd'hui, cette libéralité constitue l'essentiel des dessins anciens possédés par le musée ; les deux seules autres feuilles antérieures à 1800 qu'il conserve1 ont été logiquement incluses dans cet ouvrage qui constitue ainsi le catalogue exhaustif des dessins d'Epinal, auxquel s'ajoutent les rares peintures faisant partie du legs. Celui-ci est essentiellement constitué de feuilles du XVIIIe siècle, surtout françaises mais aussi italiennes et, ce qui est beaucoup plus rare en France, de quelques œuvres anglaises. Pour une large part donc, la collection Oulmont, formée au début du XXe siècle, est encore représentative du goût « Goncourt ».
2. Jean-Baptiste Mallet (1759-1835)
La Visite
Gouache sur carton - 27,9 x 22,4 cm
Epinal, Musée départemental d'art ancien et contemporain
Photo : Claude Philippot |
Comme nous l'indiquions, quelques œuvres étaient déjà bien connues et publiées, comme la Pietà de Giamabattista Tiepolo2 (cat. 6), une étude à la sanguine de Boucher (cat.12), une Vue de San Pietro di Castello par Francesco Guardi (cat. 18), les trois dessins de Carmontelle (cat. 25 à 27), un Greuze, La Vieille Gouvernante (cat. 31) deux feuilles de Fragonard (cat. 35 et 36), les trois Jean-Baptiste Le Prince (cat. 44 à 46, ce dernier numéro, un Portrait de jeune fille étant une huile sur toile), un tableau d'Anne Vallayer-Coster (cat. 60, Portrait de Mme de Béricourt) ou une petite huile sur fer blanc, d'Eugénio Lucas, d'après une gravure des Caprichos de Goya ; mais l'essentiel était soit totalement inédit, soit uniquement publié en 1920 et 1924 par André Philippe dans le Pays Lorrain et Renaissance de l'Art français, ce qui n'avait pas suffit à les faire connaître. Notons toutefois que Neil Jeffares, pour son dictionnaire des pastels (voir l'article), avait pris en compte ceux d'Epinal.
3. Ecole française, fin du XVIIIe siècle
Portrait d'homme
Graphite, pierre noire, sanguine et pastel - Diam. 20,4 cm
Epinal, Musée départemental d'art ancien et contemporain
Photo : Claude Philippot |
Cette publication est donc fondamentale et indispensable à tous les amateurs du XVIIIe siècle français. On appréciera au passage la qualité de l'édition et des reproductions. Sont exhumées des œuvres aussi intéressantes qu'une Etude de femme par Nicolas Lancret, identifiée ici comme préparatoire à la femme à gauche dans Le Matin de la National Gallery de Londres, un dessin de François Boucher représentant un tête-à-tête amoureux, qui s'inscrit dans un ensemble important de feuilles de cet artiste, notamment une grande composition mythologique (ill. 1 ; cat. 15) jamais exposée, deux Gabriel de Saint-Aubin (cat. 28 et 29), une pierre noire de Greuze (Le Malade - cat. 32), un beau portrait d'enfant de François-Hubert Drouais (cat. 33), une nouvelle attribution à un artiste allemand peu connu, Friedrich Reclam, d'une sanguine jusqu'ici donnée à Hubert Robert (cat. 43), une superbe gouache de Jean-Baptiste Mallet, La Visite (ill. 2; cat. 75). Des dessins comme les deux Jean-Jacques de Boissieu (cat. 50 et 51) étaient connus de la spécialiste de l'artiste mais uniquement répertoriés dans sa thèse, inédite3.
4. George Romney (1734-1802)
Titania. Etude pour "Le Songe d'une nuit d'été"
Pinceau et encre noire - 36,5 x 52,4 cm
Epinal, Musée départemental d'art ancien et contemporain
Photo : Claude Philippot |
L'un des dessins n'ayant pu trouver encore son auteur est d'une qualité particulièrement remarquable. Il s'agit d'un Portrait d'homme de la fin du XVIIIe siècle (ill. 3) autrefois donné à Antoine Vestier. Ne pourrait-on, à son sujet, évoquer le nom de François-André Vincent, un artiste si versatile que son style est bien difficile à cerner ?
On fera, comme on l'a dit, une place particulière aux feuilles de l'école anglaise. On trouve ainsi une étude de Georges Romney pour Le Songe d'une nuit d'été (ill. 4), un Portrait de jeune femme de George Chinnery (1774-1852) ou une jolie huile sur carton, un Portrait d'homme, donné sans certitude, sur la foi d'une inscription au verso et du style, à Richard Parkes Bonington. Il n'est cependant pas exclus que cette dernière œuvre soit due au pinceau d'un romantique français, ce qui témoigne de la proximité des deux écoles dans la première moitié du XIXe siècle.
Didier Rykner
(mis en ligne le 26 août 2007)
1. Un dessin de Lagneau, cat. 2 - qui, par parenthèse, a été acquis chez Paul Prouté, catalogue "Colmar", 1964, n° 5, et non chez « Prouteau » - et une Tête de Vierge de Boucher, plutôt médiocre (cat. 17)
2. Le Groupe de personnages autour d'une colonne du même Tiepolo (cat. 7) n'a été publié pour la première fois qu'en 1998.
3. Marie-Félicie Perez, Jean-Jacques de Boissieu (1736-1810), artiste et amateur lyonnais du XVIIIe siècle, thèse de doctorat d'Etat, Université Lyon II, 1982.
Jérôme Delaplanche et al., Le Goût de la grâce et du joli. La collection Oulmont. Dessins, peintures et pastels du XVIIIe siècle, Musée départemental d'art ancien et contemporain d'Epinal, 2007, 167 p., 28 € (broché). ISBN : 978-2-912395-10-8 (broché) et 978-2-912395-11-5 (relié).

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