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Hippolyte et Paul Flandrin. Paysages et portraits 

Auteur : Sous la direction de Cyrille Sciama

   « Encore une exposition Flandrin ? » interroge le commissaire de l'exposition dans son texte d'introduction, comme pour s'en justifier. On ne se plaindra pas que les frères Flandrin (moins Auguste, l'aîné, non traité ici) fassent l'objet, vingt ans après, d'une nouvelle rétrospective, fût-elle partielle et éliminant ce qui fait tout de même l'essentiel de l'œuvre d'Hippolyte, la peinture religieuse. Mais on peut cependant regretter que cette publication ne tienne pas toutes ses promesses liminaires. On ne trouvera pas ici un « nouveau regard sur les Flandrin » comme on nous l'annonce et on ne sortira pas de cette lecture avec une idée différente de celle que l'exposition de 1984 nous avait laissée. Ce qui ne signifie pas qu'elle n'a aucun intérêt. Si l'on aurait pu souhaiter davantage d'œuvres inédites, on aura plaisir à voir reproduites ici en couleur (sauf le Portrait de Madame Vitet) ce qui pour l'essentiel était en noir et blanc. On appréciera aussi les essais. Celui de Georges Vigne, qui apporte un éclairage précieux sur la relation très forte entre les frère Flandrin et leur maître, la distinguant avec justesse de celle, d'une nature différente, qui existait entre Ingres et les Balze, et celui de Roger Diederen sur les liens très fort, presque gémellaires entre Hippolyte et de Paul.

   Parmi les œuvres inédites, on retiendra :

- les deux premiers numéros, le Portrait d'Aubertine Salles et celui de son mari Louis Martial Salles, vendus chez Piasa en 2004 et aujourd'hui conservés dans une collection particulière. Ces deux tableaux sont en effet de rares exemples d'Hippolyte Flandrin avant qu'il ne rentre dans l'atelier d'Ingres. S'il n'avaient pas été signés, il aurait été difficiles de les attribuer, tant l'artiste se montre ici différent de ce qu'il deviendra à peine un an plus tard, au contact du maître de Montauban. Ces deux portraits font davantage penser à Louis Hersent, dans l'atelier duquel les deux frères avaient prévu d'entrer, avant de se décider au dernier moment pour celui d'Ingres ;

- la très belle aquarelle d'Hippolyte, Campagne de Rome vue depuis la Villa Médicis (cat. 7 ; collection particulière), qui prouve que ses paysages étaient beaucoup plus originaux que ceux de Paul comme on pouvait déjà le déduire de l'exposition de 1984 ;

- le « Carnet de Pornic » (cat. 56) acquis en 1996 par Nantes mais jamais publié, contenant 54 paysages dessinés par Paul entre 1872 et 1875 soit une dizaine d'années après la mort d'Hippolyte. Il montre que son style n'a certes guère évolué, mais que l'artiste conserve encore, à cette date (rappelons qu'il ne mourra qu'en 1902), tout son talent.

Paul Flandrin - Jardin fleuri - Nantes, Musée des Beaux-Arts
1. Paul Flandrin (1811-1902)
Jardin fleuri, vers 1856
Huile sur papier maorouflé sur toile - Diamètre : 23,2 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Nantes, Musée des Beaux-Arts

   Notons enfin l'acquisition toute récente du musée des Beaux-Arts de Nantes, auprès de la galerie Talabardon à Paris, du beau paysage en tondo de Paul, Jardin fleuri (ill. 1 ; cat. 51) et signalons, avant de conclure, quelques imprécisions :

- p. 90. Le double échec de Paul Flandrin aux concours de paysage historique et de peinture d'histoire n'a aucun caractère étonnant, contrairement à ce qu'on peut lire dans la notice consacrée à son Ulysse et Nausicaa. Comme le dit Roger Diederen dans son essai, il paraissait difficile d'accorder, après celui d'Hippolyte en 1832, à une année de distance, un second Prix de Rome de peinture d'histoire à un élève d'Ingres, qui plus est à nouveau un Flandrin. Surtout, il était bien rare qu'un artiste se présentant pour la première fois au concours soit immédiatement lauréat. Il fallait en général aux vainqueurs deux, trois, voire beaucoup plus de participations pour gagner le droit de rejoindre l'Académie de France à Rome. Paul Flandrin ne s'est présenté qu'une fois au concours d'histoire (un genre qu'il n'a aucunement pratiqué, si ce n'est pour assister son frère, contrairement à ce qu'on lit p. 113) comme au concours de paysage, qui n'était organisé que tous les quatre ans, limitant ainsi de manière drastique le nombre de Prix de Rome de paysage.

- p. 96. Paul Flandrin, Portrait du peintre Signol : Emile Signol n'a pas rencontré les Flandrin en 1834 ; Hippolyte arrive à Rome en janvier 1833, Signol y étant pensionnaire depuis un an.


2. Paul Flandrin (1811-1902)
Campagne de Rome, 1840
Huile sur toile - 94,4 x 114,5 cm
Laval, Musée du Vieux-Château
Photo : C. Clos
- p. 114. Paul Flandrin, Campagne de Rome (ill. 2) : on ne peut dire que l'« œuvre reprend une vue souvent traitée par Ingres dans ses tondi ». Il n'existe que trois paysages en tondi attribués à Ingres et un seul (L'Orangerie de la villa Borghese, Monauban, qui n'est d'ailleurs pas accepté par tout le monde) représente une vue proche de celle-ci mais probablement différente.

- p.115. Paul Flandrin, Portrait de Mme Vinet : « Alors que Mme Vinet pose pour Hippolyte Flandrin, Paul en profite pour dessiner son portrait ». Cette pratique n'est pas si originale que le prétend la notice puisque les élèves des ateliers travaillent ainsi, en peignant ou dessinant simultanément un même modèle et elle n'est pas nouvelle (c'est ainsi, par exemple, que pratiquaient Huber Robert et Fragonard). En outre, il n'est pas certain qu'on se trouve ici devant ce cas de figure : la pose de Madame Vinet, et son regard, ne correspondent pas dans la peinture d'Hippolyte et dans le dessin de Paul. Par ailleurs, on ne peut affirmer que cette méthode « paraît fréquente chez les deux artistes » sans en donner d'autres exemples avérés, ou un témoignage écrit.

   On terminera ce court article en regrettant l'absence d'historique et de bibliographie (seule la « dernière bibliographie » est citée) et celle d'un index, mais en se réjouissant de voir que les Flandrin sont définitivement entrés dans le cercle des artistes qui comptent dans l'histoire de l'art (rares sont les peintres qui peuvent se prévaloir de deux expositions monographiques en une vingtaine d'années), ce qu'on aura sans doute l'occasion de vérifier à nouveau dans l'exposition consacrée à la peinture lyonnaise du XIXe siècle qui ouvrira au musée des Beaux-Arts de Lyon au mois d'avril prochain.

Didier Rykner
(mis en ligne le 24 février 2007)

Cyrille Sciama, Georges Vigne et Roger Diederen, Hippolyte & Paul Flandrin. Paysages et portraits, Editions du Panama, 2007, 152 p., 30 €. ISBN : 978-2-7557-0225.

Exposition à Nantes, au Musée des Beaux-Arts, du 1er février au 7 mai 2007.