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The Arts of France from François Ier to Napoléon Ier
1. François Du Quesnoy (1597-1643)
Buste de Nicolas Poussin, vers 1630
Hauteur (avec la base) : 29 cm
New York, Wildenstein
© Wildenstein & Co. |
La passion de la famille Wildenstein pour l’art français est aussi connue que reconnue. Mais mesure-t-on toujours son ancienneté et son ampleur ? Sait-on qu’elle dure et n’a cessé de s’amplifier depuis plus de cent ans ? The Arts of France from François Ier to Napoléon Ier, l’exposition autant que son catalogue, rappelle avec quel éclat et quelle constance quatre générations de grands marchands et de donateurs des musées ont défendu et diffusé les arts de leur pays. Toute dynastie possède son fondateur. Ce fut Nathan Wildenstein (1851-1934) qui, après avoir choisi la France lorsque son Alsace natale devint allemande, se lança dans le commerce d’art en manifestant une rapide et sincère prédilection pour le premier XVIIIe siècle. Élargi par la suite à d’autres écoles et d’autres époques, le champ d’action que se fixa la galerie est resté jusqu’à aujourd’hui fidèle au rocaille, peinture, sculpture et arts décoratifs. En succédant à Nathan, Georges, Daniel et Guy Wildenstein, son actuel directeur, ont su en effet conforter cette spécialité familiale et ouvrir d’autres domaines de recherche. Car, dès le début de cette aventure, les activités marchandes ont été associées à la constitution de fonds documentaires et à la publication des fameux catalogues raisonnés, dont la liste s’enrichit depuis les années 1920.
2. François Boucher (1703-1770)
Le Sommeil de Vénus, vers 1734
Huile sur toile - 66,5 x 83,3 cm
New York, Wildenstein
© Wildenstein & Co. |
Pour ceux qui n’ont pas vu l’exposition, ce catalogue entretiendra longtemps les regrets d’une occasion manquée. Seules la qualité de reproduction et la richesse des notices consolent un peu d’avoir été privés des chefs-d’œuvre que Joseph Baillio a réunis dans la galerie new-yorkaise, afin de marquer le centenaire de son ouverture sur la terre de Benjamin Franklin. Cet impeccable connaisseur de l’art français est aussi le principal auteur de l’ample catalogue. On ne s’étonnera pas que sa sélection soit largement dominée par le XVIIIe siècle, un grand XVIIIe qui va de Watteau à Ingres. Nous ne pourrons ici que l’évoquer à grands traits. Parmi les œuvres antérieures à 1700, le Portrait de François I er par Clouet, que Guy et Alec Wildenstein ont récemment donné au Louvre, a déjà été présenté aux lecteurs de notre site (voir brève du 29/11/05). Mentionnons aussi les termes en terre cuite provenant du château d’Oiron, datant du règne d’Henri II, et dont la grâce mélancolique est incomparable. Dans la même technique et d’un raffinement équivalent, le portrait de Poussin par Du Quesnoy (ill. 1) enrichit l’iconographie du peintre de façon substantielle. L’image du jeune homme à moustache, plus proche du Fracasse de Gautier que de Sénèque, s’accorde mieux à la manière de ses premiers tableaux néo-vénitiens, si tant est que ces rapprochements aient quelque valeur. Pour rester avec ces Français et ces Lorrains de Rome, il convient de dire un mot d’un immense dessin de Claude Gellée, véritable scénographie à l’antique commandée par les Colonna, et d’une réplique largement autographe de La Famille de Darius de Pierre Mignard, dont la version princeps avait été commandée par Louvois et très appréciée par Madame de La Fayette.

3. Alexandre Roslin (1718-1793)
La Comtesse d'Egmont Pignatelli en costume espagnol, 1763
Huile sur toile - 136 x 103 cm
Tableau acquis par l'Art Institute of Art
de Minneapolis
© Wildenstein & Co. |
Une belle séquence de portraits de Rigaud et Largillierre nous fait glisser dans l’autre siècle. L’autoportrait du second, peint en 1707, est peut-être le plus étonnant de ceux que le peintre a réalisés. Manifeste rubéniste, il intègre dans le haut de la composition quelques putti de Du Quesnoy et une réduction de l’Antinoüs du Vatican. Comme Roger de Piles, Largillierre n’oppose pas vigueur du coloris et simplicité naturelle de l’antique. L’art des années 1700-1770, qui voient le succès grandissant du « beau fard », était particulièrement bien représenté dans l’exposition. Autant que les dessins de Watteau, se détachent les toiles de Boucher, à commencer par le splendide Sommeil de Vénus (ill. 2), issu de la fameuse collection d’Antoine de La Roque, dont l’autographie est confirmée et dont le format initial se révèle avoir été chantourné, de façon à orner un lit... Le franc érotisme de l’image, allusion impudique aux effets de l’étreinte charnelle, n’est lui-même qu’apparemment assoupi. Les deux ovales réalisés pour Choisy, au-delà d’une référence explicite à Watteau, nous rappellent que Boucher savait raison garder quand la bienséance le commandait. Pudeur et réserve absentes, par bonheur, de deux inédits de Fragonard, qui montrent l’un et l’autre de très jeunes femmes parées de roses vénusiennes. Joseph Baillio a bien raison d’y voir de vrais chef-d’œuvres du maître ; de même partage-t-on son enthousiasme pour le Portrait de la comtesse Pignatelli (ill. 3) par Alexandre Roslin, exposé au Salon de 1763. Il a été peint, de toute évidence, dans le souvenir du fameux portrait de la marquise de Pompadour, que Boucher avait signé six ans plus tôt. Les deux femmes étaient familières de tous les jeux et codes de la galanterie aristocratique. L’hispanisme de la robe n’est pas la seule allusion au libertinage que le modèle partageait avec son mari. La musique, la lecture interrompue et le petit chien agité chiffrent cette commune passion pour les débordements du corps.
4. Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867)
Portrait de Monseigneur Cortois de Pressigny, Ambassadeur de France au Vatican, 1816
Graphite et touches de lavis jaune - 29,3 x 20,5 cm
New York, Wildenstein
© Wildenstein & Co. |
5. Madame Benoist (1768-1826)
Autoportrait, 1786
Huile sur toile - 92 x 75 cm
New York, Wildenstein
© Wildenstein & Co. |
Le monde d’Ingres, ses grands portraits féminins, se dessine ici, jusqu’au fanatisme du détail vestimentaire et décoratif, jusqu’au bouquet somptueux, tout un programme. Ingres, toujours lui, s’annonce aussi à nous devant Les Baigneuses de Carle Vanloo, qui suscita le débat au Salon de 1753. Sans être des vestales, ces femmes aux poses suggestives n’allument qu’à moitié l’œil du spectateur et certains critiques du temps auraient aimé moins de sagesse et plus de lascives attitudes. Il n’est pas moins vrai que Vanloo, sans voile mythologique ni prétexte littéraire, s’autorise à peindre de grands nus et un petit chien en arrêt. À côté de la peinture d’histoire, Joseph Baillio a fait une large place à Nattier, Hubert Robert et Mme Vigée Le Brun, peintres qui lui sont chers et dont il prépare le catalogue raisonné. De la belle Elisabeth, on retiendra le pastel représentant la duchesse de Guiche, dans la fleur de ses seize ans ; l’œuvre a appartenu au comte de Vaudreuil, l’amant de sa mère qui fut aussi, Colin Bailey l’a démontré, l’amateur le plus avisé de son temps en matière de peinture moderne. Autre peintre femme que l’on retrouve avec plaisir, Mme Benoist. Son Autoportrait de 1786, qui a fait parler de lui lors de sa vente parisienne en 2004, est autant un manifeste de la mode néo-grecque qu’un acte de légitimation. Sur la toile que l’artiste a ébauchée, on perçoit une copie de la version controversée du Bélisaire de David, le maître de la jeune femme. De ce dernier, on préférera la Vestale de 1787, un tableau marqué par l’art de Vigée Le Brun. On le voit, l’exposition, par sa cohérence interne, est bien plus qu’un florilège de chefs-d’œuvre. Il n’y manque pas la pointe d’humour qui nous vaut quelques pépites ultérieures au règne de Napoléon, supposé clore le parcours. Le portrait de monseigneur Cortois de Pressigny, dessiné à Rome en 1816, est sans doute l’un des sommets de l’œuvre d’Ingres. La preuve même de son acuité politique plus que de sa supposée docilité idéologique. Il y a dans ce visage aux lèvres pincées et au sourire indécis une page de Chateaubriand, issue des Mémoires d’outre-tombe, sur laquelle se ferme ce beau livre.
Stéphane Guégan
(mis en ligne le 20 mars 2006)
Joseph Baillio, The Arts of France from François Ier to Napoléon Ier, Wildenstein, New York, 2005, 423 p., 85 €. ISBN : 0972195629.
Signalons aussi, car le sujet en est proche à bien des égards, Bernadette de Boysson et Xavier Salmon, Marie-Antoinette à Versailles. Le goût d’une reine, Somogy éditions, 35 €.
Lien vers le site de la galerie Wildenstein
Voir les brèves suivantes sur les acquisitions de musées d'œuvres publiées dans ce catalogue :
La Comtesse d'Egmont Pignatelli entre au Minneapolis Institute of Art (3/6/06)
L'Autoportrait de Largillière, un chef-d'œuvre pour la National Gallery de Washington (1/6/06)
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