LETTRE D'INFORMATION
Chaque semaine,
soyez informé des nouveautés

ABONNEZ-VOUS

Catalogue livres d'histoire de l'art

LIVRES PROPOSES EN
PARTENARIAT AVEC
DESSIN ORIGINAL

 
Accueil
Editorial
Brèves
Expositions
Publications
Musées
Patrimoine
Débats
Acquisitions
Etudes
Artistes
Liens
Calendrier des expositions
Colloques
Courrier
Annonces
Archives
Nouvelles mises à jour
Contact
 

Quelques publications récentes sur la sculpture du XIXe siècle

   Depuis l'exposition pionnière du Grand Palais en 1986, qui révéla au public la richesse et la diversité de la sculpture française au XIXe siècle, celle-ci a fait l'objet d'une timide mais réelle réévaluation. Aujourd'hui, « on ne casse plus », ou plus beaucoup, et on publie. Voici quelques ouvrages récemment parus qui prouvent que, malgré le petit nombre de chercheurs qui étudient ce sujet, ceux-ci font preuve d'une belle vitalité.

   Christiane Dotal est l'auteur de deux livres. L'un, indispensable car il est et sera sans doute longtemps la seule monographie jamais disponible sur le sculpteur Jean-Joseph Perraud, est médiocre. L'autre, non moins utile, consacré aux bustes de l'Institut de France, est excellent.

   Perraud, dont un fonds important se trouve au musée de Lons-le-Saunier (il est né à Monay, village du Jura proche de Lons), connut tous les honneurs : Prix de Rome de sculpture en 1847, médaille de première classe à l'Exposition Universelle de 1855, légion d'honneur en 1857, et en 1865 membre de l'Institut. Soit le parcours parfait d'un sculpteur au XIXe siècle, ce qui lui assura des commandes jusqu'à la fin de sa vie. Bien qu'absolument inconnu de nos jours, il reste un artiste honorable, auteur aux côtés de Carpeaux d'un des groupes placés sur la façade de l'Opéra. Malgré ses insuffisances, ce catalogue de son œuvre a le mérite de le faire connaître et restera sans doute longtemps la seule référence disponible.
   On s'interrogera cependant sur les raisons qui peuvent expliquer la faiblesse de ce livre, issu d'une thèse de doctorat. Il est évident qu'aucun travail éditorial n'a été réalisé . Toute la partie rédactionnelle a disparu pour ne conserver que le catalogue raisonné et ses notices, ce qui est déjà fort dommage. Mais, surtout, l'ensemble paraît ne pas avoir été relu. On y trouve des erreurs, des omissions, des naïvetés et des incorrections incessantes qui en rendent la lecture fort pénible1. Les descriptions sont lourdes et peu claires, certaines notices longues mal structurées. Par exemple, celle du Drame lyrique de l'Opéra est terriblement confuse (l'analyse de la réception des œuvres vient avant les circonstances de l'attribution des commandes). Il est, enfin, bien inutile de vouloir à toute force rattacher Perraud à la « modernité » (p. 10). Perraud n'est pas moderne. Et peu importe. Il a exécuté plusieurs belles sculptures, ce qui n'est déjà pas mal. Curieusement d'ailleurs, l'une des rares œuvres de Perraud montrant une sensibilité au romantisme, le buste de Berlioz, se voit refusé complètement cette influence.

   Critiquer aussi durement un livre n'est pas tâche plaisante, et nous avons longuement hésité à nous y résoudre. Cela devient facile lorsque l'on peut parler, immédiatement après, d'un autre ouvrage, très bon celui-ci, du même auteur. Son existence atteste que les conditions de réalisation du premier doivent expliquer plus sûrement ses errances.

   Gloires de marbre inventorie et reproduit tous les portraits sculptés conservés par l'Institut . Il s'agit essentiellement de bustes du XIXe siècle, à quelques exceptions datant des XVIIe et XVIIIe. Le long essai introductif de Christiane Dotal est passionnant. Il analyse les conditions d'entrée des bustes dans les collections de l'Institut (dons, legs, et surtout commandes directes), les différents aléas ayant touché cet ensemble et étudie de manière très poussée la place du portrait sculpté dans la problématique plus large de l'effigie des grands hommes au XIXe siècle. Sont abordées la question de la ressemblance, un sujet qui fait débat au sein même de l'Institut, celle du rapport à la photographie, particulièrement pour les portraits posthumes et celle du style, plus varié qu'on ne pourrait le penser. Le catalogue lui-même met l'accent sur la biographie des personnages représentés plutôt que sur les conditions des commandes, et les questions stylistiques, ce qui est discutable, mais il permet de découvrir, grâce à de bonnes photos, cette galerie de portraits dont la qualité est parfois très haute. Les planches en couleur auraient gagné à joindre, au nom du portraituré, celui de l'auteur du buste. Péché véniel.

   L'Ecole des Beaux-Arts a publié en 2004 Les sculptures de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Histoire, doctrines, catalogue d'Emmanuel Schwartz. Il se présente sous la forme d'un guide, très maniable, mais va bien au delà. Les riches collections de l'Ecole des Beaux-Arts ont été très longtemps maltraitées et restent malheureusement quasiment inaccessibles. L'intégralité de ce fonds est ici répertorié, à l'exception des moulages, aujourd'hui en grande partie conservés dans la Petite Ecurie du château de Versailles. Le XIXe siècle est prépondérant, notamment grâce aux Grands Prix de Rome, aux envois des pensionnaires, aux bustes en bronze (dans la salle Stratis Andreadis)... D'un coût modique, on ne saurait trop recommander ce petit livre.

   Le musée Bartholdi de Colmar organise régulièrement des expositons consacrées à celui qui donne son nom au musée et publie à ces occasions d'excellents catalogues, hélas très mal diffusés. La dernière manifestation, menée avec le musée de Belfort en 2004, portait sur le fameux Lion, l'œuvre la plus célèbre de son auteur après la statue de la Liberté. Comme cette dernière d'ailleurs, une version réduite se trouve à Paris, Place Denfert-Rochereau.
Le catalogue fait un tour complet des conditions de création et de diffusion du modèle d'une des sculptures animalières les plus célèbres et pourtant les plus méconnues.
   Sur Bartholdi, on signalera également les ouvrages suivants, publiés par le musée de Colmar : Le Rapp (1852-1856). Premier monument public de Bartholdi (1834-1904), catalogue d'une exposition en 2000, Auguste Bartholdi. Le monument à La Suisse secourant les douleurs de Strasbourg pendant le siège de 1870, en 1999. Notons enfin la biographie très vivante et documentée publiée chez Perrin, également en 2004, due à Daniel Bermont et Robert Belot.

   Les 16 et 17 novembre 2000, un colloque réunissait à l'Université de Paris-X-Nanterre quelques-uns des meilleurs spécialistes de la sculpture du XIXe siècle pour un colloque sur la statuaire publique. Les actes en ont été publiés l'an dernier dans la collection « Idées et débats » des Editions du Patrimoine. Répartis en trois parties, les essais s'intéressent à la manière dont les monuments publiques ont été regardés et utilisés comme instruments de connaissance historique (chapitre intitulé Regards, politiques et mémoire), à leur destin dans l'espace public, parfois éphémère en raison des nombreuses destructions ou dénaturations qu'ils eurent rapidement à subir (Appropriations et détournements), et sur les conditions actuelles de la recherche et les sources à la disposition des chercheurs (Les outils de la recherche). Il en ressort une réflexion sur la place respective de l'histoire de l'art et de l'histoire dans l'étude de ces monuments, tout à la fois témoignages de leur époque et œuvres d'art.

   L'une des communications de ce colloque portait sur le fonds Debuisson. Rappelons qu'il s'agit d'une collection d'environ 20.000 cartes postales, représentant des monuments publics, réunie par France Debuisson. Enrichi d'autres fonds anciens, cet ensemble a été publié par le Musée d'Orsay sur un double CD-Rom, appelé A nos grands hommes. La sculpture française jusqu'à la seconde guerre mondiale. Ou comment les cartes postales peuvent servir l'histoire de l'art en conservant le souvenir d'œuvres ayant parfois disparu ou été modifiées.
   Le principe est très simple, pratique et convivial. Les recherches sont multi-critères grâce à des listes et permettent de trouver simplement un monument par le personnnage représenté, le sculpteur, le lieu ou la date d'exécution. On peut également mixer ces critères (par exemple : toutes les statues représentant des militaires exécutées pendant la Monarchie de Juillet à Paris pendant le Second Empire2). On mesure l'intérêt de cet outil3 pour le chercheur ou le simple curieux, en dépit d'une qualité des reproductions qui laisse, hélas, un peu à désirer lorsque l'on affiche les images en grand format. Il faut espérer que ce remarquable travail puisse à terme être disponible via Internet, ce qui lui assurerait la diffusion qu'il mérite.

Didier Rykner
(mis en ligne le 4 mars 2006)

1. Les exemples sont innombrables, en voici quelques-uns : p. 10 : « Perraud ne fait jamais appel au style réaliste » ; p. 16 : « [Les] rondeurs [de Jésus parmi les docteurs] lui confèrent un aspect renflé. » ; p. 23 : « Il s'agit vraisemblablement du premier buste connu réalisé par Perraud » (c'est absurde : soit il s'agit du premier buste connu, soit il s'agit vraisemblablement du premier buste réalisé par Perraud) ; p. 46 : « L'élégance des chevaux [...] transparaît à travers leur agilité. » p. 56 « Adam n'a pas la grâce du jeune homme gracile qui lui sied habituellement ». p. 66, à propos de Galibert, musicien dont Perraud a exécuté le portrait : « Sa mort prématurée à l'âge de 32 ans entrave sa carrière [...] » ; p. 109 : « La jambe passée par dessus l'autre reste une disposition qui a un immense succès en histoire de l'art ». p. 145 : « Perraud opte pour une effigie officielle en représentant Beethoven dans l'âge mûr. » p. 152 : « La verticalité définit la composition de cette statue ». p. 176 : « Les nombreuses répliques [du buste de Berlioz] confirment non seulement la qualité de ce buste mais surtout la notoriété de Berlioz. » p. 190 : « Les seins drus et hauts [...] » p. 198 « La date inscrite sur la terre cuite répond par la négative [...] »...
2. La réponse est : Eugène de Beauharnais par Augustin Dumont, fondu par Thiébaut frères actuellement sur l'Esplanade des Invalides ; Maréchal Jeannot de Moncey, par Amédée Doublemard (sculpteur) et Guillaume Edmond (architecte), fondu par Thiébaut, place de Clichy ; le Maréchal Ney de François Rude (sculpteur), Alphonse de Gisors (architecte), fondu par Eck et Durand sur la Place de l'Observatoire.
3. Le second CD-Rom est constitué d'une série de petits films d'animation détaillant différents aspects de la statuaire publique au XIXe siècle.

Christiane Dotal, Jean-Joseph Perraud, un sculpteur sous les Second Empire, catalogue raisonné, Editions Mare & Martin (Théles), 2004, 298 p., 39 €. ISBN : 2- 84934-001-4.

Christiane Dotal, Gloire de marbre. Trois siècles de portraits, Edition 5 Continents, 2005, 295 p., 60 €. 20058-87439-255-9

Emmanuel Schwartz, Les sculptures de l'Ecole des beaux-arts de Paris. Histoire, doctrines, catalogue, Ecole nationale supérieure des beaux-arts, 2004, 232 p., 12 €. ISBN : 2-84056-135-2
Ce livre pourra être acheté prochainement sur le site.

Sous la direction de Régis Hueber, Bartholdi. Le Lion, Ville de Colmar/Musée Bartholdi, 2004, 308 p., 35 €. ISBN : 2-9504776-8-2.

Sous la direction de Régis Hueber, Le Rapp (1852-1856), Ville de Colmar/Musée Bartholdi, 2000, 234 p., 23 €. ISBN : 2-9504776-7-4.

Sous la direction de Régis Hueber, Le monument à la Suisse secourant les douleurs de Strasbourg pendant le siège de 1870 , Ville de Colmar/Musée Bartholdi, 1999, 128 p., 18,30 €. ISBN : 2-9504776-6-6.

Daniel Bermond, Robert Belot, Bartholdi, Perrin, 2004, 466 p., 22 €. ISBN : 2-2620199-1-6.

Collectif, La statuaire publique au XIXe siècle, Editions du Patrimoine, 2005, 218 p., 28 €. ISBN : 2-85822-804-3.

France Debuisson, A nos grands hommes, CD-ROM édité par le Musée d'Orsay et l'INGHA. 45 €.