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Jean-Pierre Péquignot
Auteur : Emilie Beck Saiello
Jusqu’à une date assez récente, Jean-Pierre Péquignot (1765-1804) appartenait encore au royaume des ombres ; une poignée de tableaux et dessins tout au plus formaient son corpus. Il n’était guère plus qu’une trace, émue et émouvante, dans la biographie et l’œuvre poétique de Girodet. Si les lettres qu’échangèrent les deux amis sont toujours introuvables, on se souvient du « jeune Apelle en sa fleur avorté », dont l’auteur d’Endymion a entretenu la mémoire sa vie durant. Celle de Péquignot fut plus courte que la sienne, elle est restée longtemps obscure pour l’historien. L’enquête serrée d’Émilie Beck Saiello et sa maîtrise des archives napolitaines y apportent une lumière inespérée, quoique l’existence de Péquignot n’en apparaisse que plus noire. Sorte d’Alceste, le comtois préférait, dit-on, les lettres et les artistes aux servitudes de la société. Mais il faut sans doute ne pas exagérer cette misanthropie ou plutôt la relier à la misère et à la maladie qui assombrirent une bonne partie de sa brève carrière. Car tout laisse penser que son alcoolisme et son indigence extrême sont indissociables d’une syphilis mal soignée, plus foudroyante donc que celle qui emporta Girodet. Émilie Beck Saiello parle de tuberculose, Coupin est plus explicite. Pour le reste, l’auteur nous permet de comprendre pourquoi et sur quelles relations sociales Péquignot put rester à Naples, malgré la tourmente politique et le départ de Girodet en mars 1794. Les dix années qui suivirent ne furent qu’une lente descente aux enfers…
Les documents découverts expliquent aussi que l’œuvre peint à ce jour ne dépasse pas la vingtaine d’entrées. Sans ignorer les pertes probables et les résurgences prévisibles, il faut noter que Péquignot a beaucoup pratiqué le dessin, pour lui-même, sur de grands feuilles, en poussant le fini très loin, trop loin selon certains contemporains, qui auraient préféré qu’un tel soin fût réservé aux tableaux plus rares. Option graphique qui, d’ailleurs, se prolongera tard dans le siècle, de Caruelle d’Aligny à Van Gogh, si l’on ose dire. Le catalogue des tableaux, bien que limité, conforte quant à lui le poussinisme de Péquignot – noté dès 1785 – et plus encore sa prédilection pour la poésie claudienne. On ne saurait trop louer leur qualité de reproduction. Elle est vitale à cette peinture dont le charme repose sur le vaporeux des lumières roses ou dorées autant que sur la qualité de ses premiers plans, dramatiques ou gracieux, toujours signifiants. De même que Girodet introduit le paysage dans la peinture d’histoire dès qu’il le peut – un des chefs-d’œuvre négligés de ce point de vue se trouve dans les Clefs de Vienne de 1808 – Péquignot traite le paysage en peintre d’histoire, quel que soit le format retenu. Le spectacle de la nature y entre toujours en résonance avec l’action ou l’émotion décrites, lui donne sa pleine expression, douce ou amère. Émilie Beck Saiello a donc bien raison de se pencher sur l’iconographie de ces tableaux à forte teneur littéraire (Fénelon, Ossian, etc.) et sans doute maçonnique. A divers titres, la mélancolie pénètre aussi ce monde radieux : on en repère les symboles usuels, végétation, indices de l’abandon mais aussi de la mort. Certains tableaux intègrent même sa mise en scène moderne, dont la tombe de Rousseau était alors l’archétype. La vie de Péquignot nous étant désormais mieux connue, on ne peut s’empêcher de lire ces images de la douleur et de la perte comme un adieu à sa belle jeunesse, si vite fanée.
Stéphane Guégan
(mis en ligne le 13 mars 2006)
Émilie Beck Saiello, Jean-Pierre Péquignot, 2005 (avec des contributions de Rosanna Cioffi et Philippe Bordes), 137 p. 32 €. ISBN : 8880520210
Ce livre a été édité grâce au Cabinet Blondeau-Bréton

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