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Les dessins espagnols de l'Hispanic Society exposés au Prado
1. Francisco Pacheco (1564-1644)
Le Roi David, 1603
Plume, lavis brun sur tracé au crayon - 21,9 x 15,2 cm
New York, The Hispanic Society of America (donation sous réserve d’usufruit)
Photo : The Hispanic Society of America |
17/12/06 – Exposition – Madrid, Museo del Prado – Créée en 1904, ouverte au public quatre ans plus tard dans le nord de Manhattan, The Hispanic Society of America possède non seulement une de plus importantes pinacothèques espagnoles qui soit, mais aussi près de 8000 dessins peu connus. Suite à un changement du statut qui interdisait les prêts à l’extérieur, ce fonds peut désormais être exposé à Madrid, soit une sélection de 82 dessins allant du XVIe au XVIIIe siècle1. Si l’on excepte plusieurs donations ponctuelles et quelques achats effectués au cours du XXe siècle, ceux-ci proviennent de deux ensembles distincts. L’un dû au fondateur du musée, Archer M. Huntington, a été constitué pour l’essentiel en Europe avant la première guerre mondiale. Grand bibliophile, il s’intéressait surtout aux dessins préparatoires à des gravures qu'il donnait régulièrement à son institution mais garda les Goya acquis à Paris en 1913 dans son appartement privé jusqu’en 1955, date de sa mort.
L'autre partie contient une trentaine de feuilles appartenant à une collection privée new-yorkaise, intimement liée à Bob et Priscilla Muller (la conservatrice du cabinet des dessins de l’Hispanic Society). Patiemment constituée au cours des quarante dernières années, elle vient d’être donnée sous réserve d’usufruit. Les dessins espagnols étant relativement rares, ces amateurs qui ont pu bénéficier des dispersions de deux collections spécialisées dans ce domaine, Stirling-Maxwell en 1973 et 1979 et Boix/Chaveau Vasconcel en 1973, continuent à acheter régulièrement sur le marché international.
2. José de Ribera (1591-1652)
David décapitant Goliath, 1624
crayon noir et sanguine – 25,8 x 42,3 cm
New York, The Hispanic Society of America
(donation sous réserve d’usufruit)
Photo : The Hispanic Society of America |
Le parcours chronologique commence par les artistes italiens travaillant en Espagne : Pietro Torrigiani (un rarissime projet de char processionnel) et Pelegrino Tibaldi (esquisse pour le retable majeur de l’Escorial), ou marqués par l’Italie comme Alonso Berruguette. L’influence du maniérisme nordique, diffusé par les gravures de Goltzius, est sensible dans les six dessins de Blas del Prado et chez Luis de Vargas et Pablo de Céspedes. Pour le XVIIe siècle, l’école sévillane est évoquée par des feuilles de Meldoro, Pacheco (ill. 1), Herrera le vieux, Cano, Murillo et Antonio del Castillo. Onze portraits de peintres de la fin du XVIe et du XVIIe siècle, dûs à l’entourage de Pacheco, constituent des documents iconographiques exceptionnels2. De José de Ribera, on voit un boceto de présentation de jeunesse (ill. 2) et plusieurs croquis. La Madrid baroque est illustrée par ses principaux créateurs : Vicente Carducho, Francisco Rizi, Francisco de Herrera le jeune, Sebastián de Herrera Barnuevo, Claudio Coello, ou José Antolínez. Le champ du dessin espagnol est tellement réduit par rapport à d’autre pays, qu’il n’y a peu de surprises concernant les maîtres représentés (ce n’est pas un hasard si on y voit huit pièces du prolifique Antonio del Castillo et évidemment aucune de Vélasquez ou Zurbarán dont les dessins n’ont pas été conservés, ou des peintres baroques catalans ou basques qui restent à étudier). Parmi les artistes de talent, mais négligés et dont la découverte de dessins permet de compléter un œuvre peint trop réduit, citons Antonio García Reinoso, José Jiménez Donoso, Francesco La Vega ou Matías de Torres (ill. 3).
3. Matías de Torres (vers 1635-1711)
La Madeleine pénitente
Huile sur toile - 13,1 x 21,1 cm
New York, The Hispanic Society of America
Photo : The Hispanic Society of America |
Viennent ensuite, pour les siècles suivants, des sujets d’histoire par les académiciens de San Fernando (Francisco Bayeu, Mariano Salvador Maella, José del Castillo…) ainsi que des projets d’Antonio Carnicero pour les illustrations du Don Quichote et une vue de jardin par Brambilla. L’école valencienne figure par une Tentation de Saint Antoine aux hachures croisées caractéristiques de José Camarón Bonanat (voir la brève du 27/12/05) et plusieurs études de composition sur le thème de Didon à Carthage par Raphael Ximeno y Planes. Les parisiens les connaissent bien, puisqu’elles avaient bénéficié d’une présentation et d’un catalogue à la galerie Jean-Marie Le Fell en 20043. Le bouquet final est constitué par dix œuvres de Francisco de Goya (disposées côte à côte et à plat, comme si on consultait les fameux albums réunis par l’artiste4) emblématiques de sa vision de la condition humaine, des thème picaresques (des contrebandiers de tabac-moralistes, ill. 4) à la verve sarcastique, visionnaire et grotesque de la fin de sa vie (ill. 5).
4. Francisco de Goya (1746-1828)
Buena jente somos los moralistas
Lavis de gris - 23,7 x 14,7 cm
New York, The Hispanic Society of America
Photo : The Hispanic Society of America |
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5. Francisco de Goya (1746-1828)
Vieux sur une balançoire
Crayon gris et crayon lithographique -
19 x 15,1 cm
New York, The Hispanic Society of America
Photo : The Hispanic Society of America |
Le grand intérêt de cette exposition est de révéler des dessins inédits, ignorés ou jamais montrés hors de New York. Son catalogue fera date, non seulement parce que les publications sur le sujet sont rares5, mais aussi parce qu’il est remarquablement rédigé, riche de références récentes et d’illustrations souvent en rapport avec des œuvres réapparues récemment ou méconnues du fonds de l’Hispanic Society. Les biographies d’artistes notamment sont remarquables car elles insistent sur le style et le corpus déssiné plutot que de donner des généralités sur la carrière du peintre.
Michel de Piles
1. Ce nombre de 8000 dessins peut paraître important, mais plusieurs milliers sont des vues topographiques d’Amérique latine ou des documents ethnographiques.
2. Ils ont peut-être appartenu à Ceán Bermúdez qui, connaissant l’existence de ce recueil par le livre et le testament de Pacheco, le rechercha avec ténacité (comme avant lui Palomino, et après lui Taylor et Stirling-Maxwell). Il pu finalement le retrouver au bout de trente ans de quête et le faire copier par Goya (en vain, puisqu’en 1800, la Real Academia n’autorisa pas que son dictionnaire des artistes espagnols soit illustré par leurs effigies). Cet ensemble de portraits est aujourd’hui dispersé entre New York, le Museo L á zaro Galdiano et la bibliothèque du Palais Royal à Madrid.
3. Ces dix dessins proviennent d’ailleurs des albums B (dit de Madrid), C, D, F et H (voir notre brève du 8/12/06).
4. Les notices très complètes sur la biographie de Ximeno, essentiellement graveur et copiste de toiles célèbres, du moins avant son départ pour le Mexique, et sur l’iconographie du sujet, reprennent cette attribution très vraisemblable, sans cependant l’argumenterdavantage qu’en 2004, par exemple par comparaison avec une œuvre sûre, ou même perdue mais documentée.
5. On attend bien sûr avec impatience l’exposition à venir Siècle d'Or-Siècle des Lumières Dessins espagnols des XVIIe - XVIIIe siècles du 12 juillet au 8 octobre 2007 au Louvre.
Exposition à Madrid, Museo nacional del Prado. Du 5 décembre 2006 au 4 mars 2007.
Priscilla Muller, José Manuel Mantilla, Dibujos españoles en la Hispanic Society of America, del Siglo de Oro a Goya, Madrid , Museo del Prado éditeur, 2006, 314 pages, en castillan, 30 €. ISBN: 9-788484-800996
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