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Courbet and the Modern Landscape

Auteurs : Mary Morton et Charlotte Eyerman

   Longtemps négligés et comme relégués par l’audace des grands tableaux de figures, les paysages de Courbet sont aujourd’hui reconnus pour une part aussi essentielle de sa production. Près de deux tiers du catalogue de Robert Fernier, qui compte plus de mille peintures, en relèvent. L’ensemble, on le sait, est de qualité et d’inspiration variables, au-delà de leur état lui-même variable et du problème spécifique que posent les peintures de l’exil suisse. Plusieurs causes ont été proposées pour expliquer une telle ampleur : la nature libre, exempte de hiérarchie, et notamment les vues d’Ornans symboliseraient le combat politique du démocrate Courbet sous le Second Empire; genre lucratif, le paysage lui aurait aussi fourni un moyen d’étayer sa carrière au milieu des années 1850 avant de l’enrichir de façon significative; enfin, il faudrait prendre en compte l’attachement viscéral, physique et mental, du peintre à sa région, son imaginaire sensuel des forces élémentaires et son intérêt attesté pour la géologie locale, à la fois comme science du milieu jurassique, facteur d’identification et principe structurant de ses paysages si dynamiques. La correspondance de l’artiste donne un certain poids, il est vrai, à toutes ces lectures, qui ont le mérite d’échapper aux vieux réflexes formalistes. Que n’a-t-on écrit en effet de ces tableaux lumineux, solaires ou mystérieusement assombris, virils ou féminins, de leur matière souveraine, enlevée au couteau, ou de leur tendance à l’abstraction!

   Malgré son titre, l’exposition du J. Paul Getty Museum évite à peu près tous les écueils d’un modernisme aujourd’hui bien périmé. Le catalogue, au contraire, s’appuie avec précision et finesse sur l’historiographie récente, plus ouverte au contexte historique et culturel, esthétique et commercial, plus consciente de la complexité du personnage et de l’élaboration des images, qui s’avère moins innocente, instinctive ou naïve qu’elle ne paraît. Courbet fait flèche de tout bois, s’empare très tôt de l’héritage assumé de l’école de Barbizon, regarde Daubigny et même Harpignies, s’approprie jusqu’à l’imagerie touristique. Et bien que Champfleury ait parlé de son « horreur de la composition », un grand nombre de ses tableaux procèdent à d’étranges collages et s’autorisent quelques licences au regard du site qu’ils sont censés transposer. Là encore l’invention est menacée de faire place aux formules... Le recours fréquent à ces recettes et la rareté des toiles datées rendent bien difficile, par ailleurs, l’établissement d’une chronologie fiable. Le tableau de l’Art Institute de Chicago (cat. 3), pour s’en tenir à cet exemple, est tantôt situé vers 1848, tantôt vingt ans plus tard ! Or il est évident qu’une compréhension accrue des paysages de Courbet passe par une mise en ordre plus nette des tableaux eux-mêmes. Une cinquantaine d’entre eux, dont quelques redécouvertes, sont visibles en ce moment au Getty avant d’être exposés à Houston (heureux propriétaire du Coup de vent, très Théodore Rousseau, des environs de 1865) et à Baltimore. Leur répartition selon six sections thématiques permet à la fois de mettre en évidence la permanence de certains sujets, investis de significations personnelles et collectives, d’exalter la puissance expressive des meilleurs tableaux et de mesurer la routine à laquelle Courbet cédait sous l’emprise de ses besoins d’argent. Certaines de ses marines ont été exécutées en deux heures, au dire du virtuose. Leur vide « immense », pour parler à nouveau comme Champfleury, n’est pas toujours très habité...

Stéphane Guégan
(mis en ligne le 7 avril 2006)

Mary Morton et Charlotte Eyerman, Courbet and the Modern Landscape, Getty Publications, avec un essai de Dominique de Font-Réaulx sur les liens entre la peinture de Courbet et la photographie contemporaine, 45 $. ISBN 0-89236-5.